Membre du gouvernement en charge, notamment, de la jeunesse et des sports, Mickaël Forrest se présente aux élections provinciales des îles Loyauté. Sa liste UC-FLNKS entend « apporter un souffle nouveau », en offrant des perspectives à la jeunesse et à la population loyaltienne, qu’elle habite dans les îles ou dans le Grand Nouméa.
DNC : Pourquoi vous présentez-vous aux élections provinciales dans les îles ?
Mickaël Forrest : À l’instar de mes collègues, Pascal Sawa et Johanito Wamytan, candidats dans le Nord et le Sud, c’est un choix qui a été fait par les structures de l’Union calédonienne. Le mouvement nous a demandé de porter cette responsabilité afin de continuer à porter le message et les combats de l’Union calédonienne. Personnellement, je sors de cinq ans au gouvernement, ce n’est pas négligeable.
Au gouvernement, vous êtes en charge de la jeunesse. Aux îles, beaucoup de jeunes partent pour leurs études ou leur emploi. Comment créer davantage d’opportunités ?
Il est de notre responsabilité, effectivement, de créer un cadre politique pour permettre à cette jeunesse de s’émanciper. Je n’ai pas de difficultés avec le fait de voir des jeunes se former ou s’épanouir professionnellement dans les îles. Mais pourquoi pas, aussi, le faire dans la région : le Vanuatu et l’Australie ont de fortes potentialités. J’aimerais m’appuyer sur le patrimoine que j’ai acquis en tant que chargé des relations extérieures du FLNKS pour créer des liens avec certaines régions. Par exemple, d’ici 2027, on pourrait envoyer une centaine de boursiers des îles vers les universités du Vanuatu, du Queensland ou autre part dans le Pacifique. Cela permettrait de nous inscrire réellement dans cette dynamique régionale, importante à mes yeux.
Vous avez récemment été au cœur de polémiques. Ne craignez-vous pas que cela vous porte préjudice ?
Je ne m’inquiète pas et je n’ai pas de difficulté avec cela. J’estime avoir toujours dit la vérité, notamment sur l’affaire des dépenses de taxi effectuées à Paris. D’ailleurs, je rappelle qu’une plainte est toujours en cours. Quelque part, cela montre les difficultés de la puissance de tutelle à engager une réelle discussion sur ces sujets. Je pense notamment à la polémique sur le Vanuatu.
Le dernier mandat a été marqué par des tensions au sein de la sphère indépendantiste, ne craignez-vous pas les mêmes écueils ?
Je n’ai pas de crainte. Le risque politique existe à tous les niveaux et de tous temps. Charge à nous d’utiliser ces situations négatives pour pouvoir nous inscrire dans une dynamique nouvelle, partagée par l’ensemble des composantes de la mouvance indépendantiste du FLNKS, mais aussi avec celles et ceux qui seront choisis par le peuple pour conduire le pays vers la sortie de l’accord de Nouméa. De notre côté, nous avons fait le choix de rajeunir nos candidats, afin d’apporter un souffle nouveau, tout en continuant à bâtir sur l’expérience de nos aînés.
Les transports restent une problématique de taille aux îles Loyauté. Comment régler ce problème, selon vous ?
Dans un premier temps, il faudrait que chacun assume ses responsabilités. Je pense notamment à l’axe Lifou-Nouméa, qui est une compétence du gouvernement. Ce n’est pas normal que la province des Îles continue d’injecter plusieurs millions de francs sur ces trajets-là. Ensuite, nous pouvons nous inspirer de ce qui a été réalisé lors des périodes du Covid et de la crise politique du 13 mai, où nous avons su rebondir. Une législation reste à définir.
Dernièrement, au niveau maritime, on peut voir que des acteurs privés ont répondu à ce besoin essentiel, en effectuant des trajets entre les îles et la Grande Terre. Une ligne existe également entre le Vanuatu et les îles Loyauté. Cela ouvre de nouvelles opportunités sur lesquelles il faudra travailler. Nous pourrions légiférer sur cette pratique, au Congrès. Au niveau aérien, c’est plus compliqué. À l’heure actuelle, un seul homme fait la pluie et le beau temps.
Le déplacement à Tontouta est inapproprié et inefficace. Prenons le temps de poser les choses, afin de ramener de la quiétude chez la population et nous donner toutes les chances de nous inscrire dans une nouvelle dynamique, en prenant en compte l’intérêt de l’ensemble des parties.
Quelles sont vos trois priorités ?
La première priorité est de redonner confiance aux femmes et aux hommes qui constituent l’administration provinciale. Au niveau pays, j’ai fait le choix de fusionner deux agences culturelles : l’Académie des langues kanak et l’Agence de développement de la culture kanak. Pour les îles, je suis dans cette même dynamique : offrir des perspectives plus sincères, plus transparentes et plus atteignables en termes de politique publique.
L’une de nos priorités sera aussi de porter un regard plus critique sur la dette actuelle de la province des Îles. Ce n’est pas normal qu’avec sept milliards de déficit, nous soyons en difficulté d’action, alors que, parallèlement, au niveau du gouvernement, nous sommes à plusieurs dizaines de milliards d’endettement et nous continuons à avoir de la souplesse dans notre fonctionnement.
Un autre engagement me tient à cœur : nous constatons que dans le Grand Nouméa, il existe une forte population loyaltienne sans domicile fixe. Ils sont aussi présents dans les squats et les quartiers populaires. Il est impensable, pour moi, de fermer les yeux là-dessus. J’aimerais créer les conditions pour les aider. Cela n’implique pas forcément un retour à la « maison », mais tout du moins pouvoir replacer l’humain dans les politiques publiques. Cela n’a pas de sens de continuer à construire notre souveraineté si nous ne répondons pas à cette problématique. Cela pourrait s’illustrer par la création de centres de rééducation à ciel ouvert, dans les îles ou à Nouméa. Avec l’appui des autorités coutumières, bien sûr. Il y a trois ans, l’un des principaux clans terriens du Grand Nouméa a offert du foncier à la communauté vanuataise, indonésienne, wallisienne, etc. C’est une idée similaire que j’aimerais mettre en place pour la population loyaltienne sur Nouméa.
Propos recueillis par Nikita Hoffmann

