Moment très particulier, de potentiels repreneurs s’intéressent aux trois usines métallurgiques implantées en Nouvelle-Calédonie. Une part de leur capital est à céder. Il y a des avancées.
KNS
Le groupe chinois Lygend Resources & Technology, communément appelé Lygend, a déposé, dans le courant du mois de mars, une offre de reprise des 49 % du capital du métallurgiste Koniambo Nickel (KNS), dont l’activité est arrêtée depuis fin août 2024. Son contenu, qui demeure confidentiel, est toujours à l’étude. La société asiatique a formulé la proposition auprès du groupe calédonien SMSP, actionnaire à hauteur de 51 %. L’expansion chinoise, notamment dans le champ industriel, n’est pas forcément bien vue des autorités françaises, même si des partenariats existent ici et là. Tout est une question d’intention et de dosage.
« L’État a la capacité, par le biais du contrôle des investissements étrangers en France, à sauvegarder des entreprises jugées stratégiques vis-à-vis de prises de contrôle étrangères », observe Amaury Decludt, directeur de la Mission interministérielle. « Ce cadre juridique s’applique aussi en Nouvelle-Calédonie », les instances tricolores devant ensuite déterminer si la reprise d’un actif par des intérêts chinois est acceptable ou non.
Selon des échos, un ou deux autres groupes ont manifesté un intérêt fort pour le complexe métallurgique du Nord. En parallèle, la société calédonienne poursuit les discussions avec le géant suisse des mines et du négoce des matières premières, Glencore, sur les conditions de la sortie des 49 % du capital de KNS. Un processus de rachat des parts par la SMSP, de manière temporaire, dans une démarche de transition, est étudié.
PRNC
Dans le Sud, les négociations se prolongent sur le projet de reprise de 74 % du capital de Prony Resources New Caledonia, par le consortium New Battery Metals, un fonds d’investissement émirati.
« Ce projet est relativement avancé », estime le haut-fonctionnaire et inspecteur des finances, Amaury Decludt. Les échanges devraient se poursuivre « en septembre », avec une offre actualisée de NBM. Les pertes actuelles de PRNC, notamment en raison de l’envol du prix du soufre, sont couvertes par l’État, acteur en première ligne des pourparlers.
Le potentiel repreneur NBM a posé un certain nombre d’exigences. « L’État souhaite négocier le deal qui permet d’assurer la pérennité de l’activité de l’usine, de préserver les intérêts stratégiques et financiers de l’État et de l’Union européenne, et de garantir un projet industriel crédible. Les discussions sont positives avec NBM », appuie le directeur de la Mission interministérielle. Si une intervention d’expertise technique asiatique est discutée aux côtés de NBM, l’État entend surtout favoriser le transfert de technologies et voir les équipes calédoniennes faire vivre le site de Prony.
SLN
La Société Le Nickel, elle aussi, perd de l’argent aujourd’hui, du fait, entre autres, de l’impossibilité d’accès à des mines de la côte Est. L’État, actionnaire de la maison- mère Eramet, finance ces pertes.
Dans ce contexte compliqué, tant pour la filiale historique que pour le groupe, un repreneur de l’actif est recherché. En l’occurrence, des 66 % d’Eramet dans l’actionnariat de la société calédonienne. « À ce stade, un repreneur s’est manifesté : l’Indien Jindal », confirme Amaury Decludt.
Des représentants de cette société JSL, pour Jindal Stainless Limited, seront de passage en Nouvelle-Calédonie, la semaine prochaine. Une offre construite doit être présentée. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a signé un courrier auprès de JSL en faveur de l’ouverture des discussions.
Yann Mainguet
Des comptes préoccupants
« Nous sommes en cessation de paiements. Il nous faut à peu près 13 milliards de francs. Si nous ne les avons pas avant la fin de ce mois, c’est shutdown [arrêt des activités] complet », a souligné avec gravité le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, mercredi 5 août, le regard sur les comptes de la Nouvelle-Calédonie. La situation des finances publiques « inquiétait l’État depuis beaucoup plus longtemps. Avant les émeutes, depuis plusieurs années, il y avait déjà un lourd déficit structurel de la Nouvelle-Calédonie », explique Amaury Decludt, directeur de la Mission interministérielle. Les déséquilibres dans les comptes sociaux, principalement le Ruamm et la retraite Cafat, sont préoccupants.
Avec l’exécutif local, « l’inquiétude est partagée. Nous ne pouvons que saluer la volonté du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie d’être un gouvernement de réformes. Du côté de l’État, nous voulons accompagner cette volonté réformatrice », ajoute le haut-fonctionnaire. Et ce, par deux biais : des prêts garantis par l’État (PGE) et subventions, ainsi que de l’assistance technique.
En loi de finances, l’État a prévu un financement de 51,6 milliards de francs pour le territoire cette année : 7,2 milliards en subventions et 44,4 milliards en PGE. Sur ce dernier montant, 16,8 milliards ont été décaissés. Il reste donc un disponible de près de 35 milliards. Ce qui va couvrir le besoin de 13 milliards exprimé par Milakulo Tukumuli. L’enjeu est néanmoins d’assurer le financement de la fin de l’année et du début de la suivante.

