L’Institut des relations sociales fait sa rentrée

L’IRS, Institut des relations sociales a fait sa rentrée, vendredi 11 mars, en organisant un petit-déjeuner débat, animé par un chercheur métropolitain, autour de la question du dialogue social . Responsables d’entreprises et représentants de syndicats ont répondu à l’appel pour tenter d’avancer sur cette longue voie que sont les relations apaisées entre employeurs et salariés.

Quoi de mieux pour commencer une année que de débattre sur un thème aussi riche et complexe que le dialogue social. Pour l’Institut des relations sociales, dont la mission est précisément de l’améliorer, cet exercice est presque un passage obligé. Et quel invité plus approprié que Jean-Pierre Segal, chargé de recherche au CNRS, spécialisé dans le management et dont le travail consiste à étudier la mise en place du dialogue social dans différents pays et de façon comparée en fonction des conceptions sociales ou encore culturelles ?

Afin d’amorcer le débat, Jean-Pierre Segal a présenté son dernier ouvrage, publié en novembre 2015, Construire et pérenniser le dialogue social en Nouvelle-Calédonie, réalisé en collaboration avec la Direction du travail et de l’emploi. Cette étude porte sur deux cas assez particuliers sur le territoire, KNS et Carsud. Deux entreprises aux histoires aussi différentes que riches et complexes. Pour le chercheur, la Calédonie n’est toutefois pas une découverte. Il y avait déjà conduit une première étude qui avait débouché sur la rédaction d’une première publication, Le monde du travail au cœur du destin commun.

Intégrer les spécificités culturelles calédoniennes au monde du travail

À quoi sert le dialogue social ? À quelles conditions peut-il fonctionner ? Ou encore, est-il naturel dans des pays où les cultures sont différentes ? En réponse à cette dernière question, Jean-Pierre Segal a souligné l’importance d’intégrer davantage les codes océaniens dans l’entreprise. « Les règles du jeu ont été fixées par les Européens, note le chercheur. Il y a beaucoup à faire dans ce sens-là, ce serait une vraie richesse. C’est un enjeu pour l’entreprise mais aussi pour le pays ». Mais ce constat, que longtemps le monde de l’entreprise a suivi sa propre logique, déconnectée de la société calédonienne et calquée sur le modèle métropolitain, dont les relations sociales sont peu enviées, est en train d’évoluer en lien avec l’évolution de la main-d’œuvre.

Le fait que les instances dirigeantes des entreprises sont majoritairement composées de personnes d’origine européenne au sens large, et que les salariés, d’Océaniens, évolue peu. En revanche, les caractéristiques de la population salariée ont clairement évolué. De plus en plus de jeunes gens arrivent sur le marché du travail bien formés et avec des références multiculturelles. D’après Jean-Pierre Segal, ce sont ces personnes qui seront en mesure de faire le lien qui manque actuellement.

Car au cœur de la réflexion du chercheur, on retrouve les rapports entre dominants et dominés, autrement dit, la direction et les salariés qui ont souvent du mal à se comprendre sans même en avoir conscience. L’idée de départ est donc de faire en sorte que tout le monde parle le même langage et plus forcément que les salariés se voient imposer les règles. S’il n’est pas question de trouver une voie au milieu, il est indispensable de passer par une « hybridation », voie intermédiaire qui satisfasse tout le monde. Mais avant cela, il faut bien sûr que tous les acteurs, direction, syndicats et salariés, soient déterminés à prendre le chemin du dialogue social.

C’est cette voie qui a été choisie par KNS et Carsud et s’est très concrètement traduite dans le management de ces deux sociétés. Une fois la même langue trouvée, les parties doivent commencer le dialogue qui passe par de la transparence, indispensable à une relation de confiance. Si l’entrepreneur n’abandonne pas la définition de la stratégie de l’entreprise, la démarche implique au moins qu’elle sera clairement expliquée, voire discutée. Dans le fond, l’idée est de faire circuler l’information de manière fluide de façon à améliorer les performances de l’entreprise par la coconstruction.

 Gérer le conflit par le dialogue

Ce modèle permet d’éviter au maximum les conflits, même si rien n’est jamais acquis, comme l’a souligné l’ensemble des participants. Le dialogue social est un travail de chaque instant et passe par des liens étroits entre les salariés et leurs responsables. KNS a, par exemple, « décentralisé » sa gestion des ressources humaines en mettant des managers relais au plus près des postes exécutifs. Combinés avec de la médiation préventive, ces managers peuvent trouver des solutions avec les salariés en amont de potentiels conflits. C’est la raison pour laquelle une communication franche et régulière est nécessaire.

Dans le cas de Carsud, salariés et direction se sont fédérés autour du projet Néobus. Au-delà de la gestion des conflits, l’entreprise a mis les moyens pour chaque salarié ait accès à toute l’information concernant le projet. Les salariés disposent ainsi des connaissances nécessaires pour débattre du sujet et des questions stratégiques. Un moyen d’associer pleinement les employés qui sont par ailleurs intéressés aux résultats de Carsud.

Malgré un dialogue permanent, les entreprises les plus en pointe sur le sujet ne cachent pas certaines difficultés. « L’entreprise n’est pas le monde des Bisounours, insiste Jean-Pierre Segal. Il y a des intérêts, des contradictions. » C’est le cas, par exemple, des syndicats qui œuvrent parfois en désaccord avec le corps social (les salariés). En Calédonie, estime le chercheur du CNRS, les syndicats souffrent parfois d’une mauvaise réputation qui s’est construite sur le rapport de force avec le patronat, mais aussi sur les questions de représentativité. Une des conséquences de ces mauvaises pratiques est que tout avantage, dans un sens comme dans l’autre, se gagne en opposition et non en coopération. Une réalité et une vision qui devront inévitablement changer si le monde économique calédonien souhaite gagner en compétitivité et surtout se moderniser. Le dialogue social n’est jamais acquis et c’est chaque jour, dans la plus insignifiante des décisions, qu’il se construit.

M.D.

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Le programme de l’IRS

L’Institut des relations sociales propose des discussions ainsi qu’un large éventail de formations s’adressant autant aux patrons qu’aux salariés, l’idée étant précisément qu’ils disposent des mêmes outils pour favoriser le dialogue. Des stages de trois jours sont organisés autour de quatre grands thèmes : la meilleure compréhension, la représentation, la communication et la négociation. Le catalogue étant dense, il vaut mieux le consulter sur Internet (www.irs.nc), sur place, au 30, rue Georges Clémenceau, à la galerie Espace de Paris ou par téléphone au 24 23 79.

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Des e-publications à télécharger

Les deux publications de Jean-Pierre Segal sont à télécharger gratuitement sur le site de la Direction du travail et de l’emploi. On peut retrouver son premier ouvrage, Le monde du travail au cœur du destin commun et le second, Construire et pérenniser le dialogue social en Nouvelle-Calédonie. Ils sont à télécharger à l’adresse suivante : https://dtenc.gouv.nc/nos-publications/e-publications.

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