Low Cost : « Tout est en négociation »

Après l’annonce par Jacques Lalié, le président de la province des Îles, de la création d’une compagnie low cost, nous vous proposons d’approfondir le sujet avec Michel Druet, le directeur d’Air Loyauté. La compagnie au papillon, filiale de la Sodil, travaille depuis quelques mois sur la création d’Air Oceania.

DNC : Air Loyauté semble avoir un rôle central dans les ambitions de la province des Îles en matière de trafic aérien avec l’idée de développer le tourisme calédonien…

Michel Druet : Le président Lalié a fait l’annonce de la transformation de l’aérodrome de Lifou en aéroport international. C’est un point clef de la volonté du développement économique par le tourisme que souhaitent mettre en place les îles Loyauté. Mais faire cela ne signifie pas qu’il y aura un service permettant d’emmener directement des touristes de l’étranger ou des pays avoisinants sur les îles. Après beaucoup d’études, il est apparu qu’il fallait qu’Air Loyauté, plutôt que d’être simplement un outil de désenclavement, soit transformée en compagnie low cost. C’est un projet qui peut paraître un peu farfelu aux yeux de certains. En réalité, il a énormément de sens. Les différents partenaires auxquels nous en avons parlé l’ont trouvé bien fondé. Nous ne construisons pas une filiale d’une compagnie majeure ou établie depuis plusieurs décennies qui a des contraintes avec les partenaires sociaux, des rémunérations parfois importantes ou encore des accords d’entreprise extrêmement lourds très éloignés de la dynamique d’une low cost.

À Air Loyauté, nous avons 70 salariés, dont une bonne partie récemment recrutée, une moyenne d’âge très jeune, 34 ans, un personnel extrêmement engagé par rapport à son emploi et à la dynamique de développement de la compagnie. On s’est dit qu’il y avait là tous les éléments nécessaires à la mise en place d’une low cost. L’objectif de cette compagnie, son fil rouge, c’est le développement touristique dans les Îles et sur la Grande Terre. On va utiliser cet outil comme un vecteur de transport des touristes et des résidents qui souhaitent se déplacer avec des conditions de transport différentes. L’objectif est de desservir l’ensemble de la région, que ce soit l’Australie, la Nouvelle- Zélande, l’Indonésie, Wallis-et-Futuna, la Polynésie française et évidemment, Port-Vila si on trouve un accord avec les Vanuatais.

D’après le communiqué du président de la province, les travaux ont été engagés depuis plusieurs mois. Avez-vous le soutien d’Airbus ?

Airbus nous soutient. Il fait partie des professionnels qui ont trouvé un sens à ce projet. Nous avons défini le type de machine, il s’agit de l’Airbus A220, c’est incontestable. Cet avion était fabriqué à l’origine par Bombardier avant d’être racheté par Airbus. C’est une excellente machine qui s’adapte à de nombreux types d’exploitation, du vol de 30 minutes au vol de 8 heures. Pour nous, c’est la machine parfaite. L’intérêt, également, c’est qu’il en existe deux versions, l’A220- 100 et l’A220-300. Des configurations et des capacités de transport allant de 110 à 140, voire 160 places en vraie version low cost. Mais le but n’est pas de faire une compagnie où les passagers ne vont trouver aucun confort, ni aucun service en trouvant le billet au prix le plus bas possible. Notre but, c’est de trouver un équilibre entre le confort, le ratio confort, la qualité de service et le prix.

Le fonctionnement de la compagnie permettra d’accéder à un tarif de base et ensuite, en fonction du choix et des attentes de chaque passager, d’acheter un repas, des boissons ou encore d’autres prestations qui seront proposées pendant le vol ou à la réservation. C’est quelque part plus démocratique puisque nous n’imposons pas un service à bord dont certains n’ont pas besoin, mais qui sera compris et payé dans le prix du billet. On laisse la liberté aux gens de voyager avec un tarif qu’ils choisissent eux-mêmes.

Avez-vous pris contact avec d’autres compagnies calédoniennes ou régionales, notamment pour développer des partenariats ?

Oui, même si je ne peux pas en parler pour l’instant. C’est confidentiel, mais évidemment, nous ne travaillons pas tout seuls dans notre coin. En local, nous avons déjà approché Aircal à plusieurs reprises. Nous avons évoqué ces sujets parmi d’autres et bien sûr contacté Aircalin. J’ai eu plusieurs échanges avec la direction générale. Sans parler pour elle, l’opportunité d’une low cost lui semble évidente et il lui semble aussi évident que ce soit Air Loyauté qui puisse faire ce travail.

Air Loyauté, au même titre qu’Aircalin et Aircal, est une compagnie à capitaux publics. Trois compagnies pour la Nouvelle-Calédonie, est-ce que ce n’est pas trop ?

Cela faisait partie des échanges que nous avons eus avec Aircalin. L’idée serait de réorganiser les activités des uns et des autres. Quand les touristes arrivent, ils s’arrêtent à Tontouta, qu’ils soient Australiens ou Néo- Zélandais ou autre. Quand ils viennent du Japon, ils arrivent en pleine nuit, ce qui est parfois compliqué. Dans presque tous les cas, cela impose un passage à Nouméa avec une nuit avant de pouvoir se diriger éventuellement vers une autre destination. Pour avoir eu des échanges avec des professionnels du tourisme, que ce soit en Australie ou en Nouvelle-Zélande, c’est vraiment un point bloquant. C’est un frein à la venue de touristes sur le territoire.

Les Anglo-Saxons de la région ont des vacances beaucoup plus courtes que celles des Européens. Une personne qui prend une semaine pour visiter la Nouvelle-Calédonie devra passer deux nuits à Nouméa. En un temps si court, elle ne pourra pas se rendre aux îles. Notre but, c’est d’offrir des capacités de transfert direct sur les îles et de drainer des passagers. Pour Air Loyauté, il s’agit aussi de sortir d’une activité qui se limite pour l’instant au désenclavement.

Mais du fait que l’actionnariat des compagnies soit quasiment exclusivement public n’impose-t-il pas aux collectivités de définir une stratégie commune ?

Ce n’est certainement pas à moi de dire ce que le politique doit faire ou pas. En revanche, la mise en place de notre activité low cost n’est pas faite pour faire de la concurrence à Aircalin ou à Aircal, mais au contraire, de développer un partenariat avec Aircalin, sous une forme ou sous une autre. Actuellement, on a quand même des difficultés à l’international avec des décollages en pleine nuit au départ de Tontouta, pour avoir un stand-by à Tokyo avant de prendre une autre compagnie pour rejoindre la Métropole. Ce sont des voyages qui sont assez difficiles au niveau de la durée et des horaires. Aircalin pourrait se projeter directement sur Paris. Ce serait le même opérateur, le même avion. Cela apporterait un gros plus en réduisant la durée du voyage. Ce serait un gros avantage pour les touristes venant d’Europe. Et il y aurait également la possibilité de proposer des vols à d’autres horaires puisqu’il n’y aurait plus la contrainte d’avoir des connexions à Tokyo.

La low cost pourrait reprendre le trafic régional avec l’avantage que l’A220 est d’une capacité moindre. Cela permet d’opérer beaucoup plus de fréquences en limitant les déficits. Il y a encore des choses à travailler, mais avec de la bonne volonté et un travail consensuel, on devrait arriver à mettre en place quelque chose qui tienne vraiment la route pour le développement touristique.

Quand on parle low cost, on a souvent l’image du tourisme de masse. Est-ce l’un des objectifs de cette nouvelle compagnie ?

Nous souhaitons augmenter le nombre de touristes en Calédonie, oui. Je pense que c’est un peu la volonté de tout le monde, surtout que le nombre actuel est relativement faible et il y a un très gros potentiel. Mais la définition de compagnie low cost a bien évolué. On la confond souvent avec le charter. En Europe, vous avez du business en low cost, ce sera également notre cas. On souhaite avoir une classe business avec des prestations autres que celles de la classe économique.

L’idée n’est pas de faire du tourisme de masse de type backpackers, comme c’est la crainte de certains. D’autant que nous aurons des liaisons régionales, il ne s’agira pas de liaisons internationales comme le font d’autres compagnies telles que French Bee ou Aircalin, en connexion depuis Tokyo, avec une clientèle en provenance d’Europe. Le manque de liaisons est par ailleurs un frein au développement des échanges et notamment d’affaires entre les territoires. L’idée est de pouvoir offrir des conditions de voyage qui soit adaptées aux besoins des passagers et permettre à des chefs d’entreprise qui auraient besoin de voyager pour faire du business dans des conditions différentes de celles de la low cost.

Quand pensez-vous pouvoir concrétiser la création de la compagnie ?

Nous pensons pouvoir opérer les premiers vols d’ici deux ans et demi.

Avez-vous des pistes pour le financement de l’avion et vous êtes-vous déjà fixé des objectifs en termes de tarifs ?

Sur la question du financement, je ne peux pas répondre. Tout est en négociation avec des accords de confidentialité et avec plusieurs partenaires. Airbus est l’un d’entre eux, mais il y a aussi d’autres potentiels investisseurs. Ce qui est sûr, c’est que l’on étudie toutes les options pour trouver celle qui nous conviendra le mieux et qui sera la plus satisfaisante pour le passager en dernier ressort. Sur la question des tarifs, l’idée est que la compagnie soit à l’équilibre et d’arriver à offrir des tarifs attractifs qui boostent les déplacements dans le transport aérien au niveau régional, que ce soit pour les Calédoniens, les touristes et les ressortissants des pays voisins. Notre objectif, c’est celui-là. Après, faire des effets d’annonce avec des prix de billet alors que l’on est à deux ans de la mise en service, cela n’aurait aucun sens.

M.D.

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