Mission Pégase 2022 : « Une démonstration des capacités françaises »

La France est un acteur de l’Asie- Pacifique et veut le faire savoir. L’Armée de l’air et de l’espace organise du 10 août au 18 septembre la mission Pégase 2022. Elle va démontrer qu’elle peut projeter une puissance aérienne significative sur le territoire et dans la région, en cas de besoin. Le point avec le général Valéry Putz.

DNC : Une telle projection des forces aériennes françaises dans la région est-elle une première ?

Général Valéry Putz : Ce genre de mission n’est pas nouveau, y compris en situation opérationnelle ou dans le cadre d’exercices, mais la mission Pégase, telle qu’elle va se dérouler, est effectivement une première pour l’Armée de l’air et de l’espace. À ma connaissance, il s’agit du tout premier raid de chasseurs de Métropole vers la Nouvelle- Calédonie, en passant par un certain nombre de pays partenaires.

Comment doit-on l’interpréter ?

C’est tout d’abord un exercice pour les équipages mais du point de vue stratégique, c’est une démonstration de la capacité des armées françaises à projeter de la puissance, des moyens militaires significatifs dans l’Indo-Pacifique. Elle démontre que l’on peut défendre les territoires, les populations et les intérêts français partout dans le monde et dans des délais assez restreints, puisqu’il s’agit d’organiser ce déploiement en moins de 72 heures. Elle montre aussi que la France est une puissance d’équilibre, investie dans la sécurité régionale.

En quoi est-ce un défi logistique ?

Projeter de la puissance, c’est un peu plus que simplement convoyer des avions. C’est faire en sorte que dans des délais restreints, souvent à partir de situations d’alerte, on puisse amener en un point éloigné de la Métropole les capacités de combat. Les avions restent en état de mener des missions opérationnelles si jamais la situation l’exigeait. Il faut pouvoir ravitailler les chasseurs en vol ou en escale, rapidement les rééquiper, les réarmer à l’issue du raid pour qu’ils puissent mener leur mission. Très peu de nations s’y entraînent et la France maîtrise ce savoir-faire. Les États- Unis en ont la capacité, mais ils ont des types d’avions différents. La spécificité française, c’est de le faire avec des avions polyvalents.

La mission « Pitch Black » relance-t-elle nos relations militaires avec l’Australie après l’affaire des sous-marins ?

Il y a eu une période d’attente dans les relations bilatérales entre la France et l’Australie. Les deux chefs d’État, le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Anthony Albanese, se sont rencontrés à Paris début juillet et se sont engagés dans la voie d’une coopération bilatérale active dans tous les domaines, y compris militaire. Cet exercice n’a pas été conçu pour illustrer la reprise des relations, mais il en fait partie. Il permet surtout de montrer que la France s’engage aux côtés de pays qui partagent les mêmes valeurs.

Quelles relations entretenons-nous avec l’Indonésie et Singapour ?

Ce sont des partenaires réguliers des armées françaises, des pays dans lesquels nos moyens militaires font régulièrement escale, comme la frégate Vendémiaire cette année. L’Indonésie, Singapour ou encore la Malaisie participent aussi à des exercices organisés dans la zone Indo-Pacifique par les forces françaises, dont Croix-du-Sud en Nouvelle-Caledonie.

Dans un contexte tendu, on observe les actions des Américains, des Chinois dans la région. Peut-on penser que cette projection sera scrutée ?

Cette mission sera observée d’abord par nos partenaires qui peuvent y voir la preuve d’une capacité technique et militaire à s’engager jusque dans l’Indo-Pacifique. Une zone où la France déploie une stratégie qui n’est pas que militaire, mais qui concerne aussi l’économie, le développement et la préservation de l’environnement. La France montre également qu’elle est attachée à la liberté d’action et de circulation dans cet espace. Cette mission sera certainement observée par d’autres pays et notamment par la Chine, qui mène actuellement des exercices autour de Taiwan dans un contexte stratégique déjà tendu ; ce qui soulève quelques questions, notamment quant à son influence et son action dans la zone.

Propos recueillis par Chloé Maingourd

©Fanc 


Henri Brown, un héros calédonien

Le volet calédonien a été nommé « Henri Brown ». Ce Calédonien s’était engagé à 19 ans dans les forces aériennes de la France Libre. Parachutiste SAS, il a participé à la libération de la France en sautant
en parachute en Bretagne en 1944 et a été blessé pendant les opérations. « C’est un héros calédonien de la Seconde Guerre mondiale, souligne le général Putz. Il s’agissait de raviver la mémoire de cet homme qui s’est engagé au service de la nation et au service de ses concitoyens. » La mission a également un autre lien avec la Nouvelle-Calédonie puisque l’un des pilotes de Rafale, Johan Pidjot, est calédonien.


L’armée attire toujours les jeunes

Chaque année, 350 à 400 Calédoniens s’engagent dans les trois armées : terre, air et mer. « Un engagement assez important rapporté à la population et largement supérieur à celui de la moyenne nationale. » Dans ce lot annuel, 50 à 60 jeunes choisissent l’Armée de l’air, « ce qui est assez important aussi ».


Une mission en trois volets

©Ministère des armées 

Henri Brown – Du 12 au 17 août

C’est le volet calédonien de cette mission. Il s’agit de montrer, comme cela s’est fait en 2021 en Polynésie française, que l’armée française peut, à partir de la Métropole, se déployer sur n’importe quel territoire français et, en particulier, au plus loin, dans le Pacifique. 150 aviateurs sont attendus. La base aérienne 186 et ses moyens aériens stationnés constituent le principal point d’appui aéroterrestre français du Pacifique avec la Polynésie. La mission Henri Brown sera constituée d’exercices, d’un volet mémoriel de démonstrations pour la population.

Pitch Black – Du 19 août au 8 septembre

La deuxième phase se déroulera en Australie. Les avions, rejoints par le Casa des Fanc (Forces armées en Nouvelle- Calédonie), rejoindront Darwin, au nord de l’Australie, pour l’édition 2022 du Pitch Black, organisé par la Royal Australian Air Force. Une quinzaine de nations participeront à cet exercice à « haute intensité ». Objectif : consolider l’interopérabilité avec les partenaires de la zone. La coopération bilatérale « Air » franco-australienne est en plein essor (notamment sur le volet ravitaillement). Une interaction avec les armées de l’air allemande et britannique consolidera les liens existant avec ces nations.

Escales valorisées- Du 11 au 18 septembre

Le détachement français doit ensuite prendre part à la mission Pégase avec deux étapes en Indonésie et à Singapour. L’objectif est de mener des actions de diplomatie aérienne et de rayonnement des savoir-faire français. Elle valorise les partenariats stratégiques de la France, notamment sur le volet Rafale. Les armées présentent des moyens similaires. L’Indonésie est un partenaire de la France depuis 2011, Singapour s’est impliquée contre Daesh aux côtés des Français. Elle occupe une position clé au sein de l’Indo-Pacifique, un point d’appui pour les opérations françaises dans la zone. Au retour, une dernière étape est prévue sur la base française 104 d’Al Dhafra, aux Émirats arabes unis. Les forces françaises aux EAU sont un élément important de la stratégie française dans la zone Indo-Pacifique et, en particulier, du golfe Persique.


Quels avions ?

Les moyens engagés sont composés de trois avions Rafale, deux A400M Atlas et deux A330 MRTT Phénix. Un A330-200 de l’Estérel complètera le dispositif.

Le Rafale est en service depuis 2006, explique le ministère des Armées dans un document
de présentation. C’est un avion de combat dernière génération de 15,27 mètres de long pour 10,9 mètres de large, qui intègre notamment un missile de longue portée Meteor. Il peut servir à la dissuasion nucléaire, la défense aérienne, la frappe, l’appui aux troupes au sol. Quatre avions de transport les accompagneront.

©Nicolas Tucat / AFP 

L’A330 MRTT (Multi Role Tanker Transport) Phénix est la « pierre angulaire de la projection des forces aériennes ». Il permet d’assurer le ravitaillement en vol de deux chasseurs simultanément. Il sert également au transport stratégique des passagers et du fret, aux évacuations sanitaires comme lors de la crise Covid. L’appareil, qui mesure près de 60 mètres en longueur et en envergure, peut transporter jusqu’à 110 tonnes de carburant. Deux escadrons de ravitaillement et de transport stratégique sont prévus sur ces appareils.

©Nicolas Tucat / AFP 

L’A400M Atlas, d’une quarantaine de mètres de long et de large, est un autre pilier de l’Armée de l’air et de l’espace. Il peut transporter directement vers et sur les théâtres d’opérations la plupart du matériel par aérotransport ou aérolargage. Ses forces ? Sa vitesse et sa capacité de charge. Deux escadrons assureront le transport de ces avions.

©Sébastien Bozon / AFP

Quand les observer ?

La base aérienne 186 de La Tontouta accueillera les Rafale vendredi 12 août vers 17 h 30 et le reste du détachement jusqu’à 19 heures. Leur arrivée sera précédée d’un premier exercice au-dessus de l’aérodrome de Koumac.

Samedi 13 août, trois Rafale, un A330 et un A400M réaliseront le survol d’une partie du territoire. Ils décolleront à 14 h 30 de La Tontouta, seront à 14 h 40 au-dessus du bonhomme de Bourail, à 14 h 50 au-dessus du cœur de Voh, à 14 h 55 vers la poule de Hienghène, à 15 h 20 à l’île des Pins (survol de la baie d’Upi) et termineront par un tour de la région de Nouméa entre 15 h 30 et 16 heures (plusieurs passages au-dessus du littoral).

Dimanche 14 août, à 14 h 10, deux Rafale et un A400M survoleront la foire de Bourail où le colonel Rigg, commandant de la base aérienne, commentera leur passage. Enfin mardi 16 août, un exercice est prévu au-dessus de l’aérodrome de Lifou.

C.M. 

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