« Nous sommes présents pour faire face à cette épidémie »

Au premier jour de sa visite sur le territoire, le ministre des Outre-mer s’est rendu au CHT, centre névralgique de la crise du Covid-19. L’occasion pour lui d’échanger avec le personnel de la communauté médicale et de faire quelques annonces sur l’articulation prochaine du soutien de l’État pour faire face à cette crise.

Visite au pas de charge pour le ministre au Médipôle, où le personnel soignant et les malades ont vécu le pire de la crise ces six dernières semaines. Sébastien Lecornu est dirigé dans les services d’urgences, de réanimation, et de médecine interne, par les responsables du CHT. Dans les couloirs, dans les salles, il interroge sur la proportion de vaccinés, les facteurs de comorbidités, l’âge des patients, le fonctionnement des services, les capacités en lits… Le ministre des Outre-mer qui s’est, selon ses propres termes, « transformé en ministre Covid » ces derniers mois, avec des crises majeures notamment aux Antilles, à Tahiti, et désormais en Nouvelle-Calédonie, comprend les enjeux.

L’hôpital seul ne peut faire plus

Dans les couloirs, les médecins exposent le système original mis en place localement, les efforts fournis pour transformer l’hôpital, afin de s’assurer que tous les Calédoniens soient pris en charge, mais aussi leurs difficultés à ne « pas pouvoir faire plus ». Ils n’hésitent pas à faire état de leurs besoins. Le maintien des renforts de la réserve sanitaire sur un temps long est essentiel, tout comme les moyens de réanimation de l’armée et il faut également gérer les problématiques matérielles.

Les médecins alertent : « si un gros accident de la route survient, on ne pourra pas le prendre en charge ». Ils s’inquiètent fortement de la deuxième vague qui va inéluctablement suivre l’adaptation du confinement, avec une réanimation à 90 % saturée.

Des renforts et des moyens financiers supplémentaires

Le ministre observe localement une situation « tendue, mais tenue » avec un taux d’incidence qui reste « particulièrement élevé », un schéma vaccinal qui ne concerne qu’une moitié de Calédoniens et des lits de réanimation effectivement occupés.
Dans ce contexte, un des objectifs principaux de l’État, a-t-il expliqué, est de permettre aux services hospitaliers de tenir. Pour ce faire, le ministre a annoncé que l’objectif de 300 soignants en renfort serait tenu dans la durée. Dans les tout prochains jours, 42 nouveaux professionnels de santé seront déployés depuis la Métropole pour « compléter, relayer ou remplacer la réserve sanitaire ou les soignants de la solidarité nationale » déjà en place.

Par ailleurs, pour permettre au territoire de continuer à exercer ses compétences en matière sanitaire, la dernière tranche de 32 millions d’euros de subvention, soit plus de 3,8 milliards de francs (sur un total de 80 millions d’euros ou 9,5 milliards de francs) sera versée cette semaine au gouvernement pour l’ensemble des dépenses Covid (à dissocier des aides sous formes de prêts destinés aux dépenses générales du pays).

Pour soulager le service de réanimation, le ministre a aussi confirmé la possibilité d’ouvrir les évacuations sanitaires vers l’Hexagone pour un certain nombre de patients si leur situation le permet et que les familles sont d’accord.

Enfin, il s’est engagé à lever des problématiques de matériel, notamment sur le gaz médicinal Kinox sur lequel des difficultés logistiques se posent avec Air France. Sébastien Lecornu s’assurera « dans les heures qui viennent » qu’il n’y ait pas de situation de pénurie. Les besoins continueront à être documentés, y compris avec le service de santé des armées pour lequel une expression de soutien a été formalisée. À ce niveau, a dit le ministre, la situation est à prendre en considération sur l’ensemble du territoire national, sachant que ce service est déjà historiquement sollicité avec une tension hospitalière qui demeure en Guyane et en Martinique. Le ministre devrait préciser ces éléments avec la communauté médicale dans les jours prochains.

Sébastien Lecornu lors de sa visite au CHT mercredi.

 


 

Vers un reconfinement strict le dimanche ?

La Nouvelle-Calédonie aurait-elle été un peu vite en besogne pour assouplir les mesures de confinement ? On peut se poser la question en écoutant le ministre se positionner en faveur… d’un durcissement.

Pour faire en sorte qu’il n’y ait pas de reprise épidémique trop forte et sachant que la chute du taux d’incidence est « réelle, mais néanmoins lente », il faut absolument, selon Sébastien Lecornu, rester vigilant à ce niveau. S’il juge que « le déconfinement ou plutôt l’adaptation des mesures de confinement » décidée par le gouvernement collégial est une stratégie « qui ne manque pas de courage avec une volonté d’un retour à la normale », une stratégie « bienveillante envers l’école et l’économie », pour autant, il estime qu’elle « doit être adaptée en fonction de ce que nous observons sur le terrain ».

Prendre le temps

Sébastien Lecornu approuve la reprise des activités scolaires pour « faire en sorte que toute une classe d’âge ne soit pas privée d’école durablement ». Mais, il a formulé le vœu que les autorités locales reviennent sur la question du week-end et du dimanche, « où l’on n’est pas dans un système de relance économique comme la semaine ou la relance scolaire ».

Selon lui, il vaut mieux être long dans la réouverture plutôt que de faire un « stop and go » qui nous conduirait à un nouveau confinement brutal et massif dans trois ou quatre semaines. Économiquement, il serait aussi « dramatique » selon lui d’en arriver là, alors que le monde vit enfin normalement et que les frontières pourraient enfin être rouvertes. Au niveau de l’État, le ministre a prévenu, en tout cas, qu’une politique ferme de contrôles seraient « assumée » dans les prochains jours sur le respect des règles en vigueur.

 


 

Du temps perdu sur la vaccination

Sébastien Lecornu ne s’est pas privé de rappeler que la Nouvelle-Calédonie a été livrée parmi les premiers territoires de la République en doses de vaccin et jugé ouvertement que « du temps a été perdu » entre le moment où nous avons été approvisionnés et aujourd’hui. Et il ne se prononce pas d’ailleurs sur l’obligation vaccinale que seule la Nouvelle-Calédonie a mise en œuvre lorsqu’elle a été au pied du mur. « Pour être honnête, il y a un an, quand je suis venu je parlais beaucoup du Covid, tout le monde s’en fichait ! » Quoi qu’il en soit le ministre soutient pleinement la vaccination, seule solution connue pour se protéger contre les formes grave. Sébastien Lecornu a livré au passage un message à ceux qui « crient liberté » alors que leur comportement peut engendrer des mesures de privation de libertés collectives. Attention également « à la responsabilité de certains alors que des gens se battent pour survivre ».

 

Chloé Maingourd (© C.M.)

 

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