MNC : Un pied-à-terre très coûteux

La Nouvelle-Calédonie aurait-elle les yeux plus gros que le ventre ? C’est ce que laisse à penser le rapport de la Chambre territoriale des comptes publié le 23 mars sur la gestion de la Maison de la Nouvelle-Calédonie, entre les années 2013 et 2017. Le rapport pointe des situations pour le moins étonnantes et d’importantes dépenses à la discrétion d’une poignée de responsables politiques.

La Maison de la Nouvelle-Calédonie (MNC) est une vitrine cinq étoiles du territoire dans un des quartiers les plus chics de Paris. Un luxe qui a un prix, la MNC coûte chaque année près de 450 millions de francs aux collectivités calédoniennes sans qu’une évaluation des actions ai jamais été réalisé. C’est ce budget que la Chambre territoriale des comptes (CTC) a épluché, au titre de sa mission de contrôle des comptes des associations subventionnées et de leur gestion. Attention toutefois, les chambres ne peuvent se prononcer sur l’opportunité des dépenses, c’est-à-dire l’intérêt de la dépense, simplement de leur bonne exécution. La CTC a rendu public son rapport le 23 mars après avoir attendu les réponses des personnes citées. Si les publications de la chambre appellent d’habitude peu de réponses, celui sur la MNC a suscité une avalanche de courriers de la part des élus calédoniens, soucieux de défendre leur image.

Un budget de plus de 400 millions

Il faut dire que le contenu a de quoi déranger. S’il ne révèle pas de pratique illégale, le travail des magistrats laisse à penser que la classe politique connaît une véritable faillite morale, et ce, depuis quelques années. L’examen de la chambre porte sur les exercices de 2013 à 2017 qui ont vu passer la présidence de Harold Martin, Philippe Michel et Roch Wamytan. C’est donc la quasi-totalité des courants politiques qui sont concernés. Ce qui frappe, c’est évidemment le niveau des rémunérations de cette association dont la mission est notamment « d’assurer la promotion économique, sociale et culturelle du territoire ». Le directeur perçoit bien le salaire le plus important avec près de 24 millions de francs par an, sans compter les frais de logement et de bouche. Au total, on dépasse 30 millions de francs, soit près de 2,5 millions de francs par mois (il avait été embauché en 2006 avec un salaire de 436 836 francs). Autre élément surprenant, le directeur percevra une indemnité de départ correspondant à 48 mois de salaire, soit environ 95 millions de francs. Et, cerise sur le gâteau, selon les magistrats, le directeur continuerait de percevoir son salaire de fonctionnaire de l’éducation nationale…

Un niveau impressionnant, largement au- dessus de celui des autres employés qui perçoivent tout de même des salaires indexés, sans que cela ne soit réellement justifié, d’autant qu’ils ont été augmentés de manière irrégulière en 2015 (l’association n’avait plus de président légitime à ce moment-là), comme le relèvent les magistrats. On notera que le directeur justifie audacieusement la prime de fin d’année de près de 405 000 francs (en 2017) afin de lutter contre la vie chère. Les Calédoniens apprécieront. Si son cas est particulier et fait apparaître un certain nombre d’irrégularités, celui du chauffeur de la MNC, qui véhicule les élus, est pour le moins édifiant. Chaque mois, ce salarié à temps partiel reçoit près de 690 000 francs de rémunération nette. On peut se demander comment est-il possible qu’un chauffeur bénéficie d’un traitement aussi avantageux, sauf à le rémunérer grassement pour sa discrétion (sa rémunération est au niveau de celle des chefs de service de l’association ou encore équivalente à celle des membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie).

Des salaires extravagants

Le rapport de la CTC est une succession de chiffres tous aussi extravagants les uns que les autres, tant ils sont déconnectés de la réalité. Avances d’argent à des tiers qui ne seront pas récupérées, mutuelle intégralement payée par l’association, frais de mission forfaitaires peu contrôlés, voire pas du tout, frais de bouche qui ont dépassé trois millions de francs par an, soit une addition de près de 55 000 francs par repas si l’on reprend les éléments avancés par la direction de l’association… À la lecture du rapport, on pourrait penser que les élus calédoniens utilisent la Maison de la Nouvelle- Calédonie et l’argent public à leur convenance, à l’abri des regards indiscrets, lors de leurs « déplacements » en France. En contrepartie de ces rémunérations, la MNC organise une dizaine de rendez-vous culturels par an et accompagne les Calédoniens évasanés en métropole (le budget transport représente une trentaine de millions, alors que le budget social pour aider les Calédoniens est d’un peu plus de 40 millions de francs).

La gouvernance est l’un des éléments les plus troublants, au-delà des chiffres. L’association n’a pas d’assemblée générale. Elle est seulement gérée par un conseil d’administration composé de la crème de la crème des élus, à savoir les présidents du Congrès, du gouvernement et des trois provinces (les parlementaires sont également membres, mais avec voix consultative). Il faut toutefois noter que la politique en matière de salaires et de recrutements relève uniquement du président de l’association, sans que le conseil d’administration ne soit officiellement informé. Autant dire que les recommandations de la CTC sont nombreuses et orientées dans le sens de profonds changements, à commencer par le statut même de la structure qui pose problème. Dans les éléments de réponse rapportés par la chambre, le directeur et les responsables ne semblent toutefois pas s’offusquer outre mesure de la situation puisqu’ils indiquent, tous plus ou moins d’une même voix, qu’ils souhaitent corriger les irrégularités sans pour autant renverser la table. On regrettera juste que les réponses des élus, normalement annexées au rapport, ne soit pas consultables.

Le rapport et les préconisations des magistrats sont consultables dans leur intégralité sur le site internet de la Chambre territoriale des comptes de la Nouvelle-Calédonie (www.ccomptes.fr).


Accompagner les étudiants

L’une des prérogatives de la Maison de la Nouvelle-Calédonie est d’accompagner les étudiants calédoniens. Aujourd’hui, certains d’entre eux, qui ont pris connaissance du rapport, sont pour le moins en colère, de découvrir ce fonctionnement alors qu’on leur reprochait de mal gérer leur argent. Très concrètement, la MNC accueille les étudiants et leur propose une formation de deux jours dès leur arrivée avant qu’ils rejoignent leurs villes d’études. D’après un ancien étudiant très actif dans les associations, dans la réalité, la MNC ne suit pas vraiment les étudiants et 80 % de ce travail est réalisé par les associations. C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’en 2014, la FAECM, Fédération des étudiants cagous de Métropole, a été créée, notamment pour répondre aux problématiques financières des étudiants.

Les moins fortunés avaient notamment du mal à avancer les trois mois de loyer. La plupart du temps, les associations vendaient des barquettes ou organisaient des tournois pour avancer ces sommes. Les étudiants de Cadres avenir, qui disposaient de bourses plus confortables, se portaient parfois garants pour les autres étudiants, ce que ne faisait pas la MNC. Lors du retard du versement des bourses, les jeunes devaient régulièrement se débrouiller par eux-mêmes. L’idée de la FAECM était de pouvoir intégrer le conseil d’administration de la MNC afin de mieux faire remonter leurs doléances qui étaient souvent, voire systématiquement, bloquées au niveau de la direction, selon un ancien responsable de la fédération.

M.D.

©MNC 

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