Lou Pidjot, la combattante

Mue par une conviction inébranlable dans la valeur de son combat et par une incroyable énergie, Lou Pidjot, 21 ans, présidente du Congrès des jeunes, étudiante et transsexuelle, porte un engagement profond au service d’une communauté. Investie, elle ne s’arrêtera pas avant d’avoir changé le regard que porte la société sur les personnes LGBT.

« C’est ce que je me dis tous les jours, c’est mon combat, changer le regard des autres, montrer qu’on n’est pas des monstres, qu’on est humains », pose Lou Pidjot avec force.

À seulement 21 ans, cette étudiante en BTS tourisme et présidente du Congrès des jeunes veut « faire plus » et changer les mentalités sur les transsexuels. « J’ai toujours su au fond de moi que j’avais cette part de féminité, mais je me sentais un peu bloquée dans ce corps de garçon et j’avais vraiment du mal à exprimer ce sentiment auprès de ma famille. »

Ce sentiment de mal-être, « je n’étais pas à l’aise et très complexée par ce corps », l’accompagne pendant toute son adolescence. Jusqu’à l’obtention de son baccalauréat en 2019, qui fait office de déclencheur. « Je me suis dit que si je pouvais réussir, je pouvais m’affirmer. » À partir de là, Lou Pidjot – elle s’appelle encore Lucas à l’époque – commence à s’habiller avec des vêtements de fille et à se laisser pousser les cheveux. « J’ai laissé ça arriver doucement, sans en parler, puis j’ai décidé de dire à ma famille que je ne me sentais pas bien dans mon corps, que j’avais envie d’être une femme et que j’avais besoin qu’on m’encourage dans cette voie. »

Adapter la coutume

Au début, c’est un peu dur pour son entourage, « je suis d’une famille kanak et ce n’est pas très bien vu », qui pose des conditions. « Il ne fallait pas que ça interpelle trop le regard, donc il y avait certains vêtements que je pouvais mettre et d’autres pas. » Lou se féminise petit à petit, avec le soutien sans faille de sa mère. « J’ai eu la chance d’avoir quelqu’un qui m’encourage, c’est ce qui fait ma force. »

C’est plus compliqué avec le cercle élargi. « J’essaie de montrer qu’on peut préserver les valeurs ancestrales et adapter la coutume, cela ne peut que l’enrichir, d’autant que beaucoup de kanak sont concernés par cela. » À l’extérieur, pas facile de s’assumer, notamment à l’école. « Les élèves te regardent, ils décident de ce que tu es, un homme ou une femme. Mais, ils ne savent pas, c’est tout, je ne leur en veux pas. » La compréhension n’est pas toujours acquise non plus du côté des professeurs, qui continuent de l’appeler par son prénom de naissance. « Il n’y a pas de déclic de se dire ils voient une femme et tu demandes à la personne si elle préfère qu’on l’appelle madame ou monsieur. »

Des souffrances, Lou Pidjot en a vécues, mais elle ne s’attarde pas dessus. Si elle n’a jamais subi de violences physiques, elle a été victime de cyberharcèlement, d’insultes et de discriminations. « Je le vis tous les jours, c’est dur, mais je ne m’apitoie pas sur mon sort. Au contraire, je me bats contre cela. Pour que les enfants qui vont naître n’aient pas à subir ce genre d’inégalités. »

 

Je suis vraiment contente de défendre cette cause et d’être un peu l’ambassadrice des femmes transsexuelles en Calédonie. »

 

La transition

Cette année, Lou Pidjot envisage d’entreprendre un parcours de transition pour « devenir une vraie femme ». Des recherches compliquées – « je n’y connaissais rien ». Elle se sent perdue et ignore qu’un dispositif de prise en charge par la Cafat existe et paye de sa poche ses premières consultations. « En fait, le CHS gère un endroit qui regroupe les professionnels : psychologue, endocrinologue et chirurgien, et tout est remboursé. »

Son premier rendez-vous a lieu en septembre, avant le confinement. Le processus, qui comprend un suivi hormonal, psychologique, puis chirurgical, dure deux ans. « On rencontre d’abord un psychiatre pour voir où on en est de notre parcours avant de commencer. » Cette découverte est un vrai soulagement. « C’est comme si ce dispositif avait cassé le barrage pour me permettre de continuer à me développer, mais cette fois physiquement, parce que mentalement je me suis déjà bien préparée, je suis une femme, mais j’attends vraiment de faire ce changement pour pouvoir enfin m’assumer complètement dans la société. »

« On est la même personne »

Lou Pidjot est devenue une figure de la communauté transsexuelle notamment en s’impliquant dans la vie des institutions, dont elle se sert pour défendre les droits des personnes LGBT. Et grâce à sa notoriété, l’étudiante incarne ceux que l’on n’entend pas, même si « c’est beaucoup à porter ». Elle est sollicitée via les réseaux sociaux, des personnes lui posent des questions par rapport à son affirmation, son suivi hormonal, la réaction de sa famille, etc. « Je suis contente de leur répondre parce que ça les aide, je les aiguille vers les dispositifs et les associations qui existent. »

Avec tout cela, les amours, eux, peuvent bien attendre. « C’est un peu le cadet de mes soucis », glisse-t-elle en souriant, le regard pétillant, avant d’ajouter, pleine de sagesse, « j’essaie déjà de me construire moi pour pouvoir me construire une vie amoureuse, même si j’ai des prétendants (rires) ! »

Lou Pidjot préfère profiter de sa jeunesse. « Je n’aime pas être entre quatre murs ou appartenir à quelqu’un, je veux ma liberté. Quand je serai posée ou que j’aurai fini mon combat, peut-être. » Sa priorité. Pour que la société accepte les gens tels qu’ils sont. « C’est ce que j’aimerais montrer aux familles. Ce n’est pas parce qu’on n’est plus l’enfant qui est né qu’on a changé, on est la même personne, il ne faut pas avoir peur. Toute l’éducation qu’on a reçue et les valeurs qu’on nous a transmises sont encore là. »

Avec la transition, la prochaine étape est le changement officiel de son prénom, qui doit être demandé au juge aux affaires familiales. « Comme ça, enfin, on m’appellera Lou. » Et lui permettre ainsi d’être pleinement elle.

 


Présidente du Congrès, des jeunes

Alors qu’elle est en première année de prépa au Grand Nouméa, Lou Pidjot devient déléguée de classe. Elle est élue représentante des élèves au conseil d’administration du lycée et au conseil de vie lycéenne avant de se présenter au Congrès des jeunes dont elle est élue présidente en 2020, « une réelle opportunité qui m’a ouvert des portes ». Elle s’implique notamment dans la commission de la lutte contre les violences. Un parcours valorisant. « Je pense que ce que je fais aide à être mieux considérée et je suis fière de le dire parce que ce sont des choses bien que je fais pour les autres, glisse Lou Pidjot. Sans cela, ce serait différent. La société a encore du mal avec ces personnes-là. C’est triste. »

 

Sa maman

« Ma mère a beaucoup souffert quand je me suis assumée physiquement auprès de la famille parce qu’ils lui disaient, ‘mais comment tu fais pour accepter ça, comment tu peux laisser faire ça, fais quelque chose, etc.’. Elle recevait beaucoup de critiques et encore aujourd’hui, elle ne me dit pas tout, mais je pense que des fois ça lui fait mal. Pourtant, elle reste forte. C’est pour ça qu’elle restera toujours la personne la plus chère au monde parce que je sais qu’elle me défend beaucoup. »

 

De Lucas à Lou

Lou, qui s’appelait Lucas, a choisi ce prénom parce qu’elle trouvait qu’il se rapprochait de son vrai prénom. « Je me reconnaissais dedans et finalement, ma famille aime beaucoup. Je m’appelle comme cela depuis début 2020 et ma famille a commencé à le faire vers fin 2020. »

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P)

 

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