Nicolas Goyard : « Mon gros point fort, c’est ma vitesse »

Sacré champion du monde d’IQFoil – la nouvelle série olympique de planche à voile sur foil – il y a deux mois, le Calédonien Nicolas Goyard, 25 ans, a récidivé le week-end dernier en s’adjugeant la médaille d’or européenne sur le plan d’eau de Marseille, où se dérouleront les régates de la discipline lors des JO de Paris, en 2024. Retour sur sa performance.

 

DNC : Êtes-vous satisfait d’avoir remporté ce titre de champion d’Europe ?

Nicolas Goyard : En vrai, j’étais arrivé sur ce championnat d’Europe en mode vacances. J’ai des compétitions plus importantes en fin d’année et j’ai été pas mal à fond ces derniers mois, donc là je ne m’étais pas fixé d’objectif particulier. D’autant plus que j’avais déjà fait le taf au mondial. Donc voilà, je suis content, mais je ne suis pas plus excité que cela (sourire).

 

Cela doit tout de même avoir une saveur particulière de remporter ce titre-là à Marseille, où se dérouleront les prochains Jeux olympiques d’IQFoil, en 2024 ?

Oui effectivement, redécouvrir ce plan d’eau en mode régate était intéressant, cela m’a permis de mieux appréhender ses contraintes. Les conditions étaient assez variées, donc cela a rehaussé le côté tactique, il y avait de quoi diversifier les stratégies et les réglages. Un bon Marseille bien compliqué, comme on aime.

En tout cas, c’est de bon augure pour la suite, car avant les JO, il y aura le Test Event et certainement la sélection qui se joueront sur place. Mais ce qui me fait vraiment plaisir, c’est surtout de faire le doublé Mondial/Europe la même année, c’est assez rare pour une série olympique. Cela vient récompenser le travail que je fournis depuis pas mal de temps déjà, c’est un beau retour sur investissement.

 

Depuis les récents débuts de l’IQFoil vous faites indéniablement partie des meilleurs mondiaux. Comment expliquez-vous cela ?

Il y a plusieurs facteurs. D’une part, je pense que je ne régate pas trop mal, je ne suis pas le meilleur tacticien, mais pas le plus mauvais non plus. Au niveau mondial, je suis dans la moyenne. Par contre, j’ai une avance en termes de régate sur foil spécifiquement : j’ai peut-être fait plus de courses avec et j’ai donc plus de recul.

Après, mon plus gros point fort, c’est ma vitesse. J’ai passé tellement de temps sur une planche de windfoil de manière générale que j’ai une certaine aisance. Je navigue parfois jusqu’à 35, quasiment 40 nœuds (74 km/h), donc quand je retourne sur l’IQFoil, qui est un support plus lent (jusqu’à 30 nœuds en régate) et bien je suis plus serein. Cela me permet de rester lucide y compris dans les situations compliquées. Quand je suis derrière, je ne panique pas et j’arrive plutôt bien à revenir. C’est ce qui me permet d’assurer pas mal de manches, même lorsque je fais un mauvais départ ou que je fais des erreurs.

 

En compétition vous êtes l’homme à battre. Est-ce une pression supplémentaire ?

Non, pas particulièrement. Ma philosophie, c’est d’aller le plus loin possible. Dans cette optique- là, je ne me mets pas la pression de battre les autres. Pour moi, l’important, c’est vraiment de continuer à progresser.

Comment comptez-vous rester au top niveau mondial jusqu’en 2024 ?
Je vais continuer de m’entraîner, de développer le matériel. J’ai aussi une marge de progression sur certains plans, notamment physique et nutritionnel, que je n’ai pas encore beaucoup approfondis. Je sais pertinemment que je suis en retard sur quelques aspects de ma préparation par rapport à d’autres athlètes, donc l’objectif, c’est de renforcer mes points forts tout en comblant mes points faibles. Après, on verra bien si j’arrive à rester devant ou non.

 

Ma philosophie, c’est d’aller le plus loin possible. Dans cette optique- là, je ne me mets pas la pression de battre les autres. Pour moi, l’important, c’est vraiment de continuer à progresser.

 

Que pensez-vous de ce support ?

Il est super, il fonctionne bien, il est facile, accessible et ludique. À côté de cela, on a une flotte qui est en train de grossir, avec un nombre de participants qui est en train d’exploser. J’ai l’impression que la planche voit un nouveau jour depuis l’IQFoil.

En parallèle, il y a quand même d’énormes disparités dans le matériel qui sort de l’usine, même si c’est une classe monotype. Donc il y a beaucoup de sélections à faire pour trouver le meilleur équipement. Mais on est en train de travailler dessus pour réduire ces inégalités afin de rendre la classe plus homogène.

 

Les autres Français ne sont pas en reste non plus, Louis Giard, Titouan Le Bosq et votre grand-frère, Thomas, ont respectivement terminé 4e, 8e et 10e de ces Europe, alors que chez les filles, Hélène Noesmoen a signé un doublé mondial et continental. Comment expliquez-vous cette avance ?

Les Français ont toujours été bons en planche à voile, c’est factuel. Et forcément, plus il y a de monde avec un bon niveau, plus la concurrence est rude, plus il y a de personnes pour partager ses connaissances sur le support et donc plus le niveau général est relevé. Après, je pense objectivement avoir pas mal contribué à l’atteinte de ce niveau en apportant mon expérience du foil et mon état d’esprit tourné vers le partage à l’équipe de France. Je leur ai fait profiter de mes trouvailles, notamment en termes de réglages, ce qui leur a permis d’économiser des dizaines d’heures dans leur progression. Et inversement, en me poussant, ils me permettent de m’améliorer à mon tour.

 

N’y a-t-il pas tout de même une certaine compétition entre vous, étant donné qu’une seule place sera disponible pour un athlète français à Paris ?

Il y a à la fois de la coopération et de la compétition. En tant que nation, on a tout intérêt à s’entraider pour faire monter le niveau de l’équipe de France. On découvre le support et on a tous envie d’aller plus loin. Après, pour cette place finale, on verra bien comment cela se passera dans un an ou un an et demi lorsque l’on arrivera aux phases de sélection. Je pense effectivement qu’à ce moment-là, tout le monde se recentrera un peu plus sur soi-même.

 

Je suis super content de pouvoir de nouveau naviguer quotidiennement aux côtés de mon frère. On continue de partager cette passion commune et de se tirer vers le haut mutuellement dans notre préparation, c’est génial.

 

Lors de ces sélections, vous serez notamment en concurrence avec votre frère. Comment vivez-vous cette situation ?

Je suis super content de pouvoir de nouveau naviguer quotidiennement à ses côtés. On continue de partager cette passion commune et de se tirer vers le haut mutuellement dans notre préparation, c’est génial. On verra après pour la suite.

 

Pour arriver à son meilleur niveau aux Jeux olympiques de Tokyo cette année, où il a d’ailleurs remporté l’argent en RS:X, Thomas a forcément pris du retard dans sa préparation sur IQFoil. Que pensez-vous du niveau de votre frère ?

En ce moment, il n’arrête pas de bouffer (rire). Il a pris neuf kilos depuis les JO afin de s’adapter à son nouveau support. Après, certes, il a pris un peu de retard depuis un an, mais il avait aussi pris pas mal d’avance avant sa préparation olympique. Il est au point sur le foil depuis un moment déjà et c’est ce qui explique sa 10e place aux Europe. Oui, le niveau général a augmenté durant son absence, mais je ne pense pas qu’il soit tant que cela derrière les autres pour autant. Pour moi, il est plus que dans le game.

 

Quels sont vos autres objectifs cette année ?

Je suis actuellement en train de participer au Défi Wind, à Gruissan. Il est super important à mes yeux, car il permet vraiment de confronter windfoil et windsurf sur une longue distance. Cela fait maintenant près de deux ans que je participe au développement du matériel de mon sponsor principal, donc on a hâte de voir si le travail fourni va porter ses fruits.

Je vais enchaîner sur la deuxième et dernière étape de PWA (tour mondial de slalom, NDLR) à Marignane du 12 au 21 novembre. Pour le moment je suis leader, suite à l’étape en Israël, donc je vais essayer de rester en tête afin de décrocher un nouveau titre mondial. Puis début décembre, je participerai aux championnats du monde de Formula Foil, aux Açores. Donc il me reste encore un gros mois de compétition avec deux titres mondiaux à aller chercher.

 

Des propos recueillis par Titouan Moal (© Sailing Energy)

 

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