Niue : jeunesse en voie de disparition

Niue est le plus petit pays indépendant au monde après le Vatican. Sous association avec la Nouvelle-Zélande, l’île bénéficie d’un bon niveau de vie, mais n’arrive pas à retenir sa jeunesse. Niue compte 1 200 habitants, moitié moins qu’il y a dix ans.

Niue est un des pays les plus paisibles de la planète. La prison de l’île n’a pas hébergé de délinquants depuis des années, le taux de scolarisation atteint 100 % et seuls les – très nombreux – coqs de l’île viennent troubler la tranquillité de ses habitants. Pourtant, malgré un niveau de vie exceptionnellement haut pour la région, le pays se vide peu à peu. Les rares villages semblent déserts, un sentiment renforcé par l’impressionnante proportion de maisons abandonnées. Il faut dire qu’entre 2004 et 2014, la population a ainsi chuté de 55 %. Car si l’ensemble des services publics est gratuit, il n’en reste pas moins qu’il n’y a pas grand-chose à faire à Niue.

La semaine dernière, à l’occasion de la visite de l’envoyé spécial de l’Onu pour la jeunesse, Ahmad Alhendawi, les jeunes de Niue ont mis des mots sur un phénomène qui semble impossible à enrayer. « Le problème, c’est que si l’on a des rêves trop grands pour Niue, il faut partir pour ne jamais revenir, a expliqué Bella, 17 ans, qui s’apprête étudier en Nouvelle-Zélande. Il n’y a rien de mieux que son pays natal, c’est vrai, mais on n’a aucune opportunité ici. »

C’est le paradoxe de ce minuscule État qui ne compte plus aujourd’hui que 1 200 habitants. Le contrat d’association avec la Nouvelle- Zélande lui permet de recevoir chaque année 72,5 milliards de francs de son grand voisin et d’offrir des infrastructures de qualité à ses habitants. Mais à Niue, l’agriculture est marginale (8 % des terres seulement sont cultivées) et le tourisme n’en est encore qu’à ses balbutiements. C’est donc sans surprise le secteur public qui assure 75 % des emplois. Résultat, la migration vers la Nouvelle-Zélande, où 22 000 personnes se sont déclarées « niuéennes » lors du dernier recensement, apparaît comme la seule option pour beaucoup de jeunes. Des départs qui sont facilités par le fort sentiment d’appartenance de la diaspora.

Âgée de tout juste 22 ans, Elaina Karena porte avec fierté l’écharpe de Miss Niue 2015. Pourtant la jeune fille n’a jamais vécu sur l’île. En Nouvelle-Zélande, la communauté organise chaque année, le concours Miss Niue Nouvelle-Zélande. Un titre qui qualifie la gagnante pour le concours niuéen. « Ma maman est partie quand elle avait 12 ans. Elle est revenue une seule fois, mais c’est elle qui m’a encouragée à participer. Pour moi, c’était l’opportunité de mieux connaître mes racines », raconte Elaina. La famille de la jeune fille a bien commencé à reconstruire la maison familiale, mais « pour y passer des vacances. De toute façon, nous n’avons plus personne ici, tout le monde nous a rejoints. »

Et pour ceux qui voudraient revenir, les choses ne sont pas si simples. « J’ai vécu quinze ans à l’étranger, raconte Olah. Là-bas, j’avais tout. Il m’a fallu six mois pour trouver un travail ici, mais pendant ce temps-là, il faut tout racheter, voiture, machine à laver et trouver un logement. C’est un budget conséquent et vous n’avez aucune garantie de trouver une source de revenu. »

Les autorités du pays voudraient développer le secteur privé et entend développer l’écotourisme en partenariat avec la Nouvelle-Zélande. Mais pas question pour autant d’offrir des aides au retour à ses ressortissants à l’étranger. « La priorité c’est de faire rester ceux qui sont encore là », lance le Premier ministre, Toke Talagi. Une mission quasi impossible d’autant que depuis le passage dévastateur du cyclone Heta en 2004, le réchauffement climatique s’est invité dans le débat : « Quand Heta est passé, on ne savait même pas quoi faire, raconte Olah. On s’est rendu compte à quel point on est loin de tout. On est 1 200, perdus au milieu du Pacifique, et si on crie, on sait que personne ne nous entendra. »

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L’emploi des jeunes : un défi pour le Pacifique

Niue n’est pas le seul État insulaire du Pacifique à connaître d’importants problèmes migratoires, mais il en est l’exemple le plus criant. Le manque d’opportunités dans la région est préoccupant. L’Océanie compte une population d’environ 10 millions d’habitants, dont plus de la moitié ont moins de 25 ans. Au Vanuatu, 47 % des jeunes n’ont pas d’emploi rémunéré et ce chiffre monte à 54,6 % en Micronésie, selon les statistiques de la CPS. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont sans occupation : la grande majorité déclare des activités traditionnelles, comme la pêche ou l’agriculture vivrière. Mais ils sont sans revenus et donc extrêmement précaires.

Charlotte Mannevy, à Niue.

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