[Municipales] Quelles sont leurs ambitions pour la jeunesse ?

Sept candidats dressent un constat nuancé du bien-être des jeunes dans leur commune. Ils nous livrent leurs projets pour les encadrer, les occuper, les divertir, et leur tracer une voie de réussite personnelle et professionnelle.

Petelo Sao
Nous pour le Mont-Dore
« Une politique faite par les jeunes pour les jeunes »

Petelo Sao
Nous pour le Mont-Dore © DR

« Les jeunes du Mont-Dore ont les mêmes inquiétudes face à l’avenir institutionnel, aux crises environnementales et au contexte international changeant. Les difficultés de déplacement, notamment en 2024 avec le blocage de la route de Saint-Louis, ont fortement pénalisé les étudiants, d’autant que les habitants du Mont-Dore Sud n’étaient pas prioritaires pour l’accès au campus.

Plutôt qu’une politique publique décidée uniquement par la mairie, nous proposons de créer un conseil municipal des 15 -25 ans, issus des collèges et lycées, des clubs sportifs, du réseau associatif, ou suivis par les travailleurs sociaux. Ce conseil définira les priorités, que ce soit l’accompagnement scolaire et extrascolaire ou bien le financement du permis de conduire etc. Ce sera une politique faite par les jeunes et pour les jeunes. Il s’agit aujourd’hui de faire de la politique autrement, dans une logique de coconstruction avec les jeunes. »


Pascal Sawa
Liste unitaire nationaliste FLNKS – Houaïlou
« Suivre l’enfant de la maternelle au lycée »

« Nous avons une jeunesse qui se porte de façon contrastée. Avec le vice-rectorat, le gouvernement, la province Nord, la mairie, les associations de parents d’élèves et les autorités coutumières, nous avons créé un territoire éducatif rural (TER). L’objectif est de suivre l’enfant de la maternelle au lycée afin d’améliorer le niveau scolaire, développer l’ambition et la mobilité, assurer un suivi de santé, avec un accent sur la parentalité et la coéducation. Nous avons notamment développé une classe de foot avec le club omnisports de Houaïlou, permettant à plusieurs jeunes d’entrer à l’académie de football de Nouméa tout en poursuivant leur scolarité. Et maintenant ils jouent pour la Nouvelle-Calédonie.

Face au manque de personnel de santé, une infirmière a été recrutée au collège de Wani assurant le suivi médical de 180 élèves. Nous allons renforcer notre action auprès des jeunes déscolarisés en difficulté d’insertion professionnelle avec des parcours spécifiques : remise à niveau des fondamentaux, formations au permis de conduire. On a des espaces qui peuvent être dédiés à cela : on va relancer le centre de formation aux techniques de la mine de Poro ; on a aussi les espaces des écoles privées qui ont été fermées. L’enjeu reste la création d’opportunités et d’emplois. »


Patrick Robelin
Bourail en accord
« Ces jeunes ont du talent, on ne les lâche pas »

Patrick Robelin Bourail en accord © DR

 

« Une partie de la jeunesse calédonienne est prise d’un profond malaise, souvent marqué par l’alcool et le cannabis. Il existe aussi une vraie problématique éducative liée aux familles et à un système scolaire dessiné pour des enfants qui sont intellectuels, portés par leur famille. D’autres enfants n’ont pas ce cadre. À l’école primaire, il faut renforcer les fondamentaux, et dans le secondaire, il faudrait des parcours très différenciés, avec davantage de travaux manuels, de musique, de sport afin d’éviter le décrochage.

Nous avons mis en place une veille éducative et une maison de la famille qui accueille ces jeunes et organise des ateliers. Nous proposons des formations accélérées au permis de conduire, des stages chez les agriculteurs, des travaux d’intérêt général en mairie (24 en 2025) avec du personnel formé à cet effet. L’ancien CCAS est devenu une maison des jeunes, Le Repère. Nous favorisons aussi l’engagement chez les pompiers volontaires, les inscriptions à l’école de musique, les orchestres à l’école, l’orientation vers les clubs sportifs.

Ces jeunes ont du talent, on ne les lâche pas. Reste la question des financements au CLSPD (conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance) qui devraient être partagés entre toutes les institutions. On dirait que les jeunes de Bourail n’appartiennent ni à la province ni à la Nouvelle-Calédonie. »


Florence Rolland L’Union pour La Foa
« Nous poursuivrons la dynamisation de la commune »

Florence Rolland
L’Union pour La Foa © DR

« La jeunesse de La Foa se porte bien. Les moins de 20 ans constituent 30 % de notre population. Plus de 1 130 élèves scolarisés utilisent nos infrastructures sportives. La commune bénéficie d’un tissu associatif riche, avec plus de 29 associations et d’activités gratuites. 60 millions ont déjà été fléchés sur un plan pluriannuel d’investissement dans nos écoles. Les établissements étaient vétustes.

Sur les six prochaines années, nous allons investir dans du nouveau mobilier et sur la sécurisation et la fluidification du trafic aux abords des établissements scolaires. Nous avons aussi des projets pour le sport : éclairage du stade de football, vestiaires, tribune, piste de fun, salle supplémentaire, notamment pour la danse.

Nous poursuivons la dynamisation de la commune avec la maison des jeunes, le conseil municipal junior, les récompenses aux diplômés. Ça permet de les valoriser et de leur expliquer qu’ils sont une source de fierté pour nous. Nous luttons contre le décrochage scolaire, notamment au travers de la veille éducative et du CLSPD. Nous avons enfin à cœur de pouvoir organiser davantage de jeux inter-quartiers et inter-tribus, pour favoriser la mixité sociale. »


Maryline Sinewami
UC-FLNKS Nengone
« Consolider nos actions »

Maryline Sinewami
UC-FLNKS Nengone © DR

« Nous avons des jeunes qui ont trouvé leur voie, qui sont bien épanouis et d’autres qui sont toujours en recherche et puis ceux qui sont un peu plus fragiles. Ici, beaucoup sont très investis dans les travaux coutumiers, ce qui structure leur quotidien. Lors de la dernière mandature, nous avons instauré un conseil municipal des jeunes représentant l’ensemble des tribus de Maré. Nous les mobilisons notamment lors d’évènements, via l’office municipal des sports ou de la culture ou sur des thématiques comme l’environnement.

Nous avons aussi mené de nombreuses actions de prévention sur les addictions, les écrans, la parentalité, lors d’une semaine éducative instaurée chaque mois de mai. Un plan de prévention de la délinquance a été développé pour les jeunes les plus fragiles, ainsi que des forums de l’entrepreneuriat, avec des formations. La jeunesse était une priorité bien avant les évènements de 2024.

Notre ambition est désormais de consolider ces actions, de travailler aussi avec les associations autour de la culture et de la résilience par l’art. Beaucoup de jeunes sont motivés et veulent s’en sortir. L’important est de trouver le moment opportun pour leur proposer des formations en tenant compte de leur implication dans les travaux coutumiers. »


Jimmy Naouna
Uni pour un destin commun – Pouembout « Responsabiliser la jeunesse »

Jimmy Naouna
Uni pour un destin commun
Pouembout © DR

« La jeunesse représente 35 % de notre population d’après le recensement de 2019. Et nous avons, sur notre liste, une représentation importante de cette jeunesse, très engagée et ambitieuse, issue de la société civile, des entrepreneurs ou des anciens employés de KNS qui se sont reconvertis à cause de la crise. De nombreux dispositifs existent déjà, portés par la commune et la province. Nous avons l’ambition de créer un guichet unique pour faciliter l’accès, tout en responsabilisant les jeunes. Notre rôle est d’accompagner, mais ils doivent aussi se prendre en charge.

La création d’un conseil municipal des jeunes fait partie de cette réflexion. Nous souhaitons également développer des espaces de rencontre, des journées citoyennes pour favoriser les échanges entre habitants du village et des tribus de toutes générations. Le vivre ensemble, ça fait bien longtemps qu’on le pratique, mais il nous faut des espaces communs. Face à certaines incivilités, il est nécessaire de canaliser les jeunes concernés vers la formation, la création d’entreprises, etc. On pourrait travailler avec le RSMA ou encore le centre pénitentiaire de Koné. On a aussi la chance d’avoir un lycée agricole, mais trop peu s’orientent vers les exploitations locales. »


Karyl Trenywa
Oser le changement pour Ouvéa !
« Valoriser leur savoir-faire et leurs talents »
Karyl Trenywa
Oser le changement pour Ouvéa ! © DR

« À Ouvéa, notre jeunesse est riche et diverse. On a une jeunesse qui brille et celle dont on parle moins, mais qui est très active dans les associations, les marchés communaux, les projets en faveur des plus petits. Âgé de 24 ans, je fais partie d’une liste composée de nombreux jeunes aux sensibilités politiques variées.

Nous avons remarqué des manques concrets dans les écoles, par exemple l’absence d’abris ou de préaux pour protéger les enfants de la pluie. Nous accordons aussi une importance particulière à nos langues maternelles, l’iaai et le faga, patrimoine immatériel, dont la transmission familiale semble s’être affaiblie. Nous proposons que la mairie mette à disposition des outils pratiques – jeux, livres, supports – pour favoriser l’apprentissage à la maison.

Enfin, nous souhaitons créer un carrefour des jeunes pour valoriser leurs savoir-faire et leurs talents. Des intervenants originaires d’Ouvéa – étudiants, chefs cuisiniers, cadres – pourraient égale- ment partager leurs parcours et inspirer les plus jeunes. Notre objectif est de renforcer la résilience et l’autonomie de chacun, en soutenant les initiatives en faveur de la jeunesse. »

Propos recueillis par Chloé Maingourd