Elle est l’une des rares femmes à pratiquer le rodéo en Nouvelle- Calédonie. À 30 ans, Manon Faivre a décidé de se lancer dans cette discipline, en participant à chaque foire de la saison 2025. Démontrant, par la même occasion, que ce sport n’est pas exclusivement réservé aux hommes. Portrait.
Les chevaux, Manon s’y connaît. Originaire de Pouembout, la jeune femme de 30 ans a « grandi là-dedans », entre exploitations agricoles, élevage et paysages de Brousse. Enfant, l’envie de pratiquer le rodéo lui vient donc naturellement. « En allant dans les foires, je trouvais cela super. Je savais que j’allais essayer un jour », assure-t-elle.
Début août, elle saute le pas, à l’occasion d’une formation organisée par l’association des rodéo men de Moindou et animée par des professionnels venant d’Australie. Une première sur le territoire. « Je me suis dit : quoi de mieux que de commencer avec des personnes compétentes, avec lesquelles je serais cadrée ! » L’expérience lui plaît, et seulement deux semaines plus tard, elle participe au rodéo de la foire de Bourail. Si elle était « un peu stressée » lors de sa première montée pendant la formation, « là, je n’avais pas peur, car je savais désormais comment fonctionnait un cheval [sauvage] », raconte-t-elle.
« SENSATION DE FORCE »
Lors de cette première compétition, Manon ne dépasse pas les huit secondes ‒ temps requis afin d’obtenir un score par le jury ‒, mais elle fait le plein d’adrénaline, précisément ce qu’elle préfère avec le rodéo. « Quand tu es sur la bête, tu as une sensation de force », décrit-elle.
Elle enchaîne ensuite avec les foires de Pouembout et de Koumac, au mois de septembre, puis participe plus récemment à la Fête du bœuf, à Païta. Evènement durant lequel elle arrive à la quatrième place de la compétition, dépassant pour la première fois la barrière des huit secondes.
Une petite récompense bien méritée après des semaines d’entraînement. Car elle l’avoue, « le rodéo, c’est un joli spectacle, mais ce n’est pas un sport facile ». Pour s’améliorer dans sa pratique, elle s’exerce chaque soir. « Mon conjoint m’a construit un chevalet, ce qui me permet de pratiquer les bons mouvements à réaliser ». Ces mouvements rapportent des points au rodéo men, s’il arrive à les réaliser sur le cheval durant sa prestation. « D’où l’importance de les pratiquer souvent, afin que ça devienne instinctif », explique-t-elle.
PAS DE SEXISME
Avec une de ses amies de l’association des rodéo men de Moindou, Manon fait partie des seules femmes du Caillou à pratiquer ce sport. Quand on le lui fait remarquer, elle avoue être mal à l’aise. « Cela laisse penser que les femmes ne sont pas assez fortes pour faire ce genre de choses, alors que pour moi, si une personne a envie de faire quelque chose, peu importe son sexe, il faut qu’elle le teste […] Le fait que je sois une femme, ce n’est qu’un détail. »

de 18 ans qui fait du rodéo sur les taureaux. La seule, également, dans ce domaine. (©Etern’image)
Un avis que partagent a priori ses camarades rodéo men, puisque jusqu’à présent, mis à part certaines personnes qui « m’ont dit, en plaisantant, que j’étais folle », elle affirme n’avoir subi aucune discrimination, ni acte de misogynie. « Le rodéo, c’est une grande famille, tout le monde s’entraide. » Prochain évènement noté dans son agenda : le Royal Caledonia Show, prévu à Nouméa en décembre prochain. Son objectif ? Tenir de nouveau huit secondes. « J’ai réussi une fois, je vais peut-être réussir de nouveau », positive-t-elle.
Nikita Hoffmann

