Mieux connaître les espèces botaniques pour mieux les protéger

Le projet ER Mines, financé par le CNRT et conduit par une équipe composée de chercheurs et de botanistes de l’IAC, de l’IRD et d’Endemia, vise à mieux connaître la flore des zones ultramafiques. Ce travail vise à améliorer les connaissances scientifiques et de faire évoluer la réglementation pour mieux protéger des espèces rares qui pourraient être menacées par la mine.

L’activité minière a de lourdes conséquences sur l’environnement, la biodiversité. C’est tout particulièrement le cas pour la flore calédonienne qui présente un taux d’endémisme élevé, c’est-à-dire des plantes que l’on trouve uniquement sur le territoire. Selon certaines expertises, la Nouvelle-Calédonie aurait le troisième taux d’endémisme derrière Hawaï et la Nouvelle- Zélande. La flore locale est cependant particulièrement menacée par les espèces envahissantes, les cochons sauvages, les cerfs, les feux, qui font chaque année des ravages, et les mines, qui exploitent les ressources naturelles depuis près de 150 ans avec plus ou moins de précautions.

Le programme ER Mines, pour Espèces rares, lancé par le Centre national de recherche technologique sur le nickel et son environnement (CNRT ), vise à acquérir des connaissances sur les espèces botaniques rares et menacées. « L’objectif est de pouvoir disposer d’une liste commune à l’échelle de la Nouvelle-Calédonie des espèces qui sont menacées d’extinction à des degrés divers, mais surtout celles qui sont menacées par la mine. Actuellement, on navigue un peu à vue. L’association Endemia, avec la liste rouge de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), évalue depuis 4-5 ans, espèce par espèce, quelles sont les menaces », explique Gildas Gâteblé, le coordinateur du projet mené par une équipe de chercheurs et de botanistes de l’Institut agronomique néo-calédonien, l’Institut de recherche pour le développement et l’association Endemia.

Un tiers de la flore a déjà été évalué selon les standards internationaux de l’IUCN, mais les difficultés ne font que commencer. Comme le souligne Gildas Gâteblé, l’équipe doit maintenant s’attaquer à des groupes de plantes qui sont plutôt mal connus et que les experts ont du mal à identifier sur le terrain. La classification des plantes est très importante pour définir leur répartition géographique. Tout l’enjeu est de pouvoir dire que telle espèce se trouve, par exemple, uniquement sur le massif de Poum, de Tiébaghi ou encore de Kaala et, dans ce cas, qu’elle est particulièrement rare et nécessite donc une protection particulière.

Améliorer les connaissances pour faire évoluer la réglementation

Outre le fait de mal connaître les plantes déjà découvertes, les botanistes doivent également composer avec des connaissances qui évoluent très rapidement. « En Calédonie, on décrit en moyenne une nouvelle espèce par mois depuis l’année 2000, précise Gildas Gâteblé. C’est considérable et cela montre aussi les lacunes que l’on a en termes de connaissances. Ce n’est pas comme en Métropole où les espèces sont bien connues ainsi que leurs répartitions et les menaces qui pèsent sur elles. » Les évaluations des scientifiques estiment qu’il resterait encore un quart des espèces botaniques à découvrir sur le territoire. Au total, 4 655 espèces ont été identifiées à ce jour dont 3 288 endémiques, selon Endemia.

La première partie du travail a consisté à définir le périmètre d’étude. C’est finalement le domaine des concessions minières actives qui a été retenu, avec un périmètre de 1 000 mètres autour des concessions. La SLN souhaitait également que soient intégrés les sites potentiellement exploitables à un horizon de 10 ans. Les autres mineurs ont toutefois refusé de dévoiler ce type d’informations stratégiques. Ce sont finalement les concessions actives qui ont été retenues. Au total, cela représente 50 % des surfaces ultramafiques (roches pauvres en silice et riches en fer et magnésium) où l’on trouve le minerai de nickel. Pour se faire une idée, les surfaces ultramafiques représentent un tiers de l’ensemble du territoire.

La suite du travail a consisté à prendre les différents herbiers pour les compiler et les mettre à jour. Un énorme travail particulièrement utile pour les bureaux d’études en charge des opérations concrètes, mais également pour les chercheurs du monde entier. Un travail préalable indispensable pour consolider les connaissances et préparer le travail de terrain. Il existe encore de nombreuses « zones blanches », autrement dit pour lesquelles aucun travail d’inventaire botanique n’a été réalisé. C’est le cas de la presqu’île de Bogota, à Canala, de Tiébaghi, de Ouinné, du Taom (région de Ouaco) ou encore de Poum. Des zones qui sont pourtant exploitées depuis des dizaines d’années.

Si le travail de recherche botanique a commencé avant même la colonisation et s’est accéléré avec la prise de possession, la mine a longtemps constitué un frein à ces recherches du fait que la préservation de la biodiversité constitue un obstacle à l’exploitation minière. De fait, les premières opérations de réhabilitation de mines et de revégétalisation remontent à la fin des années 70, début des années 80. Pour les mineurs, l’amélioration des connaissances peut néanmoins se traduire par la mise en œuvre de mesures plus protectrices, une plante inconnue n’est pas protégée par les codes de l’environnement.

Se concentrer sur les espèces véritablement menacées

En la matière, ce sont les codes provinciaux qui encadrent les mesures compensatoires pour développer des techniques de multiplication, de reproduction en pépinière et de plantation. Un volet qui était initialement prévu dans le programme ER Mines qui ne sera finalement pas développé, faute de moyens. Aujourd’hui, les codes de l’environnement des provinces Nord et Sud intègrent les travaux réalisés dans le cadre de l’établissement de la liste rouge de l’IUCN, mais pas encore assez rapidement. L’équipe devrait produire des recommandations pour faire évoluer les procédures qui peuvent parfois prendre plusieurs années.

Remettre de l’ordre dans les espèces protégées par les provinces est un réel enjeu dans le sens où la protection mobilise des moyens importants de la part des mineurs qui dépensent parfois des sommes considérables pour préserver certaines variétés d’araucarias pas forcément en danger, comme l’ont montré les chercheurs, alors que certaines plantes moins bien connues, mais plus menacées sont rasées. Les questions essentielles du savoir et du développement des techniques de reproduction sont pourtant loin d’être satisfaisantes.

Actuellement, il n’existe pas véritablement de rapprochement entre les mineurs qui permette de mobiliser les moyens nécessaires sur ces sujets. Chaque mineur travaille dans son coin avec les organismes de recherche, les pépinières ou les bureaux d’études, mais faute de mutualisation, les différents programmes ne permettent pas de pérenniser les emplois qui requièrent de la formation et une certaine expertise. Faute de visibilité, les jeunes formés se tournent bien souvent… vers la mine. Les directions de l’environnement des provinces ne sont pas les seules à se mobiliser sur la question. La Dimenc est également un acteur incontournable de la mine qui met d’ailleurs son expertise technique au service des provinces. Reste que la botanique est loin d’être la spécialité des ingénieurs et autres experts de ce service du gouvernement qui dispose de sa propre liste des espèces dites « sensibles ». Une liste que l’équipe d’ER Mines souhaite examiner dans le cadre de son travail de compilation de l’ensemble des données existantes, mais que l’équipe n’a toujours pas pu récupérer.

De manière plus générale, ce projet s’inscrit dans une logique de meilleure prise en compte de l’environnement dans les projets miniers qui devra passer par un rapprochement des mineurs de façon à pouvoir mobiliser des financements suffisamment importants et de manière pérenne. Tout l’enjeu étant de pouvoir améliorer les connaissances au travers de la recherche ainsi que de développer l’expertise des bureaux d’études, tout en leur garantissant une plus grande indépendance, ce qui est loin d’être le cas. Outre la question d’indépendance des bureaux, une réflexion sur leurs conditions d’intervention sera nécessaire. Aujourd’hui, ils disposent d’une à deux journées pour effectuer un inventaire. Alors que les espèces ne sont pas forcément dans leur période de fertilité et sans fleur ou sans fruit, il est bien difficile de pouvoir identifier ces plantes aussi rares que précieuses.

M.D.

©IAC/CNRT 

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