Cette mandature doit être celle de la transition écologique, selon le WWF

À un peu plus de deux semaines du premier tour des élections municipales, le WWF appelle les candidats à mettre la transition écologique au cœur de leurs actions. L’organisation environnementale apporte aussi des propositions. Entretien avec Hubert Géraux, responsable de l’antenne calédonienne du WWF.

DNC : Vous demandez aux candidats de placer la transition écologique au cœur de leurs programmes plutôt que de les « verdir ». Est-ce une habitude qui perdure ?

Hubert Géraux : Je dirais même qu’on le fait de plus en plus parce que l’écologie est devenue incontournable. Il y a vingt ans, l’environnement était très peu traité. Aujourd’hui, c’est un sujet qui s’invite légitimement sur la scène politique et c’est très bien. Maintenant, notre rôle est d’interpeller les candidats sur la profondeur de leur réflexion et sur le sens de ce qu’est la transition écologique. On ne vise pas juste deux pages de « vert » dans un programme, on doit retrouver la contribution à la transition écologique dans tous les secteurs. Nous commençons tout juste à être sollicités… Nous sommes disposés à nourrir les réflexions.

Vous insistez sur le fait que les communes ont un rôle majeur pour mettre en œuvre la transition écologique sur le terrain…

Dans la tête des gens, la transition écologique, c’est l’environnement et c’est donc une compétence provinciale. Or les communes ont effectivement un rôle majeur à jouer en termes de proximité avec les administrés et de compétences. Les communes peuvent agir directement sur les chantiers de cette transition : le logement, la distribution publique d’eau potable, l’assainissement, l’aménagement et l’exploitation d’installations de production d’énergies renouvelables, la maîtrise de l’énergie, la lutte contre les feux, la gestion des cours d’eau, la collecte et le traitement des ordures ménagères, l’organisation de la mobilité… L’orientation de la politique municipale peut rendre une ville verte ou son contraire.

La ville peut aussi influer par le budget qu’elle mobilise en faveur de la transition. On ne peut pas avoir le discours de la transition et un budget qui est massivement orienté en faveur de ce qui dégrade le capital de la commune.

Quelles sont les idées qui vous viennent à l’esprit ?

En matière d’eau potable, par exemple, il faut être capable d’offrir ce service aux administrés tout en étant respectueux de la ressource. On peut investir pour avoir le moins de pertes possible sur les réseaux, investir en aval sur le traitement des eaux usées pour optimiser leur réutilisation en termes d’eau d’arrosage et de nettoyage. C’est une hérésie de refaire partir toute cette eau, une fois traitée, dans le lagon alors qu’on va, à côté, utiliser de l’eau potable pour tout un tas d’usages pour lesquels on n’en a pas besoin. Beaucoup de villes à travers le monde ont aussi compris qu’il y a un investissement à faire sur la préservation, la restauration et le développement d’activités respectueuses des périmètres de protection des captages d’eau. C’est un vrai enjeu pour toutes les municipalités calédoniennes.

Autre exemple : les centres de secours, qui sont de responsabilité municipale. Il faut vraiment réfléchir et investir sur l’amélioration des dispositifs de lutte contre les feux de forêt. Nous avons perdu 29 000 hectares l’année dernière. Et on n’a rien vu dans les programmes, comme si ce n’était plus un sujet.

J’ai aussi fait une proposition, en 2017, sur deux problèmes qui peuvent produire une solution : la collecte des déchets verts et les coupes de bois sauvages dans les forêts du Grand Nouméa. La pression de la coupe représente une menace pour les formations forestières naturelles et la réponse n’est pas à la hauteur du problème. Ces coupes correspondent majoritairement à un besoin de feu de gens qui n’ont pas de foncier, donc à une demande persistante voire grandissante. À côté de ça, ces communes font face à un enjeu de gestion et de valorisation des déchets verts (plus de 21 000 tonnes) dont la plupart sont des troncs et des branches, le combustible que les gens vont justement chercher. Et nous, on va en grande partie les enfouir à Gadji. Nous pourrions très bien répondre à cette demande tout en protégeant nos dernières forêts naturelles. Ce serait une transition juste sans dégrader le patrimoine.

La question de la mobilité est aussi cruciale. Elle permet non seulement de rendre la ville plus vivable, de sortir du tout-voiture, qui est une catastrophe, mais auquel on participe parce que les réseaux de transport en commun ne sont pas forcément efficaces, que les voies sécurisées pour les vélos, les scooters sont insuffisantes… Il faut être ambitieux sur la mobilité, car on peut arriver à des villes moins polluées, moins bruyantes avec de la rencontre, une meilleure santé. C’est tout cela la ville durable. On peut aussi penser à l’accessibilité : comment accompagner le développement de l’écotourisme, quels sont les sites que l’on rend accessibles, quels sont les acteurs associés à la valorisation de ces lieux ?

Des sujets comme la sécurité sont traditionnellement au centre des campagnes municipales, plutôt que l’écologie, vous le regrettez ?

On ne peut pas mettre ces sujets en opposition. L’insécurité est un vrai souci. Et justement, la transition écologique, c’est l’environnement au sens large. L’écologie humaine, c’est responsabiliser l’homme, le remettre au centre du sujet et l’associer à ces chantiers vertueux. Regardez, par exemple, le travail qu’effectue SOS Mangroves avec les jeunes en décrochage, c’est formidable. Ou Caledoclean qui accueille des travaux d’intérêt général. Il faut repositionner, à mon sens, tous les sujets dans ce changement sociétal qu’est la transition écologique.

Vous appelez les électeurs à penser ces élections sous l’angle de l’écologie. Le temps nous est-il compté ?

C’est une urgence. Beaucoup d’électeurs ont des enfants qui vont à l’école, qui vont se déplacer dans la ville avec les questions de qualité de l’air et de sécurité que l’on connaît, une eau qui va coûter de plus en plus cher si elle se dégrade et qu’il va falloir aller chercher plus loin…. Tous ces enjeux nous concernent tous. Nous avons une décennie pour inverser la tendance. On a perdu beaucoup de temps et si on continue d’agir de la même manière, on va droit dans le mur…

Plus on se rapproche de cette disparition de notre patrimoine naturel, plus on se rapproche d’un inconfort de vie, d’une incapacité de développement, même, de la survie. On doit éveiller nos consciences sur le fait que nous portons la responsabilité de ne pas attendre la catastrophe pour anticiper et créer des territoires qui soient résilients aux grands changements. Cela ne veut pas dire revenir à l’âge de pierre, au contraire, c’est être moderne dans l’évolution, dans sa pensée.

On ne peut pas être à côté de l’ambition mondiale, toutes les échelles doivent se mobiliser. On a la chance d’être sur un petit bout de paradis, mais on a vu qu’on peut perdre notre patrimoine de façon drastique avec les feux et il faut anticiper. C’est indiscutable et nos enfants nous le demandent.

C.M.

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