« Notre souhait, c’est d’être sur la plus haute marche du podium aux championnats du monde »

Avec deux médailles d’or et une d’argent, Hugo Tormento a été l’auteur d’une très belle saison cette année sur le circuit des Coupes du monde de Swimrun. Il s’est offert, en prime, la troisième marche des championnats du monde, en Suède, alors même que son coéquipier s’est fracturé le cinquième métatarse (au pied) en plein milieu de la course. De quoi galvaniser l’athlète de 28 ans, qui espère faire encore mieux l’année prochaine.

DNC : Quel bilan faites-vous de votre saison 2021 ?

Hugo Tormento : Je suis très satisfait. J’ai réalisé une bonne partie de mes objectifs et cela me donne envie d’aller en chercher plus. Donc là, il y a des gros projets pour l’année prochaine.

C’est-à-dire ?

Je change de partenaire, je vais faire équipe avec le Suédois Max Andersson. C’est avec lui que j’ai gagné l’étape de Cannes cette année. On va essayer d’être présents sur l’ensemble des Coupes du monde (dont la première devrait se dérouler aux États-Unis en mars, NDLR), en y étant le plus possible aux avant-postes, et de gagner les championnats du monde.

Comment vous êtes-vous rencontrés, Max Andersson et vous ?

On s’est croisés sur différentes étapes du circuit, on a fait plusieurs courses côte à côte en tant que concurrents, notamment celle de Göteberg (Suède) où on finit deuxièmes et eux, troisièmes. C’est un sport où l’ambiance est très bonne, il n’y a pas d’animosité entre les adversaires, on discute et l’on partage beaucoup, y compris pendant la course. Il s’est avéré que ce jour-là, mon partenaire et le sien n’étaient pas forcément dans leur meilleur jour, donc c’était assez rigolo de nous voir chacun de notre côté tirer notre coéquipier. On s’était dit à la blague qu’il fallait que l’on participe un de ces quatre à une course ensemble et qu’on échange de partenaire. C’est finalement ce que l’on a fait à Cannes, et cela a très bien marché (sourire). On a donc décidé de se lancer dans un projet commun pour l’année prochaine.

 

La plus importante, qui est à la fois un défaut et une qualité, c’est le fait de courir en binôme. Il ne faut pas gérer que sa course à soi, mais aussi celle de l’autre. »

 

Vous espérez « être aux avant-postes » : avez-vous un objectif précis à atteindre ?

Ce serait prétentieux de donner un objectif chiffré, mais disons que l’envie, forcément, c’est de gagner toutes les étapes sur lesquelles on va être présents. On espère pouvoir toutes les faire, mais cela va également dépendre de notre vie professionnelle. Et puis il y a l’état de forme qui rentre aussi en ligne de compte, il y a environ une dizaine d’étapes de Coupe du monde prévues en 2022. Mais notre souhait le plus cher, c’est vraiment d’être sur la plus haute marche du podium lors des championnats du monde (le 5 septembre 2022, en Suède, NDLR).

Comment allez-vous gérer vos entraînements, sachant que votre partenaire réside en Suède ?

On va s’entraîner chacun de son côté, mais on va tout de même essayer de faire des stages en commun si les fonds le permettent. On n’a pas spécialement besoin de s’entraîner ensemble, il faut juste que l’on planifie bien nos séances pour arriver en forme le jour J. On va forcément échanger sur nos entraînements et se mettre d’accord lors des stages sur quelques automatismes à développer pendant les courses. Ce n’est pas absolument nécessaire de s’entraîner quotidiennement ensemble pour cette discipline, mais on ne va pas se mentir, c’est quand même un gros plus.

À quoi ressemble une semaine d’entraînement type pour une saison de Swimrun comme celle-là ?

Si je reprends ce que j’ai fait cette année, l’hiver je suis à 25/30 heures d’entraînement par semaine : 115 km à pied, 30 à 35 km dans l’eau et 100 à 110 km de vélo. Il faut ensuite ajouter à cela deux séances de musculation. Puis dès que la saison commence, je réduis un peu le nombre d’heures pour passer à 20/25 heures hebdomadaires.
Je viens de déménager à Paris pour le travail, je vais donc essayer d’intégrer des clubs pour pouvoir continuer à évoluer à bon niveau.

 

J’ai un attachement certain au pays. Quand on me demande d’où je viens, je continue de dire : « de Nouvelle-Calédonie ». Ce sont, en quelque sorte, mes racines. »

 

Quelles sont les principales difficultés dans cette discipline ?

La plus importante, qui est à la fois un défaut et une qualité, c’est le fait de courir en binôme. Il ne faut pas gérer que sa course à soi, mais aussi celle de l’autre. Si parfois tu dois être présent pour ton partenaire, il y a des moments où il est aussi là pour t’aider. C’est en partie ce qui fait la beauté de ce sport, parce que tu passes par des émotions fortes et c’est toujours agréable de partager cela avec quelqu’un.

Après, l’autre difficulté, c’est la gestion de l’effort : c’est une discipline dans laquelle les courses sont longues et endurantes, dans des conditions souvent compliquées, avec des trails très techniques et de la houle et/ou du vent dans les parties nagées.

Vous êtes toujours licencié en Nouvelle- Calédonie, au sein de l’Olympique de Nouméa triathlon, alors que vous n’habitez plus sur le territoire depuis près de 14 ans. Pourquoi ce choix ?

Parce que j’ai un attachement certain au pays. Je suis arrivé à 7 ans, je suis parti quand j’en avais 15, ce sont les années où tu construis quand même beaucoup de repères. Quand on me demande d’où je viens, je continue de dire : « de Nouvelle-Calédonie ». Ce sont, en quelque sorte, mes racines.

Et puis aussi parce qu’il y a l’optique des Jeux du Pacifique (aux Salomon, en 2023, NDLR) lors desquels je souhaiterais représenter la Calédonie en aquathlon. Je suis notamment pré-sélectionné pour les prochains Jeux et Mini-Jeux. Mais pour ces derniers, le billet d’avion n’est pas pris en charge, donc cela risque d’être compliqué pour moi, d’autant plus que la date ne colle pas vraiment avec mon calendrier sportif annuel. Et je continue également de recevoir des aides financières de la part de mon club et de la Ligue calédonienne de triathlon, ce n’est pas négligeable et je les en remercie.

Pensez-vous que le Swimrun est une discipline qui pourrait être davantage développée sur le Caillou ?

Il me semble que mon club en organise déjà deux ou trois à l’année. Mais il y a vraiment du potentiel pour pouvoir en faire plus, notamment avec le lac de Yaté, qui offre de nombreuses possibilités.

 


Bio express

Né à Sainte-Colombe, au sud de Lyon, le 8 mars 1993, Hugo Tormento a fait un passage de quatre ans à La Réunion avant d’atterrir avec sa famille sur le Caillou, l’année de ses sept bougies. C’est là qu’il fait ses armes en tant que nageur, dans le petit bassin du CNC. Il part ensuite pour la Métropole, en 2008, afin d’intégrer le fameux centre de formation de Font-Romeu, dans les Pyrénées-Orientales, où Lara Grangeon, notamment, a longtemps séjourné. Mais il n’oublie pas pour autant sa terre d’accueil sur laquelle il fait un retour triomphal en 2011, à l’occasion des XIVes Jeux du Pacifique, en remportant pas moins de six médailles d’or.

Aux Jeux du Pacifique de 2011 à Nouméa, Hugo Tormento (au centre) a été médaillé d’or à six reprises.

Il décide finalement de mettre un terme à sa carrière de nageur en 2014 à la suite d’un « petit burn-out ».

Sur le chemin de sa préparation pour un Ironman, il découvre avec son grand-frère le Swimrun lors d’une course en Croatie en 2018 : « On est tombés amoureux de la discipline et on a finalement laissé tomber le vélo et l’Ironman. » Il participe très vite à ses premiers championnats du monde de la discipline en Suède la même année, avant de se lancer sérieusement sur le circuit international. Il remporte sa première étape de Coupe du monde fin 2019, puis deux autres à Cannes en 2020 et 2021, et une dernière à Malte début novembre. Le licencié de l’Olympique de Nouméa triathlon a également terminé à la 3e place des Mondiaux cette année.

 

Des propos recueillis par Titouan Moal (© Jean-Marie Gueye et D.R.)

 

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