Du 2 septembre au 2 octobre, l’université de la Nouvelle-Calédonie dispense la formation « Droit tradimédical, éthique et réglementation ». Destinée aux professionnels de santé et aux étudiants en médecine, elle vise à les sensibiliser aux enjeux juridiques des pratiques ancestrales. Un premier pas vers un meilleur encadrement de la médecine traditionnelle, confrontée à plusieurs défis, dont sa réglementation et sa transmission.
En 2018, le plan Do Kamo encourageait la reconnaissance de la médecine traditionnelle, afin qu’elle soit mieux prise en compte dans les soins conventionnels. Le diplôme universitaire (DU) d’ethnomédecine, créé par l’université de la Nouvelle- Calédonie en 2023, est un « premier pas » vers cette démarche. Il vise tout d’abord à sensibiliser les soignants à cette pratique. « L’idée est ensuite de favoriser un dialogue entre les deux médecines, afin d’éviter des incompréhensions pouvant induire des problèmes de santé », explique Édouard Hnawia, professeur et coordinateur de cette formation.
DÉRIVES
Cette année, le volet juridique du DU est proposé sous la forme du certificat « Droit tradimédical, éthique et réglementation ». Car, afin de promouvoir cette médecine traditionnelle, il convient également de l’encadrer et d’y apposer un cadre juridique. Or, bien que la Nouvelle-Calédonie soit compétente en matière de santé, très peu de règles existent autour de ce domaine, ce qui laisse la porte ouverte à « de multiples dérives », comme le charlatanisme. « Certaines personnes s’approprient des savoirs traditionnels sans s’y connaître réellement. Par exemple, normalement, les tradipraticiens connaissent très bien les plantes, alors qu’un charlatan peut vite confondre deux espèces semblables. C’est très dangereux et il y a déjà eu des accidents », décrit le formateur.
Sur le territoire, les collecteurs de plantes ou chercheurs scientifiques ont l’obligation de respecter le Code de l’environnement de chaque province, mais aussi le statut de chaque plante. En province Sud, par exemple, la collecte ou le prélèvement de plantes, dans certaines réserves naturelles ou parcs provinciaux, nécessite une autorisation ou une dérogation. Le protocole de Nagoya, qui encadre l’accès aux ressources génétiques d’un pays – et aux savoirs traditionnels qui y sont liés -, doit également être respecté. « Lorsqu’on va sur le terrain et que l’on mène nos enquêtes, nous commençons toujours par demander le consentement des gens propriétaires des lieux. S’ils sont intéressés par notre démarche, nous avons un formulaire de consentement à faire signer et contresigner », décrit le professeur. Ces éléments seront développés dans la formation.
PROTECTION DES SAVOIRS
Néanmoins, d’autres mesures pourraient être prises au niveau local. Certains territoires d’outre-mer, comme La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, ont inscrit leurs plantes médicinales dans la pharmacopée nationale. Ce qui n’a pas encore été réalisé par la Nouvelle-Calédonie. Pourtant, « c’est un gage de sécurité, insiste le scientifique. Cela certifie qu’une plante est reconnue et qu’elle peut être utilisée sans danger. Cela pourrait être une piste pour faire avancer les choses ».
La reconnaissance de la médecine traditionnelle inclut aussi une protection des savoirs ancestraux. Sur ce point, Édouard Hnawia estime qu’il n’y a « pas beaucoup d’appropriation ». Par ailleurs, il explique qu’en Océanie, il peut être difficile de protéger ces savoirs, car ils ne sont pas forcément propres à une communauté. « Le faux tabac, par exemple, est très couramment utilisé dans la médecine traditionnelle kanak. Mais il est aussi présent partout dans le Pacifique et chaque pays à son propre savoir sur cette plante. »
Autre défi : la transmission. « Nous sommes une société d’oralité. Ce qui veut dire que si les savoirs ne sont pas transmis, ils peuvent se perdre », insiste-t-il. Malheureusement, plus le temps passe, moins les savoirs se transmettent, car « les jeunes quittent très vite les tribus » ou « ne sont pas en contact avec la nature ou les tradipraticiens ». Pour que ces savoirs perdurent, leur reconnaissance devra donc aller de pair avec leur transmission aux générations futures.
Nikita Hoffmann

