Objectif 2018, un point c’est tout

Le 34e congrès du FLNKS, qui s’est tenu voici une semaine à Nouméa, a finalement accouché d’une souris. Pas de règlements de comptes mais des explications, sans éclats, une proposition de feuille de route pour décrocher dès 2018 le graal de la pleine souveraineté et une bonne dose de langue de bois.

À défaut de savoir trancher sur telle ou telle question, il existe désormais une solution incantatoire et presque magique en Nouvelle- Calédonie : le groupe de travail.
Vous n’êtes pas d’accord avec vos partenaires ou avec vos adversaires, vous êtes incapables de vous entendre et de faire progresser un dossier ? Il est urgent de ne rien décider et de donner du temps au temps.

C’est exactement ce qu’ont fait les quatre composantes du FLNKS, à l’image des récentes décisions prises à Paris au sortir du 14e Comité des signataires. L’avenir institutionnel et la mine ne faisant pas consensus entre indépendantistes et non- indépendantistes, il a été décidé, le 4 février dernier, de se donner six à huit mois pour organiser des rencontres à Nouméa et faire le décompte de ce qui rapproche et de ce qui divise. Visiblement, et malgré des propos qui se veulent rassurants pour la famille indépendantiste, il existe finalement bien de réelles divisions et des approches différentes sur des sujets aussi essentiels que l’avenir institutionnel et la stratégie minière puisqu’une démarche identique est apparue nécessaire entre l’Union calédonienne, le Palika, l’UPM et le RDO.

Les principales thématiques ont été listées, il s’agira entre autre pour le FLNKS de tenter de trouver un positionnement commun et cohérent sur l’exercice ou non par une Nouvelle- Calédonie indépendante des compétences régaliennes, mais aussi sur le transfert des compétences inscrites aujourd’hui à l’article 27 de la Constitution et considérées par de nombreux indépendantistes comme devant être transférées avant même le terme de l’accord de Nouméa.

Haro sur les listes

Un autre point important est annoncé à l’agenda de ces prochaines rencontres, celui du ou plutôt des corps électoraux. Très en verve sur le sujet, l’Union calédonienne, aujourd’hui chargée de l’animation du bureau politique du FLNKS, fait chauffer le fer sur ce sujet extrêmement sensible et donne des gages à sa propre base qui n’admet pas que son camp ait accepté de « clore politiquement » le litige électoral considéré par certains comme « la mère de toutes les batailles ».

Mais attention aux raccourcis, il ne s’agit pas forcément là d’une opposition frontale entre les deux grandes composantes du FLNKS, mais bien d’une question d’affichage. Car si certains leaders du Palika ou de l’UPM ont récemment fait état de divergences de façade sur cette question, se montrant même agacés par l’acharnement de leurs camarades à Matignon, ils ne s’opposent évidemment pas par essence à la limitation du corps électoral, que ce soit celui des provinciales ou du référendum de sortie.

Sur la revendication de fond, c’est-à-dire l’accession de la Nouvelle-Calédonie à l’indépendance dans les meilleurs délais, soit au terme du processus de l’accord de Nouméa, le FLNKS entend conduire des actions de proximité au niveau de chacune des 33 communes du pays sous la forme de « comités nationalistes et citoyens ». L’objectif affiché de ces comités, selon Gérard Reignier, le secrétaire général de l’UC, c’est de pouvoir mettre en place des actions concrètes « en termes de nationalisme ». Il se trouve que la première étape de ce travail de terrain correspond comme par hasard avec la phase actuelle de révision des listes électorales pour les élections provinciales et qu’elle coïncide donc avec la contestation de centaines d’inscriptions et à très court terme à de nouveaux recours devant la justice.

Les questions de leadership paraissent avoir été laissées de côté, et si Daniel Goa, le président de l’UC avait bien fait le déplacement, Paul Néaoutyine en revanche n’était pas présent. Faut-il y voir un schisme à venir, un acte de défiance ou encore le moyen d’avoir de répondre à des questions embarrassantes sur le dossier nickel ? Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais il est des absences qui pèsent plus lourds que des présences bruyantes.

C.V.

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