Marjorie Pouyé : le dépassement par le football

Pour Marjorie Pouyé, le football est un outil de développement personnel, puisqu’il amène à « une remise en question constante » et un travail sur soi. Photo : N.H.

Ballon aux pieds et sourire aux lèvres, Marjorie Pouyé fait peu à peu sa place dans le football. À travers les actions qu’elle mène au sein de la Fédération calédonienne, la trentenaire espère faire bouger les lignes, en faveur des enfants et des femmes. Portrait d’une sportive engagée.

Derrière la discrétion qu’elle laisse paraître au premier abord, Marjorie Pouyé est une travailleuse passionnée. L’ancienne footballeuse de 34 ans, engagée aujourd’hui au sein de la FCF, Fédération calédonienne de football, a une conviction : « Le football peut faire changer les choses. »

« UNE HISTOIRE DE FAMILLE »

Originaire de Ponérihouen, elle touche très tôt au ballon rond. En 1991, année de sa naissance, ses parents fondent, avec d’autres habitants de la commune, le Sporting Club Ponérihouen. Avec ses cinq grands frères, Marjorie « baigne dans le football ». « Chaque semaine, j’avais entraînement et tous les week-ends, j’étais sur les terrains à jouer, raconte-t-elle. C’est une histoire de famille. »

En 2007, âgée de 16 ans, elle participe aux Jeux du Pacifique aux Samoa. Son premier voyage hors du territoire. « Un beau cadeau que me rendait le football », glisse-t-elle. Suivront ensuite les Jeux du Pacifique de 2011, en Nouvelle-Calédonie, puis ceux de 2015, en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Entre-temps, en 2012, elle s’envole pour la Métropole, afin de pour- suivre sa licence Staps, sciences et techniques des activités physiques et sportives. Là-bas, le mal du pays se fait sentir. Elle abandonne un temps le football. « Je n’arrivais pas à m’adapter. Les mentalités étaient trop différentes de la mienne. Il y avait énormément de concurrence. Je ne retrouvais pas la solidarité et l’esprit de partage que l’on a chez nous. Je pense que je n’avais pas le profil pour percer. »

De retour sur le territoire, elle devient éducatrice sportive pour la mairie de Nouméa, puis ambulancière, durant quatre ans. « J’avais besoin de faire une coupure », admet-elle.

La reconnexion avec le football se fait en 2018. Elle se renseigne sur les formations proposées par la FCF et passe son BMF, brevet de monitrice de football. En 2020, elle devient animatrice technique provinciale pour la zone nord-est. Sa mission ? Dynamiser le football dans cette région, tout en formant les éducateurs des différentes communes.

Durant cette période, son « plus gros challenge » a été de favoriser l’émergence de clubs pour les enfants. « Sur la côte Est, ce sont surtout les adultes qui font du football. Or, pour qu’un club vive longtemps, il faut qu’il y ait des enfants, afin qu’ils puissent prendre la suite », explique-t-elle.

En avril 2024, une nouvelle opportunité s’offre à elle : travailler en tant que responsable de la « responsabilité sociale » au sein de la FCF. Un poste « vaste », qui implique de « nombreuses missions », dont celle de former les éducateurs du territoire à des programmes socio-éducatifs, créés par l’OFC (Oceania Football Confederation) ou la Fifa (Fédération internationale de football association), à destina- tion des enfants. « L’idée, c’est d’apporter des valeurs de discipline, de résilience et de confiance en soi », indique-t-elle.

DONNER DE LA PLACE AUX FEMMES

Le programme « This Is How We Football », issu de l’OFC, vise, par exemple, à encourager la pratique du football chez les femmes. Un sujet qui tient à cœur à Marjorie. Femme dans un monde d’hommes, elle a longtemps eu du mal à s’affirmer et à occuper pleinement la place qui lui était donnée. Mais, insiste-t-elle, « j’essaie de travailler sur ce syndrome de l’imposteur. Car si moi, je ne me sens pas légitime, comment les femmes que j’accompagne se sentiraient-elles légitimes ? »

À ce jour, le nombre de femmes occupant des postes à responsabilité dans le monde du football calédonien se compte sur les doigts d’une main. « Même au sein des clubs, souligne Marjorie, elles sont peu nombreuses. Pourtant, ce sont des travailleuses de l’ombre incroyables. Aujourd’hui, s’il y a des hommes qui ont réussi à aller en Super League, c’est bien parce que certaines femmes étaient là. Il faut leur redonner toute leur place. »

Les messages et valeurs véhiculés à travers ces programmes sont, pour Marjorie, un outil formidable d’éducation et d’accompagne- ment des jeunes. « C’est réellement puissant. Je le dis à chaque fois que je forme des éducateurs : « Vous ne le savez peut-être pas, mais vous pouvez sauver des vies ». Parfois, des enfants vivent des choses affreuses chez eux. »

Bien qu’elle ne réalise que trois formations par an réunissant aussi bien des éducateurs de la province Nord que du Sud et des Îles, ses messages font mouche. « Une fois, une éducatrice de Poindimié, qui est aussi maman, est venue me voir le lendemain d’une formation que j’avais faite. Le soir même, elle avait mis en pratique sur son fils certains conseils que j’avais donnés. Ça a été magique. Ils ont parlé ensemble durant une heure », raconte-t-elle, un brin émue.

Dans les prochains mois, Majorie Pouyé formule le vœu de « continuer à fédérer » autour du football.

Nikita Hoffmann