Omnisports : le dernier envol du « vieux Cagou »

Âgé de 93 ans, Roger Kaddour s’est éteint dans la nuit du 19 au 20 novembre. Cette figure emblématique, que tous surnommaient affectueusement le « vieux Cagou », est considérée comme le père des Jeux du Pacifique. Un pionnier visionnaire qui a grandement participé à l’écriture des premières pages du sport calédonien moderne.

Les Jeux du Pacifique, il n’en a pas raté une seule édition depuis 1963, y compris celle d’Apia, il y a trois ans, en 2019, alors qu’il entamait pourtant sa neuvième décennie. Et pour cause, la plus importante des compétitions de la région, regroupant aujourd’hui 24 pays différents, est une part indéniable de l’énorme héritage que laisse Roger Kaddour, qui avait été nommé membre à vie du Conseil des Jeux, au sport en général, et au sport calédonien en particulier.

Car c’est bien le sport et ses valeurs qui l’ont porté depuis son plus jeune âge. Son père, Jules Kaddour, et son grand ami Numa Daly, étaient en effet les créateurs du club de l’Olympique mais également de la Ligue de football.

Très vite actif dans le milieu du sport, ce véritable passionné de hippisme (qui fut notamment propriétaire d’une écurie à Paris) fonde, en 1961, le Comité territorial des sports – qui deviendra par la suite le Comité territorial olympique et sportif (CTOS) – et coécrit la charte des Jeux du Pacifique afin de, comme l’explique ce texte fondateur, « créer des liens de parenté, d’amitié et de fraternité parmi les peuples des États et territoires océaniens en instituant des échanges sportifs entre eux, sans distinction de race, de sexe, de religion ou de politique ».

D’un temps où la pratique sportive ne revêtait pas la même importance que de nos jours, le « vieux Cagou » était déjà convaincu par son aspect social. Une manière de s’élever aussi bien physiquement et moralement, qu’au sein de la société calédonienne, peu importe l’ethnie d’origine, car à l’époque, devenir un « champion » était synonyme d’une certaine reconnaissance.

« Monsieur 250 millions »

Après Fidji en 1963, Roger Kaddour a pour ambition d’accueillir les îles au Jeux du Pacifique à la maison, à Nouméa, en 1966. « J’ai vu à travers les Jeux la possibilité de tout faire, de doter la Calédonie des infrastructures sportives nécessaires. On ne comprenait pas à l’époque pourquoi avoir une piscine, il y avait la mer, pourquoi avoir une salle, on pouvait jouer au basket partout en plein air. C’était difficile de convaincre les gens, personne ne pouvait comprendre. Les hommes politiques me disaient : Roger, tu vois trop grand, on n’a pas les moyens », expliquait, en 2016, lors d’une interview, le notaire de formation, dont l’agence immobilière Caillard & Kaddour, créée en 1951, est toujours en activité.

L’ambitieux homme d’affaires décide de prendre le taureau par les cornes et s’envole pour Paris accompagné de plusieurs représentants politiques, dans le but de convaincre l’État d’accorder des subventions à la hauteur de ses ambitions pour la Nouvelle-Calédonie.

Il rencontre notamment le célèbre alpiniste Maurice Herzog, alors secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, et finit par obtenir les aides nécessaires : 250 millions de francs (qui lui vaudront d’être surnommé « Monsieur 250 millions ») qui serviront, entre autres, à la construction du stade Numa-Daly, de la piscine du Ouen Toro, de la salle omnisports de l’Anse-Vata ou encore de la salle Veyret de Rivière-Salée. « Des équipements qui aujourd’hui encore sont utilisés au quotidien par des milliers de jeunes Calédoniens et champions en herbe », retrace le CTOS – dont les locaux se nomment Maison du sport Roger-Kaddour – dans un communiqué.

Véritable pilier du sport calédonien pendant plus de soixante ans, Roger Kaddour a grandement participé à façonner la pratique sportive locale moderne. Il était aimé de tous, et surtout des Cagous, ces athlètes du Caillou, qui ont été nombreux sur les réseaux sociaux ou ailleurs à lui rendre hommage.

Nombreux hommages

« Bien avant tout le monde, Roger, tu as eu l’ambition d’amener le sportif calédonien au plus haut niveau, en dépassant notre belle barrière de corail. Tu as non seulement réussi dans ta démarche, mais tu as aussi entraîné dans ton sillage des hommes qui, comme toi, vivaient avec ces valeurs du sport et cette ambition de surmonter les obstacles. Tu as été et resteras un véritable guide, celui qui donne envie, qui entraîne, qui fait rêver », a écrit Gérard Winter, ancien conseiller technique au sein de la Ligue de tennis… fondée en 1954 par nul autre que Roger Kaddour lui-même, sur les réseaux sociaux. Un nom qui restera à jamais gravé dans l’histoire du sport calédonien.

 

Titouan Moual (© Archives DNC/MRB)

 

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