Elle fait partie des piliers de la Croix-Rouge. Odile Réquillart œuvre depuis dix ans auprès des personnes en situation d’illettrisme, en formant de nouveaux bénévoles à les accompagner. Sous son impulsion, de nombreux projets ont vu le jour.
Éducatrice dans la petite enfance, animatrice socioculturelle pour les jeunes puis formatrice d’enseignants. Il suffit d’échanger quelques minutes avec Odile Réquillart pour comprendre combien la pédagogie l’anime. Transmettre, accompagner, mais surtout « faire progresser et cheminer la personne d’en face », voilà ce qui la motive. Arrivée en 1994 sur le Caillou avec son conjoint de l’époque, elle n’en est plus jamais repartie. « Ce pays m’intéressait, je sentais que j’avais quelque chose à y faire », raconte-t-elle. Pendant 20 ans, elle a été formatrice dans l’enseignement privé, sur l’ensemble du territoire.
À sa retraite, en 2015, alors que d’autres auraient volontiers profité d’un repos bien mérité, elle pousse la porte de la Croix-Rouge, guidée par une nouvelle mission : aider les personnes en situation d’illettrisme. Du bagage, elle en a. Des compétences aussi. « Je pense que ce qui m’a attirée, c’est le sentiment d’injustice que je ressens pour les personnes qui ne peuvent pas avoir accès à tout ce que l’écrit permet de découvrir. Qu’il s’agisse de la littérature, mais aussi des savoirs de toutes sortes. Tout passe par l’écrit. »
BIENVEILLANCE
Elle commence par accompagner une personne, Marie-Pierre*, qu’elle suit toujours aujourd’hui. Peu après, la Croix-Rouge décide de développer véritablement l’action illettrisme en son sein. Les demandes augmentent très rapidement. De cinq personnes accom- pagnées, la structure passe à une vingtaine. Pour répondre à cette demande grandissante, Odile Réquillart entreprend de fédérer et de former d’autres personnes autour d’elle. Si les débuts sont difficiles, elle parvient à augmenter peu à peu le nombre de bénévoles. « Je passais mon temps à chercher », souligne-t-elle.
Aujourd’hui, la Croix-Rouge compte une vingtaine de bénévoles formés à l’accompagnement des personnes en situation d’illettrisme. La qualité essentielle pour exercer ce rôle, selon elle, est la bienveillance. Elle insiste d’ailleurs sur ce point : « Les personnes en situation d’illettrisme ont honte et se cachent, parce qu’à chaque fois que quelqu’un autour d’elles s’apercevait qu’elles ne savaient pas lire ni écrire, elles ont été moquées. Il ne faut avoir aucun jugement. »
Durant son parcours de formatrice en illettrisme, plusieurs histoires l’ont marquée. Elle se souvient notamment d’Hélène*, originaire de Lifou, arrivée à Nouméa il y a quelques années sans parler un mot de français. Tant bien que mal, celle-ci a appris à comprendre cette nouvelle langue, puis à la parler. Restait à pouvoir la lire et l’écrire. Armée de sa bible écrite en drehu, « elle a essayé d’apprendre toute seule, en traduisant toutes les phrases en français. C’est de cette manière qu’elle a appris à déchiffrer le français », raconte-t-elle, admirative devant une telle détermination.
DE MULTIPLES PROJETS
Odile Réquillart ne se met aucune limite dans l’aide qu’elle apporte aux personnes. Même si pour certains publics l’apprentissage peut être compliqué et plus long, « il faut tenter ». Un jour, « j’ai vu arriver une mamie de plus de 80 ans, se souvient-t-elle. Elle m’a demandé : Odile, tu penses que je pourrais apprendre à lire et écrire ? Tu crois que je vais y arriver ? Je lui ai répondu : Oui, bien sûr. On peut t’aider ».
En 2019, elle met en place, avec la Croix- Rouge, les JNAI, Journées nationales d’action contre l’illettrisme, en partenariat avec une dizaine d’acteurs, parmi lesquels l’École de la réussite, le RSMA, service militaire adapté, et la MIJ, Mission d’insertion des jeunes. L’objectif : faire connaître le phénomène et sensibiliser le public. Une cellule de coordination des JNAI voit ensuite le jour, réunissant de nouveaux partenaires, comme le Fiaf, l’Ifap, organismes contribuant à la formation professionnelle, le vice-rectorat et le gouvernement.
Mais Odile Réquillart ne s’arrête pas là. Parler quelques jours par an de l’illettrisme, c’est bien, mais « ce n’est pas assez », il fallait « passer à la vitesse supérieure ». En 2025, la cellule de coordination devient ainsi le collectif Illettrisme NC, avec l’ambition d’organiser des actions tout au long de l’année. Parmi les derniers projets menés, les personnes accompagnées par la Croix-Rouge ont réalisé un livre, « Lire, écrire, dessiner, vivre ». « Ce sont eux qui ont écrit et illustré les textes », précise Odile Réquillart. Une expérience qu’ils ont particulièrement appréciée, au point de vouloir poursuivre l’aventure. Leur prochain projet : écrire et chanter des textes avec une chorale, autour des bienfaits de la musique. Depuis que l’idée a été lancée, « les textes affluent ! », se réjouit Odile Réquillart.
Nikita Hoffmann
*Prénom anonymisé
Une progression
La dernière étude réalisée sur l’illettrisme date de 2013. Elle révélait que 18 % de la population était dans cette situation. Faute de financement, aucune autre étude n’a été effectuée depuis. Les seuls chiffres récents sont ceux récoltés lors des JDC, Journées défense et citoyenneté, troisième étape du parcours citoyen obligatoire pour tous les jeunes de 16 à 25 ans. Cette année, les résultats ont révélé que 22 % d’entre eux étaient en difficulté avec l’écrit. L’année dernière, ce taux était de 25 %. « On commence à voir les chiffres baisser, c’est le résultat du travail qui a été effectué dans l’enseignement. Pour nous, c’est un signe que quelque chose qui a bougé », indique Odile Réquillart.

