« On a traité 76 % d’appels en plus »

Depuis le début de ce troisième confinement, la plateforme SOS écoute a reçu beaucoup plus d’appels que d’habitude. Inquiétudes liées à la situation sanitaire, détresse psychologique, mais aussi mise en sécurité de personnes en danger, notamment des femmes battues. Le point sur l’action du dispositif avec Dominique Solia, coordinatrice par intérim.

 

DNC : Quelle est l’activité habituelle de SOS écoute ?

Dominique Solia : En 2020, nous avons reçu environ 5 600 appels sur l’année, soit une quinzaine par jour. D’abord pour des cas de détresse psychologique, jusqu’à la tendance suicidaire, puis viennent les violences conjugales et intrafamiliales et, en troisième, les questions liées à la sexualité.

Quel est le profil des appelants ?

Un panel très large de gens appelle, des jeunes et des plus de 75 ans. Mais la catégorie la plus représentée est celle des 36-45 ans. C’est complètement anonyme.

Ce confinement est-il différent des précédents ?

Lors du premier confinement, en 2020, nous avions eu 50 % d’appels supplémentaires. Là, on est à 76 % d’appels traités en plus, on a été beaucoup plus sollicitées, il y a davantage d’activité.

Quelles contraintes avez-vous du gérer pour répondre à cet afflux ?

Il a d’abord fallu régler les aspects techniques, notamment pouvoir prendre plusieurs appels en même temps. On peut prendre trois appels en simultané contre un en temps normal. Et puis on a demandé du soutien à la Dpass et au CHS, qui ont mis cinq psychologues à notre disposition pour renforcer le dispositif.

Quelle est la nature des appels que vous recevez depuis début du mois de septembre ?

41 % des appels sont liés à la crise sanitaire, qui inquiète beaucoup plus que lors des précédents confinements. Les gens demandent des informations et, souvent, il y a un besoin d’être rassuré et de soutien.

Sur ces 41 %, le plus gros volet concerne des situations qui mêlent beaucoup d’émotions : de la peur, de l’angoisse, de la sidération, de la tristesse pour certains parce que les familles sont endeuillées. On sent aussi les conséquences du confinement, les personnes sont en mal de lien social. On joue aussi un peu ce rôle-là. Et cela touche tout le monde. Il y a de l’inquiétude chez de jeunes adolescents – peur de la mort, de ce qui peut arriver, des parents qui pourraient disparaître –, mais aussi chez les personnes âgées. La situation sanitaire exacerbe les détresses psychologiques et ces ressentis ont besoin d’être exprimés.

On a constaté qu’il y a eu beaucoup plus de mises en sécurité que les mois précédents. 26 personnes ont été mises à l’abri depuis le début de l’année dont huit pendant le confinement, principalement des femmes battues.

Les violences ont-elles augmenté ?

On est au pourcentage habituel. Pour autant, il faut être très prudent avec ces chiffres. Des fiches d’appel sont remplies par les écoutantes et parfois, c’est la détresse psychologique qui est mise en avant, ce qui ne veut pas dire non plus qu’il n’y a pas de violences.

Existe-t-il un autre critère pour mieux apprécier la situation ?

SOS écoute est la porte d’entrée du placement d’urgence pour les personnes victimes de violences en Nouvelle-Calédonie. Il repose sur un réseau d’une vingtaine de familles et de 17 transporteurs identifiés sur toutes les aires coutumières du pays, ce qui permet de placer rapidement une personne en cas de besoin dans le cadre d’un partenariat fort avec la gendarmerie.

On a constaté qu’il y a eu beaucoup plus de mises en sécurité que les mois précédents. 26 personnes ont été mises à l’abri depuis le début de l’année dont huit pendant le confinement, principalement des femmes battues.

Avez-vous senti une évolution pendant ces cinq semaines ?

Au début, c’était un peu comme d’habitude, et puis le temps passant, ça a exacerbé les tensions et les violences. Les tensions montent, on le sent, les personnes ont besoin de parler, ce n’est pas toujours facile de vivre les uns sur les autres dans un même endroit, donc certaines ont besoin de trouver une échappatoire et de relâcher la pression.

Qu’est-il prévu pour la suite ?

Le renfort de psychologues sera encore présent la semaine prochaine, l’activité forte devrait se poursuivre. Le nombre d’appels n’a pas diminué lundi, au contraire. La reprise des activités crée aussi des inquiétudes, notamment sur le fait de pouvoir se faire contaminer.

Un mot pour ceux qui hésitent à vous appeler ?

Toutes les souffrances doivent être écoutées et accompagnées. Parfois, les gens se sentent seuls et n’osent pas appeler pour cela, mais il ne faut pas hésiter, aucune souffrance n’est à négliger ou à minimiser. Surtout en ce moment, il ne faut pas rester seul. Dès que l’on arrive à passer de l’émotion à la parole, quelque chose se libère.

 


 

L’activité des associations augmente, les budgets diminuent

 

Laurent Garnier, administrateur de Diversités NC, est l’auteur d’un courrier pendant le confinement sur la situation critique des associations. « En ces périodes de crise, elles aussi sont fragilisées de manière conséquente : augmentation des sollicitations, effondrement des ressources, non-accès aux aides économiques et invisibilisation de leurs actions du fait de l’éclairage centré sur les sujets politiques et sanitaires. »

Diversités NC, créée en 1998 pour défendre le droit des personnes LGBT, a reçu une cinquantaine d’appels pendant le confinement contre une trentaine sur un mois habituellement. Et pour gérer cette activité, qui inclut également, en temps normal, l’accueil des personnes, la tenue de groupes de parole, la prévention avec des interventions en milieu scolaire ainsi que la formation du personnel éducatif et administratif, Diversités NC ne peut compter que sur ses bénévoles. « On avait un salarié jusqu’à l’année dernière, mais notre budget a diminué de 70 % en trois ans, alors on a dû s’en séparer. »

Laurent Garnier regrette que le travail des structures associatives ne soit ni considéré ni valorisé. « On oublie le rôle joué par les associations qui portent pourtant beaucoup de choses, le handicap, la jeunesse, la santé, les droits humains, etc. »

Toujours pas de subventions

Dominique Solia, cofondatrice de Solidarité Sida en 1996, s’interroge sur le devenir de la structure. « On est conscients de la problématique financière actuelle, mais on est inquiets. Est-ce qu’on pourra poursuivre nos actions en 2022 ? On ne sait pas. » Sur le terrain, Solidarité Sida accompagne notamment les personnes séropositives – elles sont environ 285 sur le territoire.

Autres actions : les consultations de dépistage gratuit et le volet prévention et promotion de la santé affective et sexuelle, notamment dans les établissements scolaires. « On a beaucoup de demandes, il y a un vrai besoin. Le problème, c’est que depuis le début de l’année, nous fonctionnons en grande partie sur fonds propres. Nos demandes de subventions de l’année n’ont toujours pas été instruites et on a très peu de rentrées d’argent.» Sur deux salariés, il n’en reste qu’un. Dominique Solia déplore l’oubli de ce tissu associatif. « Ce qu’on vit actuellement montre pourtant son importance. Il faut en prendre soin et le préserver. »

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P.)

 

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