Le nombre de candidatures féminines aux élections municipales de mars semble bondir. Au regard des derniers scrutins, l’évolution est néanmoins très lente.
Un record est sans doute en vue. À Nouméa, Sonia Lagarde, qui a officiellement annoncé briguer un troisième mandat de maire, trouvera dans la course de ces élections municipales, Virginie Ruffenach, Muneiko Haocas ou encore Véronique Forestier. Au Mont-Dore, Élizabeth Rivière croisera le fer avec Nina Julié et Tania Ouaka. Tandis qu’à Dumbéa, Cynthia Jan tout comme Muriel Malfar-Pauga et Rachel Aucher tenteront de remporter l’écharpe tricolore. Des candidatures féminines sont aussi pressenties à Hienghène, Koumac ou bien Poum.
Si l’engagement de candidates au scrutin de mars semble faire un bond – il faudra attendre jeudi 26 février au soir, date limite de dépôt des listes, pour les communes de 1 000 habitants et plus, et le samedi 7 mars, dans celles de moins de 1 000 -, l’évolution fut jusque-là « timide », confirme Pierre-Christophe Pantz, docteur en géopolitique, dans une étude. L’élection de la toute première femme à la fonction de maire en Nouvelle-Calédonie, n’est pas si lointaine. En 2001, Ghislaine Creugnet, née Fogliani, était élue dans la petite commune de Farino, après avoir tenté l’aventure dès 1995. « Rien n’a été facile, c’était un milieu très « macho », dirons-nous », se souvient l’ancienne responsable non-indépendantiste, aujourd’hui membre du Conseil économique social et environnemental national (Cese), qui pour la tentative heureuse d’il y a vingt-cinq ans, avait reçu l’appui de femmes. Des électeurs, eux, « ne pouvaient pas dire que j’étais « incompétente » vu que j’étais « secrétaire de mairie » de métier ! » La trajectoire de Ghislaine, épouse Arlie, a encouragé des Calédoniennes à investir le terrain politique.

SACRIFICE
Aux scrutins de 2008, 2014 et 2020, le nombre de femmes élues maires a varié entre cinq et six, sur 33, relève l’universitaire Pierre-Christophe Pantz qui a constaté une tendance : « Si la loi sur la parité s’exerce pour ce scrutin de liste, peu de femmes occupent encore une tête de liste, même si la situation progresse sensiblement (12,1 % des lites en 2008 contre 19,4 % en 2020). »
Sur ces trois dernières élections municipales, dix communes sur 33 sont – ou ont été – dirigées par une femme, d’après l’étude. En clair, il y a un mouvement, mais très lent. Pourtant, la maire porte un regard souvent plus social, « davantage dans la gestion du quotidien », note Henriette Tidjine-Hmae. Chez les hommes, « il manque parfois ce côté humain ». À Ouvéa, la candidate malheureuse en 2020, Marie-Christine Mindia, en est persuadée, « il faudrait un jour une femme à la mairie », parce qu’« on a beaucoup d’idées » pour les tribus, le bien-être des gens, les jeunes… Toutes les élues le reconnaissent, l’élection entraîne toujours un sacrifice sur le plan personnel, familial… « C’est du 24h/24 », insiste Ghislaine Arlie.
Il faut néanmoins faire un distinguo. À Nouméa, dans la perspective du prochain scrutin, Sonia Lagarde est entourée « de jeunes qui expriment un intérêt certain, peut-être pas pour la politique politicienne, mais pour la commune ». Ici et là, beaucoup de candidatures fleurissent, avec l’objectif, pour certaines, de « se compter dans la perspective des élections provinciales », estime la première édile de la capitale. « Ce n’est pas très sérieux. »
Yann Mainguet

