L’horreur, encore

La France a une nouvelle fois été touchée au plus profond d’elle même jeudi dernier quand un terroriste armé d’un camion a commis l’innommable en fonçant sur la foule tuant sur son passage 84 personnes et en blessant plus de 200. Un carnage perpétré symboliquement en pleine célébration de la fête nationale sur la promenade des Anglais à Nice.

C’est ce que l’on appelle une tuerie de masse. L’une des pires perpétrée par un seul homme. Quelques 30 000 personnes assistent au feu d’artifice sur la promenade des anglais quand vers 22 h 45, Mohamed Lahouaiej-Bouhel, un tunisien domicilié à Nice, s’élance sur une route dévolue aux piétons avec son poids lourd blanc de 19 tonnes forçant un barrage policier. Sa course folle s’étend sur prés de deux kilomètres, sur les trottoirs et la route. Et c’est à coup de volant qu’il manœuvre pour faire un maximum de victimes. Sa course est ralentie devant l’hôtel Negresco : un homme en scooter lâche son deux roues, s’accroche au pied du camion et tente d’entrer dans la cabine, en vain. Le conducteur tire à plusieurs reprises sur les policiers qui arrivent. Il fait encore 300 mètres avant de se faire abattre. Sur place c’est un carnage : 84 personnes perdent la vie, plus de 200 sont blessées. Les survivants partent dans un immense mouvement de panique se mettre à l’abri où ils peuvent ; les gens sont séparés, effrayés.

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Les victimes

Les 84 personnes tuées ont toutes été formellement identifiées. On y retrouve des familles en vacances, des niçois, des touristes étrangers, et dix enfants et adolescents sans compter les innombrables victimes psychologiques…

Leur point commun : avoir voulu profiter de la beauté du feu d’artifice sur la magnifique baie de Nice. On citera ce petit garçon de 4 ans, « petit filou qui savait mener son monde », cette grand- mère algérienne qui tenait par la main ses deux petits-enfants lorsque tous trois ont été fauchés, l’adolescente jumelle 13 ans, ce futur papa qui a sauvé sa femme enceinte avant de mourir, ces quatre membres d’une famille de Meurthe- et-Moselle, ces six membres d’une familles azuréenne, cette enseignante et ses deux élèves qui célébraient leur réussite aux examens, ce papa américain et son fils fans de baseball, trois générations de femmes Kazakh, ces frères et sœur originaires de Guadeloupe, ces deux sœurs polonaises de 20 et 21 ans, ou encore la petite brésilienne de 6 ans et sa maman, cet homme en fauteuil roulant….

38 personnes de nationalité étrangère figurent parmi les victimes, elles viennent de 19 pays. Plus de 70 personnes blessées lors de l’attentat sont toujours hospitalisés, 28 personnes sont en réanimation avec un pronostic vital engagé pour 19 d’entre elles. Ce lourd bilan pourrait donc être revu à la hausse.
L’hôpital pour enfants de Lenval a accueilli plus de 30 petites victimes (28 français), six demeurent hospitalisés dont cinq sont encore en réanimation.
Partout les cellules médico-psychologiques fonctionnent à plein régime. La reconstruction des victimes et témoins de l’attentat de Nice sera longue et compliquée.

La ministre de la Santé Marisol Touraine a assuré mardi que le Fonds d’aide en charge de l’indemnisation des victimes recevrait les financements nécessaires. « Toutes les personnes qui ont besoin d’être indemnisées seront indemnisées. Évidemment l’État sera aux côtés des victimes, de toutes les victimes ».

L’enquête

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Une semaine après l’attentat, l’enquête progresse pas à pas. Si les motivations de Mohamed Lahouaiej Bouhlel restent troubles, le caractère prémédité de ses actes ne fait plus de doute.

L’attentat avait été « pensé et préparé au moins dans les jours précédant le passage à l’acte », a déclaré lundi le procureur de la République de Paris, François Molins.

Le 4 juillet, le Tunisien de 31 ans a pris contact avec une société de location et réservé le camion pour la semaine du 11 juillet. Il a effectué des « repérages » et, dans les heures précédant l’attaque, pris des selfies avec son camion sur la promenade des Anglais.

L’analyse de son ordinateur a par ailleurs montré la trace de plusieurs recherches Internet depuis le 1er juillet concernant les festivités à Nice, mais aussi des recherches de vidéos sur de « terribles » ou « horribles » accidents de la circulation, ainsi que sur une adresse d’armurerie à Nice. Un article faisant référence à un chauffard ayant volontairement foncé sur la terrasse d’un restaurant du port de Nice le 31 décembre a été retrouvé.

Mohamed Lahouaiej Bouhlel avait tenté de contracter un prêt à la consommation de 5 000 euros qui lui a été refusé le 28 juin. Il a également essayé de retirer 1 000 euros le 14 juillet à un distributeur automatique de billets, mais n’a pu retirer que 550 euros. Il a aussi vendu son véhicule la veille des faits et l’on sait qu’il avait envoyé récemment une somme importante à sa famille en Tunisie.

Son attrait pour la mouvance islamique radicale semble récent et aucun élément de l’enquête ne démontre à ce stade l’allégeance de Mohamed Lahouaiej Bouhlel à l’État Islamique même si l’attentat a été revendiqué par l’organisation. Les témoignages font état d’un individu très éloigné des considérations religieuses, ne pratiquant pas la religion musulmane, mangeant du porc, buvant de l’alcool, consommant de la drogue, ayant une vie sexuelle débridée, et étant particulièrement violent à l’égard de son épouse et de ses enfants.

Il avait en revanche fait des recherches quasi quotidiennes depuis le 1er juillet de sourates du coran, mais aussi sur les fusillades d’Orlando et de Dallas, ainsi que sur l’attaque de Magnanville (Yvelines) et s’était fait poussé la barbe depuis 8 jours. Les enquêteurs ont trouvé dans son ordinateur des photos en lien avec l’Islam radical, en particulier des combattants arborant le drapeau du groupe terroriste Daech mais aussi des couvertures du journal Charlie Hebdo, des photos de Ben Laden et du chef djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar.

Gardes à vues

Depuis le 14 juillet, six personnes ont été placées en garde à vue, soupçonnées d’avoir pu être contact avec l’auteur de l’attentat ou d’avoir pu lui apporter une aide logistique. L’un d’entre eux a été relâché. Deux hommes ont vu leur garde à vue prolongée au-délà de 4 jours: un homme de 40 ans présenté comme une vieille connaissance et un homme de 22 ans, destinataire d’un SMS envoyé par le terroriste dans les minutes précédant son passage à l’acte le félicitant du pistolet qu’il lui a donné la veille, et évoquant la fourniture de cinq autres armes pour « une personne et ses amis ». Les enquêteurs ont trouvé chez ce jeune homme plus de 2500 euros et 200 grammes de cocaïne. Dans ses auditions, il a désigné le fournisseur du pistolet comme étant un Albanais de 38 ans, en garde à vue depuis dimanche avec sa compagne.

Aucune de ces personnes entendues dans les locaux des services antiterroristes à Levallois- Perret, près de Paris n’étaient connues des services de renseignement.


Réponse de l’Etat 

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AFP/TF1

Six jours après l’attentat de Nice, l’Assemblée nationale a décidé de prolonger l’état d’urgence pour six mois contre les trois mois annoncés à l’origine par le président de la République. Un régime qui on le rappelle, facilite les perquisitions et les assignations à résidence et est en vigueur depuis les attaques du 13 novembre 2015 à Paris. En plus de l’arsenal législatif déjà créé ces deux dernières années et des mesures mises en œuvres au niveau des effectifs et des moyens de lutte contre le terrorisme et de protection des français, le gouvernement a annoncé le maintien à haut niveau de l’opération Sentinelle (10 000 militaires, ainsi que des gendarmes et policiers) et surtout indiqué qu’il ferait appel à la réserve opérationnelle, un vivier de citoyens volontaires et d’anciens gendarmes ou militaires pour venir soulager les effectifs de policiers et de gendarmes eux même soumis à rude épreuve entre l’état d’urgence, les attentats, et l’Euro.

En vue d’en compléter les effectifs, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur, a aussi lancé, samedi, un appel à « tous les Français patriotes qui le souhaitent », à rejoindre cette réserve.

Il s’agit surtout, durant la période estivale, de travailler sur le contrôle des frontières, la protection des lieux touristiques, les plages et les grandes manifestations. François Hollande a par ailleurs évoqué le renforcement des actions en Syrie et en Irak et lancé un appel à résister à la peur instaurée par le terrorisme. « Je dois dire aux Français qu’ils doivent vivre et montrer cette capacité de résistance, cette conviction que nous sommes la France et que nous ne mettons pas un genou à terre alors même que l’on veut nous frapper ».


Hommages

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Après l’attentat de Nice, un deuil national de trois jours a été décrété par le président de la République. Les drapeaux ont été mis en berne et hissés à mi-mât des édifices publics. Des temps d’hommages et de recueillement ont été respectés partout sur le territoire national, le plus important ayant eu lieu évidemment sur la promenade des anglais. Depuis l’attaque des milliers de fleurs, de bougies et de messages ont été déposés, un tas de pierres et de détritus s’est aussi construit à l’emplacement ou le terroriste a trouvé la mort. Lundi, une immense foule (42 000 personnes) s’est rassemblée à midi sur la grande artère du bord de mer dans une atmosphère particulièrement lourde. Une marseillaise a été chantée, Manuel Valls a été hué, les représentants de la sécurité civile et les pompiers acclamés.

Des hommages ont lieu dans toutes les villes de l’Hexagone, en Outre-mer, de l’Europe à l’Australie en passant par les États-Unis. À Nouméa, un nouveau moment de recueillement et de solidarité a eu lieu ce jeudi à midi au kiosque à musique.

C.M Avec l’AFP 

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