Mieux comprendre le fonctionnement des poissons de récifs

À l’occasion d’une mission en Nouvelle-Calédonie, Michel Kulbicki, biologiste marin de l’UMR ENTROPIE, basé au centre IRD de Perpignan, a proposé un séminaire scientifique sur « la diversité fonctionnelle des communautés de poissons de récifs ». Un sujet d’étude (de longue haleine) très utile à leur conservation.

Les poissons de récifs comprennent environ 6 300 espèces connues, très inégalement réparties dans le monde. L’étude de leur répartition, leurs caractéristiques, leur mode de fonctionnement et surtout la comparaison entre les systèmes apportent des éclairages intéressants à l’échelle locale, a illustré le chercheur.
Michel Kulbicki a étudié les poissons de récifs durant vingt ans en Nouvelle-Calédonie, à une époque où l’« on ne savait quasiment rien sur les communautés de poissons ». Puis il est retourné en métropole pour replacer les informations collectées dans un contexte plus global, et tenter de répondre aux questions liées aux dangers ou aux limites de l’exploitation dans un souci de conservation. Un premier projet a ainsi été mené dans les années 2000 avec la CPS qui regroupait et comparait les informations collectées dans 17 pays de la zone Pacifique. Aujourd’hui, les recherches sont menées à l’échelle internationale au sein d’un consortium.

1 800 espèces en Nouvelle-Calédonie

Grâce à ces travaux, plusieurs enseignements ont déjà été tirés. On a confirmé que ce qu’il se passe à une échelle locale est fortement lié à une échelle globale. En clair, que la plupart des assemblages de poissons récifaux ont des points communs dans leur façon de fonctionner. Par exemple, de manière générale, plus il y a d’espèces, plus le nombre de fonctions écologiques augmente et plus la taille des espèces diminue. Mais plus la taille des espèces est grande, plus la ressource est affectée rapidement. La localisation n’est pas anodine dans le fonctionnement d’une communauté de poissons et les différences régionales sont également loin d’être négligeables. La Nouvelle-Calédonie est très riche puisqu’elle comprend pas moins de 1 800 espèces connues, un chiffre considérable. À titre de comparaison, la Polynésie française compte 800 à 900 espèces. Le territoire compte des espèces plus diverses mais plus petites, et davantage de proies par prédateurs. « Chaque loche a ici un menu beaucoup plus abondant mais aussi beaucoup plus varié », commente Michel Kulbicki. La relation proies/ prédateurs est par ailleurs différente d’un endroit à l’autre, ce qui joue sur la stabilité des systèmes et a des conséquences en matière de conservation.

Environnement

Ces différences ont également un fondement théorique : l’histoire à très long terme (montée des eaux, par exemple) mais aussi l’histoire récente (influence de l’homme…) vont en très grande partie expliquer ce que l’on trouve autour des récifs. La diversité des poissons est aussi conditionnée par la température, la taille des îles et des récifs et enfin, le degré d’isolement. À ce titre, le lagon de Nouvelle-Calédonie, dont une partie importante est classée au patrimoine mondial, a des systèmes remarquables notamment grâce à l’éloignement des zones.

On considère en effet que 1,5 % des récifs mondiaux sont très isolés et qu’un tiers de ces récifs sont en Nouvelle-Calédonie (Chesterfield, Entrecasteaux, etc…). 20 % des récifs calédoniens sont par ailleurs de ce type. « Un œil doit en particulier être gardé sur ces zones, qui nous en apprennent beaucoup et qui sont aussi plus vulnérables face à la pêche », insiste Michel Kulbicki. C’est un véritable trésor qui se cache sous nos eaux et l’information scientifique est aussi d’une grande densité (entre 4 000 et 6 000 transects effectués) « une chance importante », poursuit-il.

Les avancées sur le sujet se feront sur plusieurs générations et l’objectif est évidemment de gérer au mieux la ressource. Selon lui, les menaces qui pèsent sur les systèmes lagonaires devront un jour être quantifiées. On parle de la pêche, de la dégradation du milieu par l’urbanisme (rejet, modification du trait de côte, modification des échanges terre-mer), du système minier (problèmes liés à l’exploitation actuelle et surtout à l’historique de la mine), et du développement agropastoral (agriculture, élevage, exploitation forestière etc.) « moins négligeable qu’on ne le pense ». Les mesures à envisager dépendront de notre perception des problèmes. Et elles existent : la création de réserves, la réglementation, la régulation et le contrôle de la pêche professionnelle et amateur ou encore le développement de l’aquaculture. Pour Michel Kulbicki, la Calédonie « a un devoir de préservation sur ce patrimoine exceptionnel, et pas seulement que pour elle ».

C.Maingourd

Photo IRD

 

Michel Kulbicki, biologiste marin de l’UMR ENTROPIE.

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