Les syndicats de salariés déterminés

En pleine crise, les organisations de salariés gèrent les sollicitations de leurs adhérents, qui se multiplient, assurent qu’ils veilleront au respect des règles et veulent avoir leur place à la table des discussions.

Après les chefs d’entreprise, en première ligne au plus fort des exactions et des incendies, l’onde de choc s’est rapidement étendue aux salariés. Certains ont été licenciés. D’autres mis en chômage partiel. Et puis, il y a ceux qui ne peuvent, encore aujourd’hui, se rendre sur leur lieu de travail « ou qui ne savent pas ce qui les attend », glisse Jean-Marc Burette, secrétaire général de l’Usoenc, qui veillera à la bonne application du droit de retrait. « Des salariés ont vécu un traumatisme, n’osent plus sortir de chez eux ou sont en dépression. L’économie c’est important, mais il faut le faire avec beaucoup d’humanité, nous demandons aux patrons d’accompagner. »

L’USTKE a mis en place une banque alimentaire, une mesure d’urgence, pour soutenir ses adhérents les plus en difficulté. « Un circuit solidaire s’est créé avec les familles de Brousse et des îles, des salariés dans différentes communes s’organisent pour épauler les plus nécessiteux », explique Mélanie Atapo, présidente.

Aujourd’hui, la première des préoccupations concerne les revenus. Si « les salaires ont globalement été pris en charge en mai », note Christophe Coulson, président de l’UT CFE-CGC, cela s’annonce bien plus tendu pour les mois à venir. « La Nouvelle-Calédonie n’a pas les moyens de payer le chômage et l’État continue de dire que ce sera un pour un. Nous sommes inquiets. » La démarche est incomprise. « L’État n’a pas assumé son rôle vis-à-vis de ses ressortissants », estime Jean-Pierre Kabar, secrétaire général de la Cogetra.

ÉVITER LES ABUS

Les points de vigilance sont multiples : les syndicats veulent éviter, dans la mesure du possible, qu’une crise sociale et sanitaire ne s’ajoute à la crise économique. Il est question de maintien du pouvoir d’achat, de contrôle des prix pour éviter l’inflation, de « réviser les dispositifs de formation, de reconversion et de réinsertion pour voir comment on accompagne les salariés », détaille Francisco Sione, vice-président de l’Usoenc, qui a sollicité la mise en place d’une cellule d’aide psychologique et administrative pour les salariés. Sachant que des outils de formation ont également été détruits.

Le principal ? « Pouvoir continuer à se nourrir, être logé et se soigner », considère Jean-Marc Burette. L’Usoenc a également réclamé « une bienveillance » de la part des banques envers les salariés, notamment concernant les crédits immobilier et voiture. Et auprès des assurances. « Il y a des dégâts chez les particuliers, et ça n’a pas été pris en compte. L’État met des moyens pour les entreprises, pourquoi pas pour les salariés ? »

Surtout, il s’agit de maintenir l’emploi partout où c’est possible. Les organisations vérifieront que « tout se fasse dans les règles. On sait, on le voit déjà au niveau des prix, que certains employeurs ne se gênent pas pour profiter du système. Notre rôle est aussi de s’assurer que tout le monde reste dans les clous, par exemple continuer de payer les salariés quand on est indemnisés, ne pas abuser du chômage partiel… », anticipe Jean-Pierre Kabar.

RÉFORMER

Afin de tenir ces rôles, les syndicats de salariés, qui n’étaient pas associés aux discussions sur la crise au début, ont tapé du poing sur la table, regrettant de ne pas être « assez considérés dans les travaux à mener », insiste Christophe Coulson. « Les syndicats ont été ignorés et mis de côté, poursuit Jean-Marc Burette, et on l’a fait savoir. C’est important d’exprimer la voix des salariés, on ne veut pas être oubliés. »

Les structures ont finalement été reçues et devraient participer aux chantiers à venir. « Il faudra se pencher sur l’équilibre du système social, allocations familiales, retraites, etc., qui va être touché dans les mois qui viennent », pointe Jean-Pierre Kabar. La réforme du Ruamm est urgente, insiste Christophe Coulson. « Il est nécessaire de le faire maintenant pour que ça se passe le plus vite possible. »

Ticket modérateur, 100 F sur la boîte de médicament, taxe sociale… Face aux destructions d’emplois, il s’agit de trouver d’autres sources de financement du système que par le travail. « Pour sauver le régime, il faut aussi réduire les dépenses. Si les réformes ne sont pas faites, c’est la fin du système. » Le secrétaire général de la Cogetra propose même, vu la situation financière du territoire, que pendant une « période transitoire », la Nouvelle-Calédonie soit déchargée par l’État de certains secteurs : « on pense surtout à celui des hôpitaux publics et privés ».

Viendra le temps, ensuite, de réfléchir à un nouveau modèle, à la construction d’un projet de société que tout le monde appelle de ses vœux. « Ça va être difficile, il faudra que chaque partie prenante fasse une remise en cause sincère et prenne les bonnes décisions pour la jeunesse, analyse Mélanie Atapo. Mais c’est une occasion de reconstruire différemment, en faisant un état des lieux de ce qui a marché et pas marché et réfléchir à ne pas reproduire les mêmes déséquilibres. »

Anne-Claire Pophillat