L’inquiétude d’une aggravation en outre-mer

Le conseil scientifique Covid-19 s’est montré préoccupé par le sort des ultramarins. Craignant que la situation s’aggrave dans les semaines à venir en raison d’un « décalage » avec la Métropole, il prône de manière générale la poursuite des efforts de confinement, la multiplication des tests et le renforcement des moyens hospitaliers avec des mesures additionnelles différenciées.

L’heure ne doit pas être au relâchement dans les outre-mer. Bien au contraire. Si l’épidémie semble globalement contenue dans les territoires et le nombre de décès assez faible, le risque est par endroits important et les spécialistes sont inquiets.

Dans son avis rendu la semaine dernière, le conseil scientifique Covid-19 pense que cette situation est due à un décalage de plusieurs semaines avec la Métropole, que l’épidémie pourrait s’aggraver et qu’il faut donc tout faire pour freiner sa propagation. « Il y a un décalage d’environ trois à quatre semaines entre le début de l’épidémie dans l’Hexagone et dans les territoires d’outre-mer », peut-on lire dans le rapport.

Si ce décalage a permis à tous les territoires de commencer à s’organiser pour l’arrivée de la vague épidémique avec, notamment, l’introduction du confinement, le conseil estime néanmoins qu’il ne faut pas relâcher les efforts.

Il prône, en premier lieu, le maintien du confinement voire son renforcement pour les territoires les plus touchés jusqu’au décours de la vague épidémique. Il faut par ailleurs que les îles profitent de la chance que procure l’insularité pour isoler d’office les arrivants en quarantaine, sachant que la plupart des cas sont importés.

Annick Girardin, ministre des Outre- mer, a affirmé qu’à l’avenir « tous les arrivants placés en quatorzaine contrôlée seront testés à la sortie » et que « tout cas symptomatique sera testé » avec une proposition d’isolement dans des structures dédiées (à mettre en place partout) et un suivi strict des cas contact.

Tests et renfort des moyens

Autre recommandation du conseil scientifique Covid-19, la généralisation des tests. « Tester, tester, tester. À ce stade épidémique, toute personne suspecte de Covid-19 doit pouvoir bénéficier d’un test diagnostique ». Pour ce faire, dit-il, « il est important de s’assurer de la disponibilité de ces tests, qui vont être au cœur des stratégies de contrôle de l’épidémie ». Il préconise notamment de renforcer certains laboratoires hospitaliers avec des équipements, de faire en sorte que ces outils soient maîtrisés. En Martinique, les laboratoires privés ont été inclus dans le dispositif.

Le conseil semble particulièrement s’inquiéter de la faiblesse des moyens hospitaliers et demande que l’on renforce, dès maintenant, les équipes, les formations, les réserves de médicaments. Pour le moment, les cas de malades en réanimation sont rares et il n’y a pas de saturation, mais là encore les capacités doivent être renforcées. « Il faut rester prudent, souligne le conseil scientifique car même si la population est majoritairement jeune, et donc moins à risque de forme grave de Covid-19, la présence de comorbidités comme l’hypertension, le diabète et le surpoids pourrait se traduire par un nombre important de formes sévères. »

Annick Girardin a promis un doublement de la capacité des lits en réanimation (500 actuellement) pour parvenir au ratio national qui est d’un lit pour 5 400 habitants. Et il n’y a pas de temps à perdre considérant la durée, plus longue, de l’acheminement d’équipement médical entre la Métropole et les outre-mer. Car le besoin de lits arrive de pair avec celui du matériel, tels que les respirateurs.

Au final, l’outre-mer doit absolument garder son avantage temporel avec cette incertitude rappelée par le conseil scientifique : « Il est impossible, aujourd’hui, de dire quand les pics épidémiques seront atteints et quel niveau ils atteindront dans chaque territoire ».


Territoires pilotes ?

Dans une lettre adressée au président de la République, la délégation aux outre-mer de l’Assemblée nationale a demandé que les territoires ultramarins puissent faire office de territoires pilotes en matière de dépistage généralisé de la population et qu’ils disposent d’aides économiques spécifiques. Les députés estiment également que « les ultramarins manquent […] de visibilité sur la quantité et les délais de livraison des masques, de gants, de tests, de lits de réanimation. ». La délégation sénatoriale aux outre-mer, de son côté, a alerté sur le « tsunami économique » qui risque d’affecter les ultramarins.


Des situations diverses

On recense un total de 21 décès et 1 113 cas dont 608 dans l’océan Indien, 343 aux Antilles et 73 dans le Pacifique. Les territoires sont inégalement touchés et les réponses évidemment doivent s’adapter aux situations.

Wallis-et-Futuna est le seul territoire français épargné par le Covid-19. Le conseil scientifique évoque pour ce cas (et pour Saint-Pierre et Miquelon – 1 cas) la possibilité d’un assouplissement avec toujours des quatorzaines préventives et des tests en fin de quatorzaine (qui impliquent que ces territoires obtiennent leur autonomie en la matière) et le suivi dans les pays limitrophes. «L’idée est d’isoler sanitairement les territoires plutôt que leurs habitants. »

La Nouvelle- Calédonie qui compte 18 cas, semble à ce jour respecter les préconisations du conseil, mais doit constituer ses moyens pour envisager de sortir progressivement du confinement. Dans la région Pacifique, c’est Tahiti qui est la plus touchée avec 55 cas recensés. Confinement et couvre-feu ont été prolongés jusqu’au 29 avril.

Dans l’océan Indien, La Réunion compte 391 cas, mais aucun décès. Le confinement a été renforcé : les plages, les sentiers, les littoraux sont désormais interdits. La crainte la plus aiguë concerne Mayotte. L’île compte 217 cas détectés, pour trois morts, au sein d’une population de 250 000 individus, dont 80 % vivent sous le seuil de pauvreté et 30 % n’ont pas accès à l’eau potable. Là-bas, le dépistage systématique pour tous les arrivants est en réflexion. Il est aussi préconisé de ne réserver les services hospitaliers qu’aux cas les plus graves. 28 personnes de la réserve médicale sont parties en renfort.

L’inquiétude est également grande aux Antilles. La Martinique recense 157 cas et 8 décès, la Guadeloupe 145 cas, et également 8 décès. Sur le continent sud-américain, la Guyane est moins touchée avec 88 cas. Mais c’est l’orpaillage qui inquiète. « Sur le Haut-Maroni, les allées et venues de pirogues d’orpailleurs clandestins, en provenance pour la plupart du Brésil, se multiplient sans aucun respect du confinement. Elles font craindre une propagation accélérée du virus parmi les Amérindiens. »

Dans le cadre de l’opération Résilience, deux porte-hélicoptères sont déployés dans l’océan Indien et sur la zone Antilles-Guyane. Ils transportent du matériel sanitaire, apportent un soutien logistique notamment en matière de sécurité civile. Les hélicoptères pourront réaliser, en cas de besoin, des évacuations sanitaires rapides. Un gros porteur sera par ailleurs déployé dans notre bassin, à Tahiti, avec des renforts militaires, une équipe spécialiste de décontamination. Il aidera aussi pour les Évasan, le déploiement, si nécessaire, d’unités sanitaires dans les îles et éventuellement à d’autres missions dans la région.

A.B. et C.M

©Afp

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