[DOSSIER] Mangrove Productions la fabrique à tubes

Créé en 1989, le studio, géré par Alain Lecante, a joué un rôle essentiel dans le développement de cette mouvance musicale sur le territoire et dans les pays du Pacifique.

C’est dans un endroit caché, au cœur du Faubourg-Blanchot, que les meilleurs tubes de kaneka ont été enregistrés. Installé dans un sous-sol réaménagé, le studio Mangrove Productions est devenu le repère des groupes talentueux dès son ouverture, en 1989.

Les centaines de disques rangés derrière le bureau d’Alain Lecante témoignent des belles années du mouvement musical. Une réussite à laquelle le directeur du studio a largement contribué. « Quand j’ai voulu me lancer dans cette activité, je travaillais dans un magasin de disques. Je m’étais rendu compte qu’il y avait du talent ici. Je suis parti faire une école de son en Australie et je suis revenu pour monter Mangrove. »

C’était il y a 33 ans. Le kaneka n’en est qu’à ses prémices. Alain Lecante y croit tout de suite. Il sort ses premiers albums en 1991. De quatre albums par an, il passe à une quinzaine. Le directeur a eu l’oreille. Avec Mangrove Productions, le kaneka prend racine. « L’année charnière est 1993. Tous les gros groupes sont arrivés avec leurs albums sur le marché. Le public a accroché tout de suite. »

DES PREMIERS PAS EUPHORISANTS…

Partir de rien a été un vrai challenge pour Alain Lecante. « La phase pionnière était assez excitante. Il fallait inventer un son. On n’avait pas de référence. Si vous voulez mixer du rock, vous écoutez du rock, vous pouvez comparer. Le kaneka n’existait pas. » Le manager apprécie la personnalité que dégagent les artistes de l’époque. À ses yeux, certains musiciens autodidactes prennent même le dessus sur les professionnels. « Ils avaient une originalité dans leur manière de jouer. C’était loin d’être de bons techniciens, mais ils étaient de bons musiciens. »

380

C’est le nombre d’albums de kaneka produits par Mangrove Productions.

Ce travail hors norme donne de l’énergie au directeur du studio et le motive à mettre les artistes sur le devant de la scène. Mangrove Productions se distingue en osant produire la musique aux paroles parfois revendicatives. « On passait outre. Les autres studios étaient un peu plus frileux », confie-t-il. Les efforts finissent par payer. Le mouvement musical s’installe dan le paysage. Par sa nouveauté. Par ce qu’il représente mais surtout pour son rythme divertissant. Le kaneka trouve son public. « Quelques gros morceaux ont marché pour leurs textes mais les plus connus, c’est le côté festif que les gens appréciaient. »

… À LA RECONNAISSANCE DU MOUVEMENT

Après les années exaltantes vient le temps de la reconnaissance. Mangrove Productions sort, au début des années 2000, la Compil choc. Un album qui fait la part belle à tous les plus gros titres sur les sept, huit dernières années. La compilation rencontre un énorme succès. « Grâce à Gurejele et Mexem, on a touché un autre public européen qui commençait à s’intéresser à la musique du pays. »

À ce moment-là, Gurejele est une vedette. Le groupe n’a d’ailleurs pas perdu de sa superbe en Nouvelle-Calédonie et dans les pays du Pacifique. « On est allé jouer au Vanuatu, à Fidji, aux Salomon. Dans les pays mélanésiens, il est toujours présent. Dans les ventes numériques, il est encore numéro 1 même si le groupe lui-même n’existe plus depuis 20 ans. » L’année prochaine, le groupe de Maré doit se reformer pour répondre à l’appel des fans. « Comme quoi, l’esprit des fondateurs du kaneka est toujours là », sourit Alain Lecante.

ET AU RETOUR ATTENDU DE NOUVEAUX TALENTS

Le mouvement musical doit désormais passer un cap. Le manager attend que les nouveaux talents se manifestent. « Durant les premières années, il y avait vraiment des groupes avec une identité forte. Chacun avait un style reconnaissable, une voix qu’on distinguait tout de suite à la radio. Chose qu’on a un peu perdue je trouve aujourd’hui. »

Même s’il écoute régulièrement des compositions intéressantes, le directeur de Mangrove Productions a du mal à trouver la perle rare. Le tube qui mettra toutes les générations d’accord. Pour Alain Lecante, Hyarison fait partie de ceux qui ont réussi à maintenir le flambeau du kaneka. Il espère que d’autres artistes encore en sommeil suivront son exemple. Qui sait, peut-être que Kaneka legend réveillera chez les jeunes l’envie de chanter haut et fort leur culture et leur identité.

Edwige Blanchon

Photos : Alain Lecante de Mangrove Productions a contribué à faire rayonner le kaneka au-delà des frontières de la Nouvelle-Calédonie. / E.B.

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