[Municipales] La jeunesse, une priorité absolue

Les communes, collectivités de proximité, peuvent avoir un rôle essentiel dans l’accompagnement des jeunes. © Nikita Hoffmann

Les chiffres et les faits sont connus. D’après les résultats du recensement mis à jour en 2020, 44 % de la population calédonienne avait moins de 30 ans. Considérable. Mais tout n’est pas rose.

À la lecture de l’enquête « Bien dans mes claquettes » menée par la province Sud l’an dernier, 63 % des élèves de troisième ont déclaré ressentir de l’angoisse en pensant à leur avenir. Inquiétant. D’autant plus que la consommation d’alcool au sein de ce public, par essence fragile, reste trop élevée. Les émeutes de mai 2024 ont été alimentées notamment par la colère des jeunes, et ont été vécues comme une douleur, voire un traumatisme par leurs camarades. Le chômage, qui a suivi ces événements, a davantage frappé la jeunesse.

Même si l’enjeu institutionnel semble écraser les votes des 15 et 22 mars, la campagne des élections municipales est bien en place. Certes, pas sur un rythme fou. D’après les candidats, deux priorités s’imposent au regard des préoccupations et du poids de ces thèmes dans les communes : la sécurité – quitte même à pousser le discours dans l’excès – et la jeunesse, donc, une évidence.

« Il y a une base de travail, mais les programmes électoraux ne prennent pas suffisamment en compte les jeunes, car des politiques n’ont pas mesuré avec précision l’évolution de cette jeunesse. Elle est différente de celle connue il y a quinze ans », observe néanmoins Claire Neporoze-Goah, directrice d’un cabinet de formation à Koné, intervenant dans le Nord et les îles Loyauté.

Une raison est simple. Des élus « mettent en place des actions, qui ne vont pas réussir à couvrir l’ensemble des jeunes ». Et ce, à cause des différences de niveau scolaire ou de profil. Or, les communes étant par définition les collectivités de proximité, les maires et leurs conseils municipaux sont en première ligne pour connaître cette population.

Un public clé, d’ailleurs, qui mérite un appui, parce que se jouent ensuite son employabilité, son initiative professionnelle, son épanouissement sur le terrain communal… « Ces dernières années, les provinces encouragent davantage l’implication des communes dans la formation et l’accompagnement de la jeunesse, analyse Claire Neporoze-Goah. Ces mairies n’ont pas forcément les moyens pour cet objectif, mais c’est un domaine qu’elles commencent à structurer. »

« PAS DE POLITIQUES COHÉRENTES »

Le pouvoir d’action des municipalités sur les enjeux de la jeunesse constitue aujourd’hui une question cruciale. Tous les candidats doivent en être conscients. Néanmoins, « le découpage des seuils de compétence fait que nous n’arrivons pas à avoir des politiques cohérentes », estime Catherine Poedi, présidente de l’Association des parents d’enfants handicapés (APEH-NC) et ancienne dirigeante de la Fédération des œuvres laïques (FOL). Autrement dit, et le souci n’est pas retrouvé que dans ce domaine, l’entrechoc des niveaux d’action du gouvernement local, des provinces et des communes nuit à l’efficacité des prises en charge et de l’accompagnement des jeunes.

Beaucoup d’associations agissent pour eux d’ailleurs, et sur la totalité du territoire. « Mais encore faut-il que le travail de terrain soit entendu par les politiques, et que tout cela puisse faire synergie. Selon moi, ce n’est pas le cas pour l’instant », ajoute la responsable investie depuis des années. Au point où, dès que les difficultés financières pointent, « on va avoir tendance à revenir sur les subventions de ces associations de terrain. »

Lueur d’espoir, le pacte de refondation économique et social, établi avec les hauts fonctionnaires de la mission interministérielle et les acteurs locaux, est construit sur six piliers, dont l’un est dédié à la jeunesse. C’est-à-dire à la lutte contre le décrochage scolaire, à la santé ou encore à la réussite. Une enveloppe de 70 millions d’euros est prévue. Dix-huit priorités ont été présentées. Des mesures urgentes.

Yann Mainguet