Louis Mapou, président du 17e gouvernement

Le représentant de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) est devenu, jeudi, le premier président indépendantiste depuis l’Accord de Nouméa au terme de cinq longs mois de tractations avec l’Union calédonienne (UC).

Il régnait ce jeudi 8 juillet au gouvernement, l’agitation des grands jours, bien loin de la résignation observée lors des quatre premières tentatives d’élection suivant la chute du 16e gouvernement, provoquée par les indépendantistes le 2 février dernier. La cinquième convocation fut donc « la bonne ».

En salle des délibérations, Louis Mapou a obtenu, comme convenu, six voix parmi les onze membres du gouvernement, celles de l’UNI et de l’UC, et le président sortant Thierry Santa, celles des quatre membres de l’Avenir en confiance. Le représentant Calédonie ensemble a voté blanc.

A 62 ans, ce militant de longue date au Palika et au FLNKS, fonctionnaire de carrière, dirigeant passé par Eramet, l’Adraf, la STCPI, la Sofinor et la SMSP, est donc devenu le premier président indépendantiste du gouvernement depuis l’Accord de Nouméa.

« On vient de loin »

Devant la presse ou devant ses soutiens réunis en nombre dans l’enceinte du gouvernement, les premiers mots de Louis Mapou, très ému, ont été pour Jean-Marie Tjibaou. Puis pour les membres indépendantistes des gouvernements successifs. « On vient de loin, a-t-il lancé. C’est un honneur et même un privilège. »

Le représentant a aussi parlé d’une « lourde responsabilité », à cinq mois de la prochaine consultation. En cette période, « la plus difficile » de l’histoire des 30 dernières années, Louis Mapou prend cette élection comme « un présage ou une aspiration à ce que l’on regarde les choses autrement » et appelle la Nouvelle-Calédonie à faire une « introspection politique, économique et sociale » Selon lui, le pays semble « mature ». Il note ainsi que le monde économique, les coutumiers, la société civile s’interrogent. Et ceux qui sont « considérés comme apportant des problèmes » peuvent proposer des « solutions » par le dialogue, dans la manière d’envisager les choses, dans la collégialité.

Louis Mapou promet un gouvernement de proximité. « S’il y a un conflit à Roh, à Belep, il faut qu’on se pose la question de ce qu’on peut faire. » Un gouvernement qui regardera les « failles » et tout ce qui empoisonne la vie des Calédoniens. Il pense ainsi aux inégalités, aux problèmes d’alcool, de cannabis ou de suicide, en particulier chez les jeunes, à la place des femmes dans la société. Il propose que le gouvernement soit la « colonne vertébrale » de ce territoire.

Trois priorités

Le nouveau président veut remettre cette « bonne administration » au travail et « besogner » en sortant du débat, avec une première séquence jusqu’au référendum, une autre jusqu’aux législatives, et mettre à profit les quatorze prochains mois sans possibilité de démissionner.

Louis Mapou a mis en avant trois priorités. La première est la sortie de la crise sanitaire. Il a indiqué que les objectifs mis en avant la veille par Thierry Santa seraient poursuivis. Il insiste en particulier sur les opérations de vaccination « dans toutes les tribus de Nouvelle-Calédonie », à l’instar de ce qui a été fait à Kouaoua. Et souhaite aussi que l’on sorte du sas sanitaire à la fin de l’année. « On est une île. Même si on se sent bien chez nous, on ne pourra pas tenir à rester cloîtré. »

Le Ruamm est également un dossier prioritaire. Sur ce sujet, Louis Mapou n’est pas totalement en phase avec le programme du président sortant. Un plan de trésorerie sera présenté d’ici la fin de l’année. Le gouvernement se penchera également sur la question du corps médical. Il s’agira de savoir les raisons réelles des départs qui ne peuvent pas, selon lui, seulement s’expliquer par le Covid et les séparations avec les familles.

Enfin, la crise des finances publiques est jugée essentielle.

Pas de vice-présidence

Les membres de l’Avenir en confiance, qui ont porté les affaires courantes depuis cinq mois, ont indiqué qu’ils n’accepteraient pas la vice-présidence qui leur revient de tradition même s’ils vont assumer leurs responsabilités au sein du gouvernement.

Isabelle Champmoreau a évoqué la façon dont la Nouvelle-Calédonie avait été « mise à mal », la manière dont les équilibres institutionnels ont été « rompus » en cette fin d’Accord de Nouméa et puis cette volonté de ne pas se porter « caution » pour la politique qui pourra être mise en œuvre dans les prochains mois.

Louis Mapou a fait savoir qu’il leur laissait néanmoins une semaine de réflexion avant d’apprécier la situation et il a formulé un appel pour qu’ils changent de position. Il a dit comprendre leur décision, en tout cas. « Nous avons vécu cela pendant longtemps et je sais que ce n’est pas facile lorsque l’on doit inverser les positions. »

Louis Mapou présidera donc un gouvernement de plein exercice dans sept jours, soit le 15 juillet, à moins de le convoquer avant pour nommer un vice-président. Les discussions se poursuivent par ailleurs pour la distribution des portefeuilles. Le président fera des propositions, comme l’ont fait ses prédécesseurs.

Samuel Hnepeune, membre de l’Union calédonienne qui s’était porté candidat à quatre reprises, a confirmé qu’il démissionnerait pour se consacrer à Air Calédonie. Sa démission entrainera la nomination de son suivant de liste au gouvernement à savoir Vaimu’a Muliava, de l’Éveil océanien. Samuel Hnepeune n’a cependant pas précisé s’il le ferait avant ou après l’élection au Congrès…


L’UC a pris « ses responsabilités »

Par la voie de son président, Daniel Goa, l’Union calédonienne a salué l’élection de Louis Mapou. Une élection qui prouve que « l’UC sait prendre ses responsabilités dès lors qu’il s’agit de sortir le pays de ses difficultés », comme elle l’avait fait en 2015 pour l’élection du 14e gouvernement. « Le pays a besoin d’un exécutif de plein exercice pour traiter les problèmes des Calédoniens et pour que la campagne pour la troisième consultation se déroule dans les meilleures conditions. »

L’Union calédonienne dit aborder ce nouveau gouvernement avec « lucidité, volontarisme et respect ». Lucidité parce qu’elle n’occulte pas que le territoire traverse d’importantes difficultés économiques, financières et sociales ; volontarisme, car elle veut remettre le pays sur pied et l’engager sur la voie de « la solidarité, la prospérité et la cohésion ». Et enfin le respect, « car la Nouvelle-Calédonie abrite un peuple aux origines multiples dont chaque membre doit trouver sa place dans notre société ».


 « La frange la plus radicale a pris le pas sur les modérés », selon les Loyalistes

Par voie de communiqué, les Loyalistes disent avoir pris acte de l’élection de Louis Mapou et assumeront leurs responsabilités dans les secteurs qui seront les leurs, mais ils refusent une « vice-présidence de caution ». Alors que les partisans du « non » ont été majoritaires lors des deux derniers scrutins, ils disent ne pas pouvoir soutenir la « politique anti-démocratique » des indépendantistes qui ont fait le choix de rompre les équilibres institutionnels à quelques mois de la fin de l’Accord de Nouméa. Ils indiquent ne pas pouvoir non plus cautionner « la politique portée par Louis Mapou dans les domaines économiques et sociaux ». Ils constatent que « la frange la plus radicale des indépendantistes a pris le pas sur les modérés que représentait Samuel Hnepeune ».

Les Loyalistes sont désormais tournés vers l’élection du Congrès et sur la préparation du référendum « afin de montrer une nouvelle fois que la majorité des Calédoniens souhaite poursuivre notre chemin commun dans la paix et dans la France ».


Sébastien Lecornu salue l’entrée en fonction de Louis Mapou et l’action du 16e gouvernement

Le ministre des Outre-mer s’est félicité de l’accord trouvé entre les membres du gouvernement pour désigner leur président, au terme de presque cinq mois d’attente. Un accord qui va permettre l’entrée en fonction du 17e gouvernement dans une semaine au plus tard. Sébastien Lecornu a adressé ses « félicitations républicaines » à Louis Mapou et « lui souhaite une pleine réussite dans sa mission au service des Calédoniennes et Calédoniens ». Le ministre a profité de cette occasion pour saluer l’action du précédent exécutif dont les membres ont continué à gérer les affaires courant jusqu’au dernier moment.

Sébastien Lecornu a invité Louis Mapou à le rencontrer prochainement à Paris ou à échanger en visioconférence sur les sujets de collaboration entre l’État et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie : la crise sanitaire et notamment l’envoi de vaccins ; la question de la continuité territoriale avec Wallis-et-Futuna et le rétablissement de la bulle sanitaire ; les conséquences économiques de la crise sanitaire et l’accompagnement de l’État pour les entreprises, notamment Aircalin.

Sébastien Lecornu évoque, par ailleurs, la situation budgétaire des collectivités territoriales expliquant que l’aide exceptionnelle de près de 10 milliards de francs proposée par l’État ne résoudra pas les difficultés structurelles des finances publiques calédoniennes, notamment en matière de santé et de protection sociale. Et enfin, les relations internationales : le prochain sommet France-Océanie auquel le gouvernement calédonien sera associé, devra être l’occasion pour la France « de réaffirmer les objectifs de la stratégie indopacifique qu’elle porte ».

C.M.

 

 

 

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