Le président de la province des îles Loyauté nouvellement élu, Mickaël Forrest, a exprimé son intention de travailler dans une démarche de concertation avec tous ses collègues. Plusieurs raisons expliquent cette ambition.
Le mot est revenu plusieurs fois dans le discours. Mickaël Forrest, élu vendredi 3 juillet à la tête de la province des Îles, entend travailler avec l’« ensemble » de ses collègues pour le bien de la population et de la collectivité. Il faut dire, une configuration particulière est sortie des urnes, dimanche 28 juin au soir.
La liste menée par le cadre de l’Union calédonienne, qui a rassemblé 3 946 voix, et l’équipe Nation autochtone pilotée par sa sœur, Omayra Naisseline, et créditée de 3 855 bulletins, ont récolté chacune six sièges dans l’hémicycle. Le Palika de Wali Wahetra, avec 2 481 suffrages et deux fauteuils, s’est donc retrouvé dans la position d’arbitre. Mais la formation à la hache ostensoir a refusé, dès le départ, d’endosser ce rôle, laissant les deux groupes au coude à coude s’accorder. Une entente qui pouvait être facilitée par leur statut de membres du FLNKS nouveau format. En vain, visiblement.
Après discussions, le Palika a apporté son soutien pour la présidence de l’institution à la candidature de Mickaël Forrest. Et ce, au regard de plusieurs critères, comme « le poids électoral », l’UC ayant obtenu le nombre le plus important de voix, ou encore « l’histoire commune » entre le Parti de libération kanak et l’Union calédonienne « durant plusieurs décennies au sein du Front », liste Wali Wahetra.
En parallèle, dans un souci de consensus et de respect du résultat des élections provinciales, l’attribution de la première vice-présidence à Omayra Naisseline, d’ailleurs soutenue à Wé par une imposante délégation de coutumiers de Maré, avait été verrouillée. Plusieurs témoins y ont même vu « une certaine forme d’ingérence coutumière dans les affaires politiques ». La deuxième vice-présidence est revenue à la tête de liste du Palika, Wali Wahetra, et la troisième, à Marguerite Piaa, de l’UC-FLNKS.
MANDATURE PASSÉE COMPLIQUÉE
Mickaël Forrest a exprimé la « volonté de pouvoir travailler ensemble ». Plus encore, cet engagement s’articulera « dans le respect de chacune de nos formations, de nos différences, dans le partage équilibré des responsabilités, dans un esprit de gouvernance collégiale, loyale et responsable ».
Plusieurs raisons peuvent expliquer ce vœu de gestion collective au sein de la province des Îles. La première est simplement arithmétique, le nouveau président de l’institution ne disposant pas de majorité dans l’hémicycle. Il va donc falloir composer et s’entendre. Surtout que, deuxième motif, l’assemblée sort d’une mandature très longue et compliquée. Durant cette phase de sept ans, les électeurs ont connu deux présidents – Jacques Lalié puis Mathias Waneux –, une condamnation du premier dirigeant pour favoritisme annulée ensuite par la Cour de cassation, mais aussi des tensions publiques entre les bancs de l’Union calédonienne et ceux du Palika, et même des crises internes au groupe UC-FLNKS. L’exercice fut mouvementé.
Une situation que Mickaël Forrest, membre du gouvernement Ponga en charge de la jeunesse, des sports et de la culture, ne veut pas vivre, d’autant que, troisième raison, des dossiers très lourds l’attendent. À commencer par le retour ou non de la compagnie aérienne Air Calédonie à l’aérodrome de Magenta. L’affaire a occupé une partie de la récente campagne électorale.
« UN DÉFICIT STRUCTUREL »
Le projet de renouvellement du navire de desserte inter-îles constitue aussi un épineux sujet avec le gouvernement. L’investissement dans le possible Betico 3, chiffré à 3,4 milliards de francs, s’appuierait notamment sur un emprunt de 800 millions et de la défiscalisation, locale et nationale, de 1,2 milliard chacune.

Mentionnées dans l’intervention de Mickaël Forrest, vendredi 3 juillet, les finances publiques de la collectivité sont en outre dans un état critique avec « un déficit structurel d’à peu près quatre milliards de francs ». Le montant du remboursement annuel s’établit à 1,3 milliard, puis à environ 300 millions la dernière année, en 2029. Un dossier massif, sans compter la nécessaire survie de l’hôtel Wadra Bay à Lifou, aujourd’hui placé en redressement judiciaire, ou encore le renforcement des effectifs de santé.
« C’est le moment, durant cette mandature, d’incarner la gouvernance collégiale », insiste Wali Wahetra. « Nous sommes tenus de travailler ensemble pour trouver des solutions » face aux problèmes majeurs de la province. Le président de la province des Îles nouvellement élu a évoqué « l’insertion régionale », la voie de « l’émancipation », et « la volonté d’une souveraineté réfléchie ». Les ambitions politiques se mêlent aux urgences.
Yann Mainguet


