Nicky N’Godrela, dans les pas de Wanaro

Invaincu depuis 2007 contre les joueurs calédoniens, Nickolas N’Godrela prend un malin plaisir à battre les jeunes, mais la compétition est de plus en plus secondaire. Fidèle aux enseignements de son illustre père, il s’applique à former les futurs champions.

Trente-sept ans, une cheville laissée sur un terrain de futsal… Il aurait pu se faire une raison. Abandonner le titre à la relève. Mais quand il a su que Victor Lopez rentrait des États-Unis pour préparer les Mini-Jeux, il n’a pas résisté. « Je me suis entraîné en cachette ! », se marre Nicky la malice.

Sur le court du Ouen Toro, en juin, ses services supersoniques ont fait la différence, encore une fois. Ils lui ont offert un douzième titre de champion de Nouvelle-Calédonie et la prolongation de son invincibilité contre les joueurs locaux.

Sa dernière défaite, contre Jérémie Castella au Mont-Coffyn, remonte à 2007. Des coups d’éclat, le déca-médaillé des Jeux du Pacifique en réalisera certainement d’autres. Mais sa carrière de compétiteur n’a plus vraiment d’importance à ses yeux. « Je continue à jouer pour que les jeunes aient un objectif. Essayer de battre le vieux, ça leur donne une motivation. Mais ce qui m’intéresse maintenant, c’est la transmission. C’est de relancer la compétition », pour que l’équipe calédonienne retrouve de sa splendeur.

« IL N’EST PAS LÀ POUR FAIRE DU BUSINESS »

Vainqueur du simple aux Jeux de 2011 et 2015, Nickolas N’Godrela a le sentiment d’avoir été, ces dernières années, l’arbre qui cachait l’absence de forêt. Alors il plante des graines de champions au Tennis club de Païta, sa deuxième maison. Claude Pydo se souvient du jour où il a entendu parler d’un professeur fraîchement diplômé. « Richard Pugibet m’avait parlé de lui. Il avait 23 ans. Je venais d’avoir des soucis avec des profs plus âgés. Je me suis dit « on va faire l’essai », pour voir… »

Wanaro N’Godrela, en 1973 lors du Dutch Open, aux Pays-Bas. / © Bert Verhoeff, Anefo

Sans regret. Au mois d’octobre, le TC Païta a célébré les 38 ans de Nicky et ses 15 années au sein du club. Claude Pydo, président depuis 24 ans, n’imagine plus le tennis sans lui. « S’il part, je m’en vais. Il est irréprochable. Il n’est pas là pour faire du business, on est même parfois obligé de s’assurer qu’il a été payé. Et il est formidable avec les enfants. En fait, Nicky, c’est son père. Il a sa gentillesse et son professionnalisme. »

Le regretté Wanaro N’Godrela a marqué son temps par l’irrésistible alliance de la performance – quarts de finale à l’Open d’Australie 1973, sélections en Coupe Davis… – de l’excentricité et de l’affabilité : des qualités appréciables dans le monde du tennis professionnel.

GAGNER OU NE PAS PERDRE, « ÇA FAIT TOUTE LA DIFFÉRENCE »

« Mon père m’a toujours dit qu’un vrai joueur de tennis, c’est celui qui est capable de jouer avec tout le monde. Avec un champion comme avec un gosse. Sa carrière, il n’en parlait pas. » Nicky a découvert les exploits paternels par les récits de ceux qui l’ont connu à Paris, du temps où il jouait au Racing club de France. « Quand un mec l’approchait au club house et voulait faire un set contre lui, il y allait. Entre deux bières, il roustait des joueurs d’un niveau que je n’ai jamais approché… »

Nickolas peut en revanche témoigner de son installation en tant que jeune étudiant à Toulon, en 2003. « Il m’avait amené dans un club de tennis local, sans dire qui il était. Un an plus tard, un mec a compris que ce monsieur, c’était Wanaro N’Godrela… Il a halluciné. »

Richard Pugibet, du Tennis club d’Auteuil, retrouve lui aussi les qualités du père chez le fils. « Il y a trois ans, Nicky était venu au tournoi de Port-Vila en tant qu’entraîneur. Le président de la fédération vanuataise lui avait demandé s’il pouvait jouer contre leur meilleur jeune, qui était 350e mondial chez les juniors. Il a accepté tout de suite, sans poser de question. »

Sans préparation particulière, il avait joué à fond, comme d’habitude. « Quand il attaque un match, il joue pour gagner. D’autres jouent pour ne pas perdre. Ça fait toute la différence… » Que les jeunes joueurs qui le croiseront dans cinq ans, quel que soit le nombre de ses chevilles valides, prennent cette phrase pour un avertissement.

Gilles Caprais

Photo : Si Nickolas a été le porte-drapeau des Cagous aux Jeux de 2011, « ce n’est pas un hasard ». « Ses qualités sont reconnues au-delà du tennis », constate son ami Richard Pugibet. / ©  G.C.

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