Désignée lauréate du concours de créateurs lors de l’élection Miss Nouvelle-Calédonie 2025 le 6 septembre dernier, Odylle Wema est une passionnée de couture. Styliste dans l’âme, ses créations portent l’empreinte de son métissage, en fusionnant héritage et modernité.
La créativité, « l’amour de la couture » ou encore, « le dessin ». C’est ce qui anime Odylle Wema, styliste de 38 ans, lorsqu’elle s’attelle à la fabrication de vêtements ou accessoires. Enfant, c’est aux côtés de sa grand-mère, à Houaïlou, qu’elle découvre cette discipline. « Elle avait une vieille machine Singer à pédale, se souvient Odylle. C’est elle qui m’a transmis cette passion. »
Adolescente, cette passion la pousse à intégrer la filière « métiers de la mode et industrie », au lycée Saint-Jean-XXIII, à Païta. Pour autant, « ça n’a jamais été mon projet professionnel », nuance-t-elle. Non seulement parce qu’« il n’y a pas réellement de débouché », mais aussi et surtout parce que le côté « industriel » du monde de la couture ne lui plaît pas. Elle, préfère davantage « travailler sur un modèle unique », en contact direct avec la personne ayant réalisé la commande du vêtement. « Ça a toujours été ma motivation. Je ne veux pas faire de grands travaux, réaliser 100 tuniques pour un mariage, par exemple, non. On me l’a déjà demandé, mais ce n’est pas ce que j’aime faire. »
RETOUR EN COULISSES
Pompiste, femme de ménage, pompier… Elle s’engage alors dans plusieurs métiers. Sans pour autant mettre de côté sa passion. « Je faisais ma couture à la maison, en réalisant quelques robes par-ci, par-là. »
Pendant un temps, elle fait quelques photos et sert de mannequin à certaines couturières, avant d’elle-même sauter le pas. « Je me suis dit qu’au lieu de porter les vêtements des autres, je pouvais moi aussi en créer. C’est comme cela que je me suis remise en coulisses », raconte-t-elle.
Son premier « vrai podium » se tient il y a deux ans, à Poya. Un proche lui demande de réaliser un défilé avec quelques-unes de ses créations, à l’occasion d’une soirée de fête des Mères. Quelques coups de ciseaux et d’aiguilles et le tour est joué. Sur scène, ses créations s’inspirent de la robe mission, mais pas uniquement. « On en voit trop, aujourd’hui, des robes popinées, donc j’essaie de me différencier, explique-t-elle. Une chose que j’adore faire, c’est chiner des livres de couture comme on en avait autrefois et m’inspirer des modèles qu’il y a à l’intérieur. De façon à ce que, quand une personne me dit : « j’aimerais que tu me fasses cette robe », je puisse le lui coudre, avec le tissu souhaité. »
TREMPLIN
En 2023 et 2024, elle s’inscrit aux deux premières éditions de la Pacific Fashion Art, un show mettant en avant les créateurs et modèles locaux. C’est lors de cet évènement qu’elle rencontre Rayline Jeanton, l’actuelle responsable du « pôle création » du comité Miss Nouvelle-Calédonie.
Celle-ci lui propose, début 2025, de participer au concours de créateurs. « J’ai accepté, en me disant que c’était un nouveau tremplin. S’il y a quelque chose qui peut en sortir derrière, pourquoi pas », sourit Odylle. La thématique du concours était : « Notre terre aux multiples couleurs », en clin d’œil aux différentes ethnies présentes sur le territoire. Pour réaliser sa création ‒ une robe accompagnée d’un spectre et d’une coiffe ‒, Odylle a puisé l’inspiration dans son propre métissage : kanak, vanuatais, javanais et tahitien.
Différentes matières sont utilisées : du pandanus, « parce qu’il est utilisé partout dans le Pacifique », des coquillages en référence à son côté tahitien, une natte qu’elle a spécialement fait venir du Vanuatu, des plumes de notou, un animal « sacré » dans la culture kanak, ainsi que du bambou « pour le côté asiatique ». L’ensemble, fabriqué en seulement trois jours, allie élégance, finesse et originalité. Un panel qui a su convaincre les membres du jury. Et rendre fière sa créatrice. Car « j’ai raconté mon histoire dans cette robe-là ».
Nikita Hoffmann

