Loulou Upane, un grand cœur qui bat pour la musique de son pays

Il fait jaillir la lumière le temps d’un solo, puis retourne dans l’ombre, au service de la musique, kaneka en tête. Doué ? Surdoué ? Travailleur, savent les innombrables artistes qui font appel à sa science du piano.

S’il ne joue pas d’un instrument, il est forcément en train de taper un rythme sur ses cuisses. De fredonner une mélodie. Ou simplement de parler de musique, à l’infini. Loulou Upane – « la seule qui m’appelle Louis, c’est ma mère » – vit pour le son. La batterie, la guitare, la basse, « c’est pour la rigolade ». Le piano, c’est sérieux. Loulou au clavier, c’est « high level », dixit Ashley Vindin, chanteur et guitariste de HDD, qui a fait appel au génial pianiste pendant de longues années. « Il sait jouer en finesse, il sait faire le show. Et il est toujours au service de la musique », une qualité indispensable pour un musicien dont la formation principale, Groove Spirit, est taillée pour l’accompagnement des têtes d’affiche. « On est les Wailers et on cherche Bob Marley. » Gulaan, Fuego Ritano, Kasspa, Hyarison, Flamengo… Sur les baies, les têtes d’affiche passent, Loulou demeure. Pareil en studio : il ne saurait dire sur combien de dizaines d’albums il a plaqué ses accords. Quand on aime…

« Celui qui était en avance »

Loulou forme les gamins du café Le Mouv’, à Rivière-Salée. « Là-bas, c’est social », il s’y sent bien, à deux pas de là où tout a commencé, il y a plus de trente ans, Riverstar. « Grand frère musicien, maman mélomane, papa gros fêtard… Pendant qu’on jouait aux billes, ça tapait la zik au premier étage, à la maison. On a grandi dans la musique. » Il revoit les cousins rentrer de l’armée, les valises pleines de cassettes. « Ils nous ramenaient de la soul, du funk… On se disait ‘mais c’est quoi ces trucs de malade ?!’ La cassette faisait 1 000 fois le tour du quartier… »

 

On a besoin de plus de gens comme lui, de gens qui réfléchissent et qui n’ont pas peur de dire les choses.

 

Ceci explique cela. « Parmi les petits frères, c’était celui qui était en avance », salue Edou. « Quand les autres étaient encore sur une rythmique basique, il était plus loin. Au niveau des influences, aussi. On était très reggae, kaneka et lui, il intégrait du blues, des musiques latino… » Du jazz, aussi, celui de Michel Petrucciani, qui l’a « foudroyé » un soir de 1996, en Corse. Ce jazz qui le définit ? Le métronome humain s’arrête net.

« Moi, au fond, c’est kaneka ! »

« Mais nooon… C’est juste un tricot, le jazz ! Mon slip, c’est le rock. Mes claquettes, c’est le rap. Mais moi, au fond » – il se frappe la poitrine – « c’est kaneka ! »

Ardent défenseur de la musique du pays, le milieu connaît son franc-parler. « Quand il prend la parole, ce n’est pas pour rien. Il secoue toujours les gens. » Pour Ashley Vindin, c’est évident. « On a besoin de plus de gens comme lui, de gens qui réfléchissent et qui n’ont pas peur de dire les choses. »

Loulou aimerait voir davantage d’artistes calédoniens jouer à l’étranger, diffuser leur musique. Lui a voyagé dans le Pacifique, en Europe. Il était du spectacle d’ouverture de « Kanak, l’art est une parole », lors de l’exposition au musée du quai Branly – Jacques Chirac, à Paris.

« Il aurait pu et dû partir à l’étranger lorsqu’il était plus jeune, il aurait encore progressé, il aurait pu poursuivre une carrière plus ambitieuse », Christophe Ventoume, directeur du café Le Mouv’ ne peut s’empêcher de le penser. Tant pis pour le public d’outre-lagon, tant mieux pour les enfants de Rivière-Salée. « Loulou a un gros cœur, il aime transmettre aux plus jeunes. Il ne compte ni son temps ni son investissement. » Il préfère sa vie simple, à Nouméa, au service de la musique du pays. « Il y a encore beaucoup de trucs à faire ici », assure Loulou.

 

Gilles Caprais (© G.C.)

 

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