« Nous devrons faire face à des changements et il faut s’y préparer »

Sari Oedin, réalisateur de documentaires, auteur et conférencier, a obtenu un prix dans le cadre des États généraux de la jeunesse, organisés en 2018, pour un projet d’écriture imaginant le futur de la Nouvelle-Calédonie en collaboration avec une vingtaine d’écrivains. Ce projet Big Bang se poursuit avec la rédaction d’un deuxième tome et s’articule désormais avec un autre projet du réalisateur. Le concept « trois générations santé NC (3GSNC) », auquel s’intéressent le gouvernement et l’Église protestante, repose sur le constat d’un mal-être de la société calédonienne et le besoin de réformer le système sur plusieurs générations pour aider les individus à s’épanouir. Rencontre avec Sari Oedin.

DNC : Pourriez-vous nous expliquer votre projet en quelques mots ?

Sari Oedin : Big Bang est un projet de sensibilisation à l’éveil des consciences à la transition écologique et humaine. Dans le cadre de la rédaction du premier recueil de textes et après de nombreuses réflexions avec les partenaires et en particulier dans le domaine associatif, j’ai eu l’idée de lancer un concept sur trois générations : 3GSNC pour trois générations santé NC. Cela consiste à se poser une question fondamentale qui est de savoir si l’on peut faire en sorte que d’ici 15 à 25 ans, la santé de tous puisse devenir un pilier de notre case en construction et que d’ici trois générations, nos descendants puissent grandir et être plus épanouis personnellement et intellectuellement dans le monde de demain qui aura considérablement changé.

 

Sur quel constat s’appuie votre concept ?

Il y a un constat de mal-être dans notre société. Beaucoup de gens se retrouvent dans ce malaise profond aussi bien d’un point de vue mental que physique, ce qui a des répercussions sur notre planète. J’axe beaucoup mes recherches au travers de la santé mentale, pour moi, c’est un des principaux problèmes. Lorsque l’on n’est pas bien dans sa tête, cela a des répercussions sur la santé physique et ensuite sur la Terre dont on a besoin pour pouvoir vivre.

 

Quelles sont les causes de ce mal-être et problèmes mentaux selon vous ?

Jusqu’à récemment, il y avait peu de connaissance dans le domaine du développement personnel. Ce sujet a fait l’objet de nombreuses recherches ces vingt ou trente dernières années et si tout n’est pas bon à prendre, on voit dans les grandes lignes que le problème est au niveau psychique. Le système ne nous a pas appris à cultiver notre bien-être intérieur pour que l’on puisse s’épanouir dans les meilleures conditions. Nos parents nous ont appris ce qu’ils savaient en espérant nous donner le meilleur mais, souvent, ils se sont trompés parce qu’ils n’avaient pas le mode d’emploi pour nous éduquer dans les meilleures conditions. Dans le système éducatif, il n’y a, par exemple, pas eu d’option sur le développement personnel et collectif de manière aussi importante que des matières comme le français, les maths etc. C’est une des raisons pour lesquelles le système actuel est défaillant. Si l’on avait mis en place ce type d’enseignement depuis les années 50, comme une option développement personnel et collectif, mais aussi écologie et alimentation saine, de nos jours, le monde serait bien différent. Nous serions davantage dans l’empathie, la bienveillance les uns envers les autres et l’on vivrait pleinement la bonne santé, aussi bien pour nous que pour la planète.

 

Comment se décline concrètement votre concept ? Peut-on imaginer la mise en place de modules communication non violente dans les établissements scolaires, par exemple ?

Pour l’instant, cela prend la forme de conférences et de séminaires. Je présente mon film Révélations dans le cadre de ma série documentaire En route pour le changement, avant de présenter le concept de 3GSNC. J’explique l’importance de manger plus sainement, ce dont les gens ont déjà plutôt conscience. Je présente également la communication empathique et bienveillante. Il existe deux associations en Nouvelle-Calédonie qui assurent des formations. C’est important, car cela nous rendra plus performants dans la réalisation des projets en commun, ce qui est le cas pour les projets de transition.

 

Vous aborder également le besoin de transition au travers de la collapsologie. La Nouvelle-Calédonie est-elle vraiment concernée par cet effondrement de société ?

Des recherches que j’ai pu faire, les scientifiques s’accordent à dire que le monde dans lequel nous vivons n’existera plus d’ici plus ou moins dix ans. C’est demain matin et cela se prépare. Qu’est-ce que cela signifie ? S’il y a une crise économique mondiale, par exemple, ou un crash pétrolier, nous aurons des difficultés à importer notre alimentation, nous dépendons aujourd’hui de l’extérieur à près de 85 %. Nouméa et ses alentours seront plus particulièrement touchés. Cela aura aussi des conséquences sur les services publics. Il faut que les gens reviennent à des valeurs beaucoup plus sûres telles que faire son potager, par exemple. De nos jours, le système est devenu très instable. Malheureusement, on a tendance à attendre le dernier moment pour s’adapter, on n’anticipe pas suffisamment l’avenir sur du long terme.

 

Votre projet envisage donc les choses plutôt sous l’angle de la prévention…

Oui, il s’intègre parfaitement dans le plan de santé Do Kamo. J’ai été sollicité une première fois par l’association des parents d’élèves de la Roche, à Maré, et des enseignants. J’ai également été sollicité par Noël Wadrobert, le responsable de l’aide médicale pour la province des Îles et le président de la commission santé, social et environnement de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie. Nous avons participé à un autre séminaire, toujours à Maré, en présence du gouvernement qui présentait le plan Do Kamo. Le concept 3GSNC s’inscrit dans ce plan qui vise à ce que l’être humain s’épanouisse avec une vision holistique de l’être humain et de son environnement. Le concept 3GSNC se penche plus spécifiquement sur la maladie mentale.

 

Comment se décline concrètement votre concept ?

Dans un premier temps, cela passe par des séminaires et des conférences comme récemment à la tribu de Gamaï. Cela passe aussi par un travail sur le plan de santé mentale du gouvernement. J’ai été approché par l’Agence sanitaire et sociale qui s’est montrée intéressée par mes travaux. De manière plus générale, on peut prendre l’exemple de la tribu de Gamaï où un séminaire a été organisé par la mairie de Kaala-Gomen. Lors du séminaire j’ai pu aborder le concept, mais aussi la collapsologie et les solutions à apporter. J’ai par ailleurs proposé à la tribu de déclarer l’état d’urgence à la transition écologique et humaine dans leur tribu.

 

Que signifie décréter l’état urgence à la transition écologique et humaine, quelles mesures implique cet état ?

Concrètement, cela consiste à mettre en place des actions en partenariat avec des associations comme Malé’va, Zéro déchet ou encore en matière de communication bienveillante. L’idée est d’organiser un nouveau séminaire pour associer un nombre de personnes plus importants et d’inviter les tribus voisines pour leur apporter de l’information. Les habitants de Gamaï ont, par exemple, été particulièrement interpellés sur la question de la nourriture industrielle. Il y a des prises de conscience et des changements, mais ils sont encore trop minimes.

 

Les thèses développées par la collapsologie se propagent dans le monde, mais restent assez critiquées. Est-ce que c’est le cas en Nouvelle-Calédonie ?

Nous avons très brièvement parlé de collapsologie à l’occasion du séminaire organisé à Maré avec le gouvernement. Mais la première fois où j’en ai vraiment parlé, c’était à la paroisse de Montravel, devant les dirigeants de l’Église protestante. Je pense qu’ils ont été plutôt convaincus, mais je leur ai tout de même expliqué qu’il ne faut pas non plus s’attarder sur cette idée d’effondrement de la société. Ce qui est important, ce sont les solutions à apporter. Le gouvernement est plus réticent sur cette question. Derrière la collapsologie, il y a l’idée qu’il faut sortir de cette volonté de faire de la croissance infinie et qui nécessite de prendre des décisions difficiles pour les élus. Lors de la dernière mobilisation pour le climat, le collectif a demandé un soutien du gouvernement pour réaliser une étude sur la collapsologie et les conséquences qu’un effondrement du système tel qu’on le connaît pourrait avoir ici. Nous devons avoir une nouvelle réunion au mois de novembre ou décembre et cette question sera abordée. Mais on voit que la question avance. Pendant le débat organisé au Congrès sur la transition énergétique, les débats ont surtout porté sur la collapsologie.

 

Est-ce que vous pensez que les Calédoniens sont prêts à entendre ce discours ? À accepter des changements d’habitudes autour de la consommation d’aliments industriels ou de l’utilisation de la voiture, par exemple ?

Aujourd’hui, peut-être 5 à 10 % de la population est pleinement consciente des problèmes. D’où le besoin de sensibilisation qui passe par des conférences. Les gens se sont aujourd’hui un peu habitués au mot écologie alors que le mot collapsologie interpelle beaucoup plus. Cela m’embête un peu de parler de collapsologie, mais nous n’avons pas le choix, il faut passer à l’action. Il ne faut pas tout prendre au premier degré, mais nous devrons faire face à des changements dans plus ou moins dix ans et il faut s’y préparer.

 

Le recueil de textes Big Bang, primé dans le cadre des États généraux de la jeunesse, devrait être prochainement disponible, tout comme les documentaires réalisés par Sari Oedin.

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