[Municipales] Un éclatement des candidatures

Les municipales sont bel et bien lancées. La mise sous pli en lien avec ces élections s’est tenue toute la semaine dans une salle de la mairie de Nouméa. (©N.H)

Pas moins de 123 listes, contre 121 en 2020, sont engagées aux élections municipales dans les 29 communes de plus de 1 000 habitants. Le bloc indépendantiste s’est fragmenté. L’appel à une unité loyaliste n’a pas été entendu partout.

Coincé entre des négociations sur l’avenir institutionnel et l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle afférent, ainsi que des élections provinciales, le scrutin municipal en Nouvelle- Calédonie se colore d’une teinte nettement politique, en ce mois de mars. L’Union calédonienne considère d’ailleurs ce rendez- vous devant les urnes comme une sorte de baromètre sur l’accord de Bougival et son complètement Élysée-Oudinot.

La diffusion des listes de candidats pour les communes de 1 000 habitants et plus, samedi 28 février, atteste d’une « certaine fragmentation » dans le camp indépendantiste, observe Pierre- Christophe Pantz, docteur en géopolitique. Car des partisans et des dissidents du Palika, des militants de l’Union calédonienne, des nationalistes… se retrouvent en de nombreux endroits sur la même ligne de départ. Illustration, à Nouméa, pas moins de trois listes sur les huit inscrites sont de sensibilité indépendantiste. Du jamais-vu a priori. Le nombre de huit équipes en lice constitue aussi un record, après sept en 2020, six en 2014, sept en 2008, et cinq en 2001. La tendance est à la hausse.

PLACE PROMETTEUSE

Les Loyalistes ont prôné l’unité. Le rapprochement tactique avec Sonia Lagarde, maire sortante et de nouveau candidate à la fonction, a effectivement accouché d’une liste. Fait étonnant à ce stade, Naïa Wateou, un temps pressentie pour conduire une équipe, est retrouvée en 37e position sur 55. En revanche, Mimsy Daly, qui a quitté la présidence du Medef pour rejoindre le terrain politique, occupe une cinquième place prometteuse. L’ex-responsable de l’organisation patronale contribue au renouvellement de la liste, incarne le monde économique, et peut apparaître comme la prétendante au fauteuil municipal suprême, un jour. Pour autant, le vœu d’une unité non-indépendantiste n’est pas respecté. Virginie Ruffenach, du Rassemblement-LR, a très tôt voulu tenter l’aventure à Nouméa. À Dumbéa, Cynthia Jan et Muriel Malfar-Pauga se font face. Ou encore au Mont-Dore, Elizabeth Rivière rivalise avec Nina Julié.

Expression voulue d’une voie qualifiée de médiane, progressiste et sociale, l’association Éveil océanien-Calédonie ensemble est bien en place dans la « capitale », avec Philippe Dunoyer et Veylma Falaeo. Des soutiens sont assurés ici et là, mais, couac dans la formule, deux listes se font face au Mont-Dore, celles de l’élue CE, Annie Qaeze, et du membre EO du gouvernement, Petelo Sao. Se pose ainsi la question du leadership de ce bloc central. En outre, bien ancrée jusqu’alors dans les communes de Brousse, « Calédonie ensemble joue sa survie à ces élections au regard du panorama politique », avance le chercheur en géographie géopolitique.

RENOUVELLEMENT

Pas moins de 24 maires sortants – dans les 29 communes de 1 000 habitants et plus – repartent à la bataille. Dont, initiative notable, l’UNI Paul Néaoutyine à Poindimié pour un septième mandat. Deux cas sont particuliers. À Kouaoua, Alcide Ponga, qui avait cédé son fauteuil de maire en janvier 2025 à la suite de sa nomination à la présidence du gouvernement, tire à nouveau la liste.

Le promu de l’an passé, Patrick Hari, est à la troisième place. À Yaté, le premier édile, Victor Gouetcha, s’inscrit à nouveau dans la course des municipales, mais en deuxième position, derrière l’adjointe Marie Renée Tiha. Il faudra attendre ce samedi 7 mars au soir ou le lendemain pour connaître les engagés dans les quatre communes de moins de 1 000 habitants. Toutefois, en 2020, 28 maires sur 33 se représentaient en Nouvelle-Calédonie. Une légère baisse serait donc notée cette année. Les raisons peuvent être diverses : question de généra- tion, mandat aux épreuves difficiles avec le conflit autour de l’usine du Sud, le Covid, les émeutes de mai 2024, gestion financière compliquée… « Une recomposition de fait s’est opérée depuis 2024 et va continuer de s’opérer avec les élections municipales », ajoute l’universitaire, Pierre-Christophe Pantz. « Il y a une volonté de renouvellement. »

Un élément sera à surveiller de près : le taux de participation. Des ingrédients, tels que la période entre deux cadres institutionnels, le débat pour ou contre l’accord de Bougival, des questions du quotidien ou de proximité parfois écrasées par les enjeux d’avenir, pourraient conduire à une baisse de la fréquentation dans les isoloirs.

Yann Mainguet