Discours de politique générale : Louis Mapou fait œuvre d’habileté

Au centre culturel Tijbaou, jeudi 25 novembre, le président du gouvernement, Louis Mapou, a décliné la feuille de route de l’exécutif pour les trois prochaines années. Un discours édulcoré pour ce dirigeant indépendantiste, plutôt apaisant et rassembleur dans le contexte politique compliqué, et résolument collégial. Mais qui manquait cependant de réalisme au niveau économique ou sociétal, selon ses détracteurs.

Politique

C’est sans aucun doute le volet politique que retiendront les Calédoniens de cet exercice imposé qu’a mis du temps à produire Louis Mapou, premier indépendantiste à la présidence du gouvernement collégial depuis sa création en 1998.

Sur la forme, il a évité les embûches en édulcorant son discours et en reprenant les indications des membres non indépendantistes formulées sur la première mouture. Même si l’envoi du discours finalisé s’est fait trop tardivement, peut-être pour éviter les fuites. Sur le fond, et c’est le plus important, dans son entame tout comme dans sa conclusion, le président a choisi de placer le gouvernement collégial dans la durée, au-delà du référendum, dont le résultat n’importe visiblement déjà plus, et même au-delà de la période de transition. Un gage de stabilité ou une volonté de gagner du temps dans les négociations. Et il replace ce gouvernement au centre des institutions comme le pilier de notre société à l’heure où d’autres veulent voir émerger les provinces.

Il place, par ailleurs, la Nouvelle-Calédonie toujours aux côtés de la France, sans parler d’indépendance, avec un « partage de compétences ». « Il est fondamental, a-t-il dit, qu’à la sortie de l’Accord de Nouméa, l’État et la Nouvelle-Calédonie envisagent les voies et les moyens pour servir au mieux leurs intérêts stratégiques partagés », avec une coopération dans le Pacifique qui « évolue et se renforce » dans le cadre d’« une relation innovante qui accompagne l’émancipation de la Nouvelle-Calédonie ». Sur la troisième consultation, Louis Mapou a osé une suggestion : « Ne pourrait-on pas partir du postulat que, finalement, quoi qu’on en dise, s’il y a un gagnant (NDLR : à l’issue du référendum), ça ne pourrait être que le pays ? C’est mon intime conviction. »

En matière de relations extérieures, le gouvernement souhaite toujours améliorer l’organisation de son réseau diplomatique dans la région, continuer à développer les liens (on retiendra en particulier le « parc de la Paix » à Matthew et Hunter avec le Vanuatu), mais aussi conserver des relations fortes avec l’Europe. Un discours globalement rassurant.

Appartenance

Louis Mapou a aussi fait du lien d’appartenance de chaque Calédonien à cette terre, « la seule colonne vertébrale qui s’impose », avec une série de propositions visant à rassembler les différentes communautés pour construire une « nouvelle Nouvelle-Calédonie » (Festival Caledonia 2022, démarches mémorielles sur les grands évènements historiques, promotion des signes identitaires, nouvelle conception du foncier, etc.) et renforcer la cohésion sociale (lutte contre les inégalités en « grande cause », les violences, la pauvreté, plan stratégique pour la jeunesse en difficulté, etc.). « Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage par le rééquilibrage. » Louis Mapou assure qu’« il y a une place pour chacun en Nouvelle-Calédonie » et que l’avenir doit se construire dans un esprit d’union. Il a aussi évoqué pour le monde coutumier la gestion des conflits qui se multiplient et l’évolution de la coutume.

Social

Pour une meilleure cohésion sociale, Louis Mapou mise sur le règlement des déséquilibres de toute sorte. « Il n’y a pas de plus grand ennemi du bien commun que les situations de déséquilibre et d’inégalités sociales. » Il promet des assises sur les inégalités, un format auquel ne croient pourtant plus les Calédoniens. En attendant, le gouvernement misera sur une politique d’inclusion et d’éducation prioritaire pour les établissements où il y a les plus grandes difficultés sociales, le soutien à l’enseignement privé, le maintien des écoles de proximité, l’implantation d’une Maison rurale familiale dans le Sud, la création d’une structure regroupant la Direction générale des enseignements et le vice-rectorat. Il annonce également une Direction spécifique de la jeunesse, une réorganisation du secteur des activités sportives.

Sera ensuite proposé un véritable service public de l’emploi. L’évolution du SMG, salaire minimum garanti, et la suppression du Smag, salaire minimum agricole, sera évaluée. Louis Mapou veut aussi déterminer les besoins en cadres calédoniens et préparer un plan de substitution progressive des enseignants de Métropole. L’idée de la création d’un CHU, centre hospitalier universitaire, a fait tiquer bon nombre d’auditeurs dans le contexte de crise que l’on connaît. Les autres priorités sont les violences faites aux femmes, l’égalité des genres, la vie chère, la santé, le bien vieillir, les enjeux climatiques.

Plan d’urgence

Mais il faudra, avant tout, gérer l’urgence économique. Louis Mapou a annoncé une année 2022 « difficile ». Il évoque la maîtrise des dépenses de fonctionnement de la Nouvelle-Calédonie et de ses établissements publics, une réforme en profondeur du Ruamm. S’agissant des ressources nouvelles, Louis Mapou confirme le vote de taxes comportementales, sur l’activité minière, des mesures d’ordre social, une première modification de la TGC qui doit dégager 10 milliards de francs. Pour financer les dépenses liées à la crise du Covid, un nouveau prêt de 25 milliards de francs est garanti. S’ajoutent également, on le sait, les emprunts contractés localement auprès des établissements publics.

Une réforme de fond de la fiscalité est envisagée pour stimuler, dès 2023, le développement économique et social, viser une meilleure répartition des richesses, pérenniser la ressource fiscale et améliorer le service public. Figure en premier lieu une modification des prélèvements obligatoires. Le débat d’orientation budgétaire apportera en janvier un éclairage sur les réformes à venir.

Relance

Louis Mapou a ensuite évoqué la relance économique qui doit s’appuyer, notamment, sur le secteur métallurgique et minier en revoyant à la hausse la production pour 2023 pour parvenir à se placer « au coude-à-coude » avec la Russie au rang de troisième producteur mondial. Un label Nickel vert et éthique sera conçu avec une trajectoire pour décarboner cette industrie. Une antenne locale de l’École nationale supérieure des mines est aussi évoquée.

Autres enjeux de cette relance : la transition énergétique avec un objectif de 70 % d’énergies renouvelables dans la production d’ici 2025, l’accroissement de l’autosuffisance alimentaire, un programme ambitieux de sylviculture, une politique de grands travaux et d’habitat, le développement de l’économie maritime, de notre système de transport, du numérique.

Si le discours de Louis Mapou a convaincu sur le volet politique, cette partie plus technique et sociétale n’a pas été aussi bien accueillie tant les difficultés actuelles paraissent titanesques et les ambitions pour certaines, déjà formulées. Les acteurs économiques ont regretté que les modalités de financement de cette relance n’aient pas été développées. Les représentants loyalistes ont parlé d’une politique « hors-sol » qui « ne correspond pas à la réalité difficile ». Dans le monde indépendantiste, si la partie politique a pu paraître timorée, sur le reste, on retrouve la ligne du FLNKS (emploi, réformes, etc.). Reste à savoir si le gouvernement gardera la même amplitude pour concrétiser ses projets. Il aura cependant réussi un exploit en Calédonie en ne froissant personne.

 

Chloé Maingourd (© C.M.)

 

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