Mini Cathy, maxi force

Cathy Phatien a remporté les championnats de Nouvelle-Calédonie de force athlétique, au mois d’octobre. Elle vise une qualification aux championnats d’Europe dans la catégorie des moins de 47 kilos, deux ans seulement après ses débuts dans ce sport dont elle est fière de changer l’image.

La barre pèse quasiment trois fois son poids de corps. Sans bruit, sans cri, juste un rictus, les 127 kilos décollent. Les partenaires d’entraînement observent simplement la technique, habitués à cet exploit. Mais pour ceux qui s’imaginent que la force athlétique ne rassemble que des Julien Moala – le champion de Calédonie, 137 kilos sur la balance – la découverte de Cathy Phatien en action est un choc.

« Quand on s’entraîne dans les salles de sport commerciales, on voit les gens halluciner… Il y en a qui nous filment en cachette », raconte Maxime Bataillard. L’entraîneur, lui-même compétiteur de haut niveau, est ravi que sa protégée brouille l’image du pousseur de fonte moyen, « l’Américain bedonnant et dopé ».

Avec 115 kilos en squat, 60 en développé couché et 135 en soulevé de terre (l’athlète doit parvenir à se redresser complètement), Cathy Phatien (1,57 m, 46 kilos) est devenue le 15 octobre championne de Nouvelle-Calédonie (un indice permet de comparer les différentes catégories de poids de corps).

Cathy, elle, ne s’étonne plus de l’étonnement des gens. Elle poste fièrement ses entraînements sur les réseaux sociaux et constate avec plaisir que les effectifs augmentent – rapidement au niveau national, plus doucement ici, une dizaine de Calédoniennes participent aux compétitions. « On voit de plus en plus de femmes, c’est cool ! Je suis contente de participer à ça. Ça me donne envie d’inspirer d’autres personnes, d’inciter des femmes à pratiquer la force. »

« ZÉRO ALCOOL, ZÉRO SORTIE »

Mi 2020, Cathy n’avait encore jamais pratiqué le sport en compétition. Quand elle a poussé la porte d’une salle de musculation, c’était sans intention particulière. « Elle avait vu de la lumière », taquine Maxime. Mais elle a vite pris goût à la force. « J’aime cette sensation de flow sous la barre. On apprend à se connaître, à avoir confiance en soi. Ça m’aide dans la vie. »

Le coach confirme. « Elle s’est beaucoup ouverte. Elle prend la parole plus facilement. Et le fait qu’elle réalise des performances lui donne une sorte de stature. Les gens l’écoutent. » Cathy est devenue un modèle de discipline. Un entraînement, parfois deux, six jours sur sept. « J’étais une fêtarde, avant. Maintenant, c’est zéro alcool, zéro sortie. » Son temps libre, Cathy le passe en famille. Ou en cuisine, italienne de préférence. « Je suis très glucides… »

Une après-midi crêpes avec les autres « lifteurs » passe encore, mais pas plus. « La force athlétique, on y consacre notre vie », professionnelle aussi, bientôt. Cathy s’apprête à quitter la communication digitale : elle suit une formation d’entraîneuse pour s’associer à Maxime, qui a créé le club Maxi Perf, à la Vallée-des-Colons.

LA FORCE MENTALE AVANT TOUT

La voie de la fonte est souvent ingrate. « On a eu beaucoup de moments difficiles », Maxime le dit sans détour. « C’est surtout un travail mental. Il faut apprendre à accepter les jours sans, mais aussi à se surpasser. » Cathy avait des prédispositions. « Elle a atteint un super niveau en très peu de temps. Et quand elle aura débloqué certains points, ça va exploser », prédit son entraîneur.

C’est une histoire de « discours intérieur ». « Il faut que je m’autorise à briller, à performer », dit celle qui a déjà réalisé un total de 310 kilos aux trois mouvements. Il en faudra seulement cinq de plus pour se qualifier pour les championnats d’Europe, fin 2023. Et 30 autres pour aller aux mondiaux, où Maxime espère également se qualifier.

Gilles Caprais

© G.C.

Pas qu’une affaire de Polynésiens

« On n’avait jamais eu d’athlète en moins de 47 kilos », remarque Kenny Wendt, vice-président de la Ligue de force, ravi de voir débarquer de nouveaux profils. « Longtemps, on disait que la force était réservée aux Polynésiens, à la masse musculaire. C’est totalement faux ! Ce n’est pas un sport de gens massifs. C’est un sport technique, et même avec un petit gabarit, on peut réaliser de grosses performances. »

La preuve, Cathy Phatien « fait partie des athlètes qui élèvent le niveau de la force athlétique en Nouvelle-Calédonie », grâce à son engagement digne d’une « sportive de haut niveau ».

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