Dans un contexte économique morose, l’organisation de la campagne pour les élections municipales du mois de mars est empreinte de sobriété. La plupart des listes font avec des budgets resserrés.
« Les gens ont clairement moins de moyens. 1 000 francs c’est toujours ça pour acheter à manger. Et nous, on s’adresse plutôt aux petites bourses », explique Johanito Wamytan, cadre de l’Union calédonienne, directeur de campagne et colistier de la liste « Dumbéa au service du peuple », menée par Rachel Aucher. « Si on arrive déjà à financer la campagne officielle (bulletins de vote, professions de foi et affiches), ce sera très bien. Le reste c’est du plus ». En 2020, 800 000 francs avaient été récoltés, entre 400 000 et 500 000 utilisés. Aujourd’hui, la recherche de contributeurs se poursuit.
À Dumbéa, le plafond des dépenses atteint 5,7 millions de francs pour le premier tour et près de 7 pour le second. Yoann Lecourieux, candidat à sa succession sur la liste « Dumbéa avant tout ! » évoque un budget confortable mais loin de ce plafond . « Je ne vois pas l’intérêt de dépenser le maximum. »
DES DONS ENCORE PLUS APPRÉCIABLES
À Nouméa, le plafond est de 12 millions de francs pour le premier tour, 16 pour le second. La liste « Pour Nouméa une énergie nouvelle », menée par Virginie Ruffenach, a choisi un budget restreint. « Ce n’est pas une période où l’on peut faire des campagnes qui coûtent 7 ou 9 millions de francs, ce serait compliqué et déplacé, estime Jordan Courtot, colistier. Ici, plus de 50 % du financement proviennent de l’apport des candidats. « L’engagement politique est un investissement personnel et il faut d’abord être autonome avant de se tourner vers l’extérieur. »
Il est généralement demandé une contribution en fonction du positionnement sur la liste. Les candidats peuvent utiliser des fonds propres ou contracter des emprunts. « Il faut parfois anticiper pour constituer une épargne. » C’est le cas de Stevens Kaouda, tête de liste d’« Osons La Foa », qui évoque « l’avantage [en dessous de 9 000 habitants] de ne pas être soumis à un compte de campagne : les gens sont libres de dépenser ce qu’ils veulent ».
Les dons extérieurs sont tout aussi précieux. Des événements de collecte sont généralement organisés par les indépendantistes, ventes, bingos, etc. On peut aussi appeler aux contributions même si « c’est compliqué en ce moment alors que tout le monde souffre, estime Jordan Courtot. En tout cas, le sacrifice est encore plus appréciable ».
En ce qui concerne les partis, « l’Union calédonienne n’octroie pas de financements, mais apporte une aide technique. Le FLNKS est, pour sa part, un mouvement de libération, pas de campagne électorale », informe Johanito Wamytan.
La liste de Virginie Ruffenach a choisi de partir sans l’étiquette, il n’y a donc pas de donation du Rassemblement ni des Républicains LR, « mais nous bénéficions de la permanence du parti, une mise à disposition qui figure dans les comptes ».
« Faire campagne sans parti n’est pas forcément un handicap dans les communales, juge Yoann Lecourieux. Nous avons des soutiens qui participent et croient aux messages que nous portons. » Pour Stevens Kaouda, qui mène une liste d’ouverture (il est néanmoins soutenu par Calédonie ensemble et l’Éveil océanien), l’absence de parti « peut être un handicap pour les listes des petites communes qui ne bénéficient pas du remboursement public, mais il faut être cohérent avec ce que l’on défend et quand on veut faire les choses, on y arrive ».



PAS « BLING BLING »
Beaucoup renoncent à l’impression de tracts. « C’est 600 000 ou 700 000 francs pour 60 000 exemplaires selon la complexité du document », argumente Jordan Courtot qui croit néanmoins en l’attractivité du papier. Pour les autres tâches, les listes internalisent au maximum. « On utilise les moyens du bord pour faire les photos et les montages », illustre Johanito Wamytan. Les partages classiques sur les réseaux sociaux sont efficaces et gratuits.
Plus largement, « le militantisme permet de soulever des montagnes », pense Jordan Courtot. « Notre force de frappe a toujours été le terrain, le contact humain qui ne coûte rien », affirme le Johanito Wamytan. Yoann Lecourieux évoque « des réunions chez l’habitant tous les jours, des réunions publiques toutes les semaines ».
La mairie propose, pour les candidats officiels, la gratuité de certaines salles. Intéressant, sachant qu’il devient quasi impossible d’as- surer les permanences. « C’est plus cher, plus compliqué et on ne peut pas prendre le risque de faire sans assurance. Si c’est dégradé et que les dégâts nous font atteindre le plafond des dépenses, c’est terminé ! », alerte un responsable de l’agglomération.
Pour Johanito Wamytan, c’est secondaire, car « on fait face à un problème de mobilité des électeurs par manque de transport. Donc on se déplace, c’est comme un local mobile ».
Stevens Kaouda entrevoit « la plus belle campagne possible. On ne va pas faire du bling bling alors qu’on n’a pas les moyens ». L’avantage est qu’elle sera courte : trois semaines, car pour l’heure « tout le monde a la tête à autre chose, pense un cadre politique de la capitale. Cela va peut- être faciliter la question du financement ».
Chloé Maingourd

Subtilités
Un enjeu majeur concerne la gestion stricte des dépenses, très encadrées et contrôlées. Certains dénoncent des pratiques limites : réunions politiques déguisées (on annonce un autre thème), utilisation de moyens publics ou financements indirects via des particuliers. Exemple : les collaborateurs des collectivités devraient normalement se mettre en congés payés ou sans solde lorsqu’ils font campagne, ne pas utiliser leur téléphone ni voiture de fonction pour des réunions sur les municipales.

