L’Usoenc appelle à la grève générale

Le premier syndicat du territoire, qui représente près d’un salarié syndiqué sur quatre, appelle à la grève générale vendredi 13 novembre. Un appel qui a pour objectif de « secouer le cocotier » afin que les réformes nécessaires soient mises en œuvre. Le rendez-vous est donné à 7 heures à la gare maritime.

Le constat est unanime, la situation est préoccupante. C’est précisément l’objet de l’appel à la grève générale vendredi, lancée par l’Usoenc, que d’alerter l’ensemble de la population et des responsables politiques sur cette situation qui se dégrade et l’importance de mettre en œuvre les réformes nécessaires pour transformer en profondeur l’économie calédonienne. Pour ce faire, le syndicat a fait venir des représentants du cabinet d’expertise parisien Syndex, actuellement en quatorzaine, et bénéficiera des conseils de la CFDT, partenaire de l’Usoenc. L’idée est d’engager une réflexion dans le cadre de la sortie de l’Accord de Nouméa.

Milo Poaniewa, le secrétaire général du syndicat, a rappelé les mots d’Édouard Philippe, à l’issue de la proclamation des résultats de la première consultation sur l’avenir institutionnel, qui indiquait, en substance, qu’après 30 ans de focalisation sur la question institutionnelle, les élus devaient dorénavant se concentrer davantage sur les problématiques économiques et sociales. Lors du dernier Comité des signataires, en octobre 2019, les parties prenantes s’étaient d’ailleurs engagées à porter les mesures nécessaires pour réformer le pays.

Un an plus tard, l’Usoenc tape du poing sur la table en disant : « Ça suffit ! ». Comme l’a indiqué le secrétaire général, « le fossé ne cesse de s’agrandir et ça va nous péter à la gueule ». Une déclaration prosaïque, mais qui a le mérite d’être claire. La marche de vendredi vise à interpeller le Congrès et le gouvernement. Une réponse directe au plan de relance qui prend, dit-il, uniquement en compte les chefs d’entreprise. Le syndicat relève aussi que le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a trouvé le temps de rencontrer ces mêmes chefs d’entreprise qui se sont aujourd’hui rassemblés au sein d’Éco NC, mais pas les syndicats de salariés.

Une politique sociale à revoir

Toujours sur le plan de relance, le syndicat s’interroge sur le sens d’aider les entreprises en pénalisant le Ruamm pour qu’ensuite le gouvernement vienne dénoncer la mauvaise gestion des partenaires sociaux. Si des réformes du système de protection sociale devaient être présentées au mois d’avril sur la question des exonérations de charges, l’Usoenc rappelle que la suppression du Smag, salaire minimum agricole, inférieur au salaire minimum garanti, avait été acté dans l’agenda économique, social et fiscal partagé en 2014 sans qu’elle soit encore concrétisée. Un Smag dont bénéficient des sociétés d’entretien d’espaces verts, des pêcheurs ou encore des sylviculteurs qui répondent à des appels d’offre du BTP créant des distorsions de concurrence. Une question qui renvoie de manière plus générale au salaire minimum que l’Usoenc souhaite voir porter à 190 000 francs. Un dossier qui devra faire partie des discussions sur le nouveau contrat social, mais que le syndicat interprète comme un refus des élus à assumer leurs responsabilités puisque le SMG ne relève pas des négociations entre partenaires sociaux, mais directement de l’institution.

Pour autant, l’Usoenc ne refuse pas la discussion avec les responsables patronaux pour peu que « les choses soient réellement mises sur la table ». Mais les tentatives avortées de discussions sur la compétitivité des entreprises laissent présager des négociations difficiles. La question centrale des inégalités et de la fiscalité devrait également constituer un point d’achoppement important. Une fiscalité directe plus progressive touchant aussi bien les revenus du travail que du patrimoine ne semble pas recueillir les faveurs de l’exécutif, mais est défendue en creux par le syndicat qui redoute que la réforme de la fiscalité indirecte, au travers d’une simplification de la TGC, pèse sur les consommateurs, en particulier les plus modestes.

« On aura des Porsche Cayenne qui se retrouveront taxées à 15 % alors qu’elles étaient taxées à 22 %. C’est une aberration, martèle Judickaël Eschenbrenner, représentant le Soenc fonction publique. Je rappelle qu’au départ, la TGC a été présentée comme un moyen de lutter contre la vie chère en répondant à l’étroitesse du marché et au problème des taxes à l’entrée. L’encadrement des marges a été supprimé et ce que les gens ont ressenti, c’est une augmentation des prix. Ils ont eu le sentiment qu’on ajoutait une taxe aux autres taxes. Pour compenser, on a eu la création du bouclier qualité-prix, mais que les gens ne connaissent pas bien. Nous avons demandé une évaluation de ce dispositif. »

Agir au lieu de faire des annonces

Le logement est un autre thème cher au cœur du syndicat, un dossier lié à celui du BTP qui souffre particulièrement ces dernières années. À ce sujet, l’Usoenc alerte sur le manque de visibilité des programmes des bailleurs sociaux, en particulier de la SIC qui présente, selon les responsables syndicaux, un déficit de l’ordre d’un milliard de francs et un taux de logements vacants particulièrement préoccupant. Tout le paradoxe du logement social est de ne pas pouvoir loger des gens ne disposant pas d’un contrat de travail. La précarisation des emplois et la possible montée du chômage (les chiffres officiels ne sont pas encore connus) devraient rendre l’accès à des logements sociaux pour ces populations encore plus difficile, sans compter que le retrait des provinces au dispositif d’aides au logement a considérablement réduit l’enveloppe globale et donc le niveau des aides. De manière plus générale, c’est toute la politique sociale qui est pointée du doigt, avec les incohérences de la politique d’insertion ou encore la suppression de la MIJ dans le Sud (dont les missions seront reprises au sein des directions provinciales).

« Nous allons poser des ultimatums, prévient Judickaël Eschenbrenner. On est en perpétuelle élection, aucun dossier n’avance et personne n’arrive à travailler ensemble, il n’y a aucune cohérence. » C’est en particulier le cas sur le nickel, dossier sur lequel l’Usoenc attend toujours d’être entendu par le gouvernement dans le cadre de son cycle de réflexion sur le sujet.

M.D.

 

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