Parmi les concurrents de la Corail 600, organisée par le Cercle nautique calédonien et le gouvernement dans le parc de la mer de Corail, Michel Quintin et Yann Rigal font figure d’exception. Les deux marins prendront le départ sur la plus petite embarcation, BNC – my::NET / Léon. Un défi supplémentaire, même si le duo est l’un des plus expérimentés au large. Pour eux, la course constitue une étape de préparation en vue d’autres échéances.
DNC : Quelle est la difficulté de la Corail 600 par rapport aux autres courses que vous connaissez ?
Michel Quintin : Je dirais que la Corail 600 se situe entre la Groupama Race et la Sydney-Hobart. Le niveau de sécurité exigé est supérieur à celui de la Groupama Race, ce qui explique aussi le faible nombre de bateaux engagés. Cette course demande une vraie maîtrise technique ainsi qu’un équipement conséquent.
Quant à la Sydney-Hobart, elle est réputée comme l’une des épreuves les plus dures au monde. On y traverse le détroit de Bass, avec des systèmes météo très changeants, puis le plateau entre la Tasmanie et l’Australie, où l’on passe brutalement de plusieurs milliers de mètres de profondeur à une quarantaine de mètres, ce qui crée une mer très hachée. À cela s’ajoutent les dépressions de décembre. Sur une vraie Sydney-Hobart, on rencontre vraiment toutes les conditions.
Et la spécificité d’être à deux ?
C’est une gestion de course différente, mais c’est le choix que nous avons fait depuis plus de cinq ans avec Yann Rigal, dans l’optique de disputer la Sydney-Hobart. Nous l’avons d’ailleurs bien réussie l’an dernier, en terminant deuxièmes toutes catégories confondues. Nous avons même frôlé la victoire : nous étions en tête avant d’écoper d’une pénalité qui nous a rétrogradés. C’était une expérience formidable qui nous a montré que nous avions le niveau pour rivaliser avec les meilleurs.
600 milles nautiques, c’est long pour une telle course ?
C’est très long. Cela représente environ quatre jours, avec très peu de sommeil. Lors de la dernière Sydney-Hobart, qui dure à peu près autant, nous avons dormi quatre heures au total. Nous savons donc que nous dormirons très peu. Et nous allons entrer tout de suite dans le dur, car toute la première partie se dispute au près, face au vent, à la mer et aux vagues. Ce sera aussi une tactique, parce qu’il y a plusieurs options pour atteindre le mont Antigonia.
On peut passer par le canal Woodin, par le phare pour rejoindre l’extérieur, ou rester dans le lagon en empruntant une petite passe. Dès le départ, le jeu est très ouvert. Nous avons commencé à travailler sur les trajectoires en milieu de semaine, en fonction de la météo.
Comment appréhendez-vous la course ?
Nous sommes très contents de cette course à domicile parce qu’elle nous emmène dans des zones que nous connaissons finalement assez peu, comme Antigonia ou Walpole. C’est d’ailleurs l’un de ses objectifs : montrer aux Calédoniens que la mer de Corail regorge de richesses. Ce sera magnifique. Nous allons envoyer des images de Walpole et Maré, vue de l’extérieur, est aussi splendide.
Ces zones sont également réputées pour attirer les baleines, en raison des remontées de fonds. Je ne sais pas si elles seront déjà là, mais avec un peu de chance, nous aurons droit au spectacle. Dans tous les cas, nous aurons de belles images.
Après, nous savons que la course sera exigeante. La mer s’annonce difficile et, a priori, il y aura du vent. Nous partons donc en sachant que les conditions seront dures et nous espérons surtout que tous les bateaux arriveront sans casse. Nous passerons aussi près du récif Durand, connu depuis le Kea Trader. Il faudra donc rester très prudent.
Quels objectifs vous êtes-vous fixés ?
Nous abordons cette course comme un entraînement en vue de la Groupama Race l’an prochain, puis de la Sydney-Hobart dans un an et demi. Un autre objectif de la Corail 600 est précisément de nous permettre de nous entraîner au large, entre deux Groupama. C’est donc un entraînement grandeur nature, dans des conditions difficiles.
Notre objectif est aussi d’essayer de trouver les bons réglages pour dormir davantage. Nous avons le droit au pilote automatique, mais nous ne l’utilisons que s’il va aussi vite que nous ; s’il est moins performant, nous reprenons la barre. Il nous faut donc encore affiner ces réglages. Nous n’avons pas la pression du résultat, même si nous restons des compétiteurs.
C’est avant tout une course entre Calédoniens, entre lesquels il y a une bonne ambiance et nous voulons y prendre du plaisir. Cela dit, au vu des conditions annoncées, nous avons quand même un peu l’impression de partir à la guerre !
Une course inédite
Le départ de la Corail 600, organisée par le CNC et le gouvernement, sera donné samedi 13 juin à 16 heures depuis la baie des Citrons.
Les équipages s’élanceront pour un périple de plusieurs jours à travers un trajet somptueux, mais « redoutable ». Pour le CNC, « les plus grandes difficultés résident dans l’éloignement des côtes et la houle du grand large ».
La Corail 600 est classée catégorie 2 (catégorie difficile). Elle est réservée aux monocoques autodressables de huit mètres minimum, en double ou en équipage, sous jauge IRC ou au temps réel. 20 % de l’équipage, dont le skipper, doit avoir participé à une course de catégorie 3 dans l’année et un tiers doit être titulaire de la formation World Sailing (survie en mer, PSM Mer, pyrotechnie et utilisation d’un radeau de sauvetage).
Six bateaux au départ
• GUILTY PLEASURE
• BNC – MY::NET / LÉON
• SERENDIPITY
• POULPITO
•BCI-BRERFOX
• XANAX



