L’Œil a 10 ans

L’Observatoire de l’environnement, plus connu sous le nom de l’Œil, a fêté ses dix ans, le 4 octobre, au parc de la rivière Bleue. Cet outil original a été créé en réaction des populations locales à l’immensité du projet de l’usine du Sud et aux craintes pour l’environnement. En dix ans, l’Œil a gagné ses lettres de noblesse, mais doit maintenant pérenniser ses sources de financement.

Le 12 juillet 2002, les coutumiers du Grand Sud plantaient le « Gôô vare Kan », le bois tabou qui symbolise le regroupement des clans de la région, inquiets par l’importance du projet Goro Nickel et son empreinte environnementale. Ce geste a lancé un fort mouvement de contestations et de blocages entre les populations locales et l’industriel. Acculé, ce dernier n’a eu d’autre choix que de mettre en œuvre une politique environnementale différente. En 2008, le pacte pour un développement durable du Grand Sud était adopté, en particulier par Murilo Ferreira, alors à la tête du géant mondial. Un an plus tard, l’Observatoire de l’environnement était créé. Comme l’a rappelé Joël Lauvray, représentant l’association Action biosphère, le contexte de l’époque était très tendu, les populations ressentaient le projet « comme une spoliation de leurs ressources », faute d’avoir recueilli « leur consentement éclairé ».

En dix ans et malgré quelques suspicions au départ, l’Œil a su s’imposer comme un outil scientifique de référence pour informer la population sur la situation environnementale du Grand Sud. Le rôle joué par l’Œil à l’occasion des accidents à répétition lui a notamment permis d’acquérir ses lettres de noblesse et de montrer tout son sérieux. Rien n’était cependant joué puisque la structure, encore aujourd’hui, présente une gouvernance assez unique. Le conseil d’administration regroupe l’ensemble des partenaires dont la plupart ont des intérêts sensiblement éloignés. Aujourd’hui, l’Œil regroupe 23 structures réparties au sein de six collèges ainsi qu’un conseil scientifique. Une gouvernance particulièrement importante qui permet un fonctionnement équilibré. À l’occasion des dix ans, l’Œil a souhaité être évalué par un cabinet indépendant afin de réfléchir à des pistes d’amélioration. Les travaux ont mis en lumière tout l’intérêt de préserver cette gouvernance originale.

C’est toutefois aussi et surtout le travail accompli qui a donné de la crédibilité à l’Observatoire dont les missions sont de surveiller, développer des outils de surveillance et informer la population et les pouvoirs publics. La liste des réalisations et publications est longue et aborde des thématiques aussi variées que le suivi des coraux, des cours d’eau, de la faune et de la flore, les incendies ou encore l’artificialisation des sols. Autant de sujets intéressants, mais qui débordent sensiblement de la zone d’intervention géographique initialement envisagée. Petit à petit, les interventions de l’Œil se sont élargies à la Côte oubliée, Thio et même sur l’ensemble du territoire grâce au développement d’un outil de surveillance des feux de forêt par satellite.

Toutes ces interventions ont un coût que les partenaires renâclent de plus en plus à assumer, en dehors de la province Sud qui est la seule à avoir tenu ses engagements financiers. L’absence de Vale à l’anniversaire organisé au parc de la rivière Bleue n’est d’ailleurs pas passée inaperçue. La SLN avait, quant à elle, dépêché un de ses représentants. La question du financement est revenue sur la

table à plusieurs reprises et a également été au cœur des travaux d’évaluation. De fait, ces dernières années, les industriels n’ont pas tenu leurs engagements financiers occasionnant des difficultés pour l’Observatoire. La baisse des contributions est essentiellement liée au rabotage de la part de Vale NC. Alors que l’industriel avait conventionné une somme de 50 millions de francs par an, l’association n’a pu compter que sur un versement de 30 millions de francs en 2018. La SLN a de son côté également réduit sa participation qui était nettement plus modeste (deux millions de francs par an).

Si certaines critiques estiment que la part des salaires est trop importante rapportée à l’ensemble du budget, la pertinence de l’outil n’est pas remise en cause. Des échanges ont eu lieu sur les possibles évolutions du financement de l’Œil. Du côté des associations, on défend, par exemple, l’idée d’une taxe qui pourrait être prélevée sur le minerai exporté et aurait vocation à financer la préservation de l’environnement. Tout l’enjeu est d’arriver à sanctuariser le financement de ce type de structures pour lesquelles les industriels montrent une certaine méfiance, notamment en raison du fait qu’ils n’ont pas totalement la main sur les programmes de recherche et sur la communication auprès du grand public. Plus généralement, l’idée est de trouver un mécanisme de financement stable pour les années à venir et permettre à l’Œil de s’attaquer à de nouveaux chantiers.

Un développement qu’il est difficile d’envisager alors que l’avenir même de la structure n’est pas assuré. Si les industriels mettent facilement en avant leur responsabilité sociétale et environnementale, ce genre de financement fait souvent office de variable d’ajustement. Mais c’est une réflexion plus globale qui pourrait permettre d’apporter des réponses. L’Œil contribue de manière importante à des dossiers comme la lutte contre les incendies sans pour autant recevoir de subsides du gouvernement ou des communes. Pour se faire une idée, la direction de la Sécurité civile avait relevé quelques milliers d’hectares incendiés en 2017, alors que les outils de l’Œil ont montré que cette année-là, 24 145 hectares sont partis en fumée, soit la surface exploitée par la mine en 150 ans. Un travail particulièrement éclairant sur les faiblesses des politiques publiques, mais auquel les collectivités ne participent qu’indirectement.


La mine et le greenwashing

Nos confrères du journal Reporterre ont publié, le 5 octobre, un article à l’occasion de la nomination de Catherine Tissot-Colle, une cadre dirigeante d’Eramet, au comité de gouvernance de la convention citoyenne pour le climat. Le journal spécialisé dans les questions environnementales s’étonne de la nomination de ce cadre clairement identifié comme lobbyiste. L’article rappelle au passage les scandales qui ont éclaboussé Eramet ces dernières années, à commencer par les menaces et les intimidations exercées auprès des populations de Weda Bay a n de récupérer leurs terres. Des opérations auxquelles ont participé des agents de la SLN. Argentine, Gabon… Les cas sont nombreux. « Eramet se trouve hors des radars, le grand public ne l’identifie pas comme un gros pollueur. Pourtant, les activités de cette entreprise ont des impacts sociaux et environnementaux considérables, tels que la violation des droits des communautés sur place et l’accaparement de terres. Le modèle de la mine responsable est une illusion », indique Juliette Renaud, chargée de campagne aux Amis de la Terre dans ses propos rapportés par Reporterre. Et de détailler ensuite l’impact environnemental de la mine en Nouvelle-Calédonie (article à retrouver sur le site www.reporterre.net).

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