Natation : « On va encore avoir une bonne génération »

Entre les championnats de Nouvelle-Calédonie, les France juniors et les Mondiaux en petit bassin, qui se sont déroulés ces derniers jours, les belles performances de nos nageurs ont été foisonnantes. L’occasion de faire le point avec Jean-Claude Robin, président de la Ligue calédonienne de natation.

DNC : Comment s’est passée cette année marquée par la crise sanitaire ?

Jean-Claude Robin : Notre calendrier avait déjà été perturbé en début d’année avec le confinement de mars, qui plus est à un moment clé pour nous, c’est-à-dire au retour des vacances scolaires où les parents cherchent des activités pour leurs enfants. Puis là, à la reprise officielle de notre saison sportive, en septembre, où la crise sanitaire nous a de nouveau empêchés d’organiser quatre ou cinq compétitions, en plus d’empêcher nos nageurs de venir dans les piscines. Je pense que, cette année, nous allons morfler en termes de nombre de licenciés. Si on atteint les 3 000, ce sera déjà bien…

Vous avez tout de même pu organiser les championnats de Nouvelle-Calédonie en petit bassin le week-end dernier au CNC, quel bilan en tirez-vous ?

Au lieu de les faire sur cinq demi-journées, nous n’avons pu les organiser que sur trois, en supprimant les finales. La moyenne d’âge dans les bassins était de 14 ans, puisque les meilleurs sont actuellement en Métropole. On voit déjà des gamins et des gamines de 11, 12 ou 13 ans signer des temps similaires à ceux que nos meilleurs actuels faisaient à leur âge. On va encore avoir une bonne génération. Mais le bilan est positif, c’est surtout la joie des jeunes nageurs de se retrouver. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu autant de cris dans les tribunes de gamins encourageant leurs copains et leurs copines.

Nous n’avions pas l’autorisation de recevoir du public dans l’enceinte du CNC. Certains parents s’étaient toutefois organisés en apportant les nattes et les parapluies pour se caler derrière le grillage, c’était particulier comme ambiance. On avait également dû réduire le nombre d’officiels : d’habitude, sur ce type de compétition, il y a 26 personnes autour du bassin, entre les juges de nage, les chronométreurs, la table de chronométrage, etc. Là, on était 15.

 

C’est surtout la joie des jeunes nageurs de se retrouver. Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu autant de cris dans les tribunes de gamins encourageant leurs copains et leurs copines. »

 

Comment envisagez-vous le reste de la saison, quels sont les projets de la Ligue calédonienne de natation ?

On ne change rien au calendrier pour le moment, en espérant que les restrictions vont quelque peu s’alléger. Car on ne peut pas organiser des compétitions partout en l’état actuel des choses. Cela dépend notamment des restrictions en vigueur dans chacune des piscines. Pour nous, le gros de la saison sportive se joue entre février et juin. On s’adaptera donc en fonction de l’évolution de la situation sanitaire.

Pour l’année 2020/2021, on était passés à 4 400 licences, soit 11 % de plus que l’an passé où l’on avait déjà fait un bond de 8 %. Cela s’explique notamment par le dynamisme de nos clubs qui proposent des prestations variées, débutant dès l’âge de trois ou quatre ans. Et on pourrait faire encore mieux si la ligue disposait de plus de professionnels. Mais apparemment, ce n’est pas le chemin pris au niveau fédéral et, ici, au niveau gouvernemental, puisqu’il n’est toujours pas question de remplacer le départ des deux personnes qui faisaient office de conseillers techniques.

Des idées, on en a plein, mais on a besoin de personnes qualifiées pour pouvoir monter des projets. On voudrait, par exemple, développer la natation dans les îles en s’adaptant au terrain, un peu comme l’a fait la piscine de Pouembout, en allant chercher des gamins dans les tribus alentour. Et aujourd’hui, ils sont près de 450 licenciés. Sans forcément construire une piscine, on pourrait imaginer des activités autour du « J’apprends à nager », avec des bassins flottants au bord de la plage.

Comment expliquez-vous ce manque d’intérêt au sujet du remplacement de vos deux conseillers techniques ?

La France n’est pas une nation sportive, tout simplement. Il suffit de voir les résultats aux derniers Jeux olympiques. En athlétisme et en natation, qui sont parmi les sports les plus pratiqués, nous avons remporté une médaille seulement dans chaque discipline. Les budgets et les politiques ne suivent pas.

 

Des idées, on en a plein, mais on a besoin de personnes qualifiées pour pouvoir monter des projets. On voudrait, par exemple, développer la natation dans les îles en s’adaptant au terrain, un peu comme l’a fait la piscine de Pouembout, en allant chercher des gamins dans les tribus alentour. »

 

Douze des jeunes nageurs prometteurs du Caillou viennent de remporter plusieurs médailles et tous accompli de nouveaux records personnels. Comment expliquez-vous qu’ils arrivent à se surpasser de cette manière face à la jeunesse métropolitaine ?

Je pense qu’ils avaient avant tout la niaque. En Métropole, ils ont pu continuer à faire des compétitions malgré le Covid, alors que nous, on a été un peu sevrés. Je suis d’ailleurs assez surpris de leurs performances, compte tenu que depuis deux ans, ils n’ont pas eu de confrontation à haut niveau lors des habituels déplacements en Australie, en Nouvelle- Zélande ou même en France métropolitaine. Je pense que ce manque a créé chez eux une motivation encore plus importante pour performer lors de ces championnats de France. Au-delà des médailles, ce sont les performances qui sont intéressantes, puisqu’il y a des meilleures performances françaises dans leur catégorie d’âge, des records personnels et de Nouvelle-Calédonie à l’appel. On récolte le travail qui est fait dans les clubs.

Après un passage aux États-Unis pour ses études, Emma Terebo est parvenue à revenir sur le circuit français et a remporté, notamment, deux médailles aux derniers championnats de France : en bronze sur le 50 m dos et en argent sur le 100 m dos. Que pensez-vous de son parcours ?

C’est un parcours original. Elle a un peu disparu des radars nationaux pendant quelques années, notamment parce qu’elle nageait beaucoup dans des bassins en yards. Mais une fois son cursus terminé aux États-Unis, elle est venue en Métropole pour participer aux championnats de France et l’Insep lui a finalement proposé de rester pour l’accompagner dans son projet olympique.
En tout cas, cela montre qu’il n’y a pas qu’une seule voie possible. Tout dépend des opportunités et des personnes que l’on croise sur sa route.

Cela fait plusieurs décennies que la Nouvelle-Calédonie parvient à fournir des nageurs de qualité à l’équipe de France, comment expliquez-vous cela ?

Premièrement, on est très bien équipés au niveau des infrastructures. Si l’on compare avec des départements équivalents, il y en a peu qui possèdent deux piscines de 50 m, qui plus est, avec un bassin de 10 lignes. Et puis elles sont toutes en extérieur, donc les gens, plus habitués à vivre au contact de l’eau, y vont peut-être plus facilement qu’en Métropole ou ailleurs. De plus, la natation est l’une des rares disciplines sportives en Calédonie qui emploient des personnes à plein-temps. On compte 17 encadrants salariés par les clubs pour développer la natation sur l’ensemble du territoire.

Au niveau de la Fédération française de natation, il y a environ 320 000 licenciés. La moyenne nationale est de cinq licenciés pour 1 000 habitants et nous, on est à 13,8 licenciés. Donc quand vous avez un peu près 2 500 licenciés dans la tranche d’âge des 4 à 20 ans, forcément, à un moment donné, si le travail est bien fait, vous avez plus de chances qu’il y ait de l’éclosion de talents dans cette masse. Après, il y a forcément de la perte, je peux vous citer beaucoup de nageurs de la qualité d’Ethan Dumesnil, Nathan Hudan ou Lara Grangeon qui ont arrêté en cours de route parce que c’était trop dur.

 

La moyenne nationale est de cinq licenciés pour 1 000 habitants et nous, on est à 13,8 licenciés. Donc quand vous avez un peu près 2 500 licenciés dans la tranche d’âge des 4 à 20 ans, forcément, à un moment donné, si le travail est bien fait, vous avez plus de chances qu’il y ait de l’éclosion de talents dans cette masse. »

 

Un mot sur les performances aux Mondiaux de Lara Grangeon et Maxime Grousset, en eau libre et en petit bassin, à Abu Dhabi ?

Lara a plus participé au 200 m papillon pour se rappeler de bons souvenirs (27e temps des séries : 2’11’’78, NDLR) et se maintenir au niveau. C’est son parcours en eau libre qui est intéressant (une quatrième place, NDLR). Cette Coupe du monde était un bon test pour sa préparation pour Paris 2024. Elle l’a dit elle-même, elle n’a pas encore acquis assez d’expérience en course, avec des combats où il faut jouer des coudes et être malin.

Quant à Maxime, il est dans la continuité de ce qu’il fait depuis près d’un an en participant aux finalesdu50etdu100mnagelibre(6e du50m en 21’’08, 5e du 100 m en 46’’20 et 6e en relais sur 4 x 50 m, NDLR). Pour lui, cette compétition en petit bassin, c’était surtout l’occasion de se confronter aux meilleurs mondiaux, même si les Australiens et les Américains n’étaient pas présents. Il faut qu’il continue son apprentissage et s’habitue à ce genre de compétition.

Deux nageurs calédoniens étaient présents aux Jeux olympiques de Tokyo cette année, pensez-vous que nous ayons des chances de retrouver de nouveau des nageurs du Caillou à Paris en 2024 ?

Bien évidemment. Maxime, déjà. Lara, je pense. Pourquoi pas Emma, si elle parvient à trouver un bon équilibre entre ses entraînements à l’Insep et ses études universitaires. Après, j’attends de voir les performances de nos jeunes nageurs en bassin de 50 m : Lillie Freulon à l’Insep, Malou Douillard à Font-Romeu, Ethan Dumesnil, qui devrait rester à l’Insep aussi, ou encore John William Dabin, à Amiens. C’est un peu juste pour eux 2024, mais sait-on jamais, s’ils décollent tout d’un coup ?

 


Natation

André Dumas-Pilhou sen est allé

André Dumas-Pilhou (à gauche) aux côtés de Cyril Huet, autour des bassins du CNC, où il a passé tant d’années. 

C’est un véritable pilier de la natation calédonienne qui nous a quittés, dimanche, à l’âge de 77 ans. André Dumas-Pilhou avait notamment été président du Cercle des nageurs calédoniens (CNC) de 1996 à 2000 et président de la Ligue calédonienne de natation. « C’était un vrai dirigeant, humble et toujours prêt à rendre service et travailler pour les autres. Une grande figure de la natation calédonienne disparaît. Merci André pour votre dévouement », a écrit sur Facebook Richard Drouet, l’ancien président de la Ligue de va’a.

Casquette toujours vissée sur la tête, André Dumas-Pilhou était notamment connu pour son incroyable mémoire : il était capable de ressortir avec exactitude toutes les meilleures performances calédoniennes de chaque catégorie d’âge. « Bénévole convaincu, il était la mémoire de notre club », écrit sur sa page Facebook le CNC.

 

Titouan Moal (© T.M. et Ligue calédonienne de natation)

 

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