Les réservations vers la Métropole s’envolent

Alors que le territoire vivait sous cloche depuis de longs mois, la levée des motifs impérieux le 1er décembre a donné des ailes aux Calédoniens qui se sont rués sur les réservations. La plupart des billets d’avion actuellement vendus sont pour la Métropole, seule destination possible avec la Polynésie.

Chez Aircalin, les réservations des billets vers la Métropole ont explosé quelques jours avant la levée des motifs impérieux. Preuve que les Calédoniens ont soif de dépaysement, même si pour l’instant ils n’ont quasiment pas le choix de la destination, puisque seules la Métropole et la Polynésie sont facilement accessibles. « Nous recevons beaucoup de demandes de passagers qui souhaitent se rendre en Australie, sachant qu’un vol commercial par semaine vers Sydney est proposé par Aircalin jusqu’à fin mars. Mais pour le moment, cette destination est réservée aux détenteurs du passeport australien et à certains étudiants », précise Émilie Loussot, responsable développement tourisme chez Pacifique Lagon Voyages.

Si l’Australie tolère l’entrée de quelques passagers, il est totalement impossible de se rendre en Nouvelle-Zélande, aux Fidji ou au Vanuatu. Quant à Wallis-et-Futuna, l’entrée est soumise à l’autorisation de l’administration locale. Certaines frontières dans le reste du monde ouvrent néanmoins au compte-gouttes et l’agence de voyages reçoit quelques demandes pour les USA, le Canada ou encore la Thaïlande. « Toutefois, selon l’évolution de la pandémie, nous ne sommes pas à l’abri que les frontières se referment et que les voyageurs soient bloqués sur place », avertit Émilie Loussot, qui préconise aux clients d’attendre la levée officielle des restrictions pour acheter des billets hors Europe et Polynésie.

Bonnes affaires

Concernant les tarifs, c’est plutôt une bonne surprise pour les consommateurs puisque le prix des billets est globalement le même qu’avant la crise. Les voyageurs disposant d’un avoir peuvent, dans la plupart des cas, le réutiliser sans surcoût important. Il est aussi possible de faire des bonnes affaires pour peu que l’on soit flexible car, en dehors des vacances scolaires, les vols ne sont pas toujours pleins. « Par ailleurs, pour inciter les passagers à réserver sans crainte, Air France propose une politique très souple de modification et d’annulation des billets pour les voyages jusqu’au 30 juin 2022, permettant de réserver sereinement son voyage sans craindre de conséquences financières graves en cas d’annulation des vols », précise Émilie Loussot, qui se dit « ravie » de retrouver sa clientèle.

Si les Calédoniens sont désormais nombreux à retrouver le chemin de l’aéroport, les touristes restent très frileux à nous rendre visite. Cette situation se traduit par un déséquilibre du coefficient d’occupation entre les vols aller et retour. « Entre mi-décembre et mi-janvier, ce coefficient est de 90 % de Nouméa vers Tokyo et seulement 20 % sur les vols retours. Logiquement, c’est l’inverse de mi-janvier à mi-février lorsque les gens rentrent. Ce sont donc des vols qui consomment beaucoup de trésorerie. Combien de temps allons-nous pouvoir tenir ainsi ? C’est un vrai sujet de difficulté », détaille Didier Tappero, directeur général d’Aircalin. La compagnie se donne jusqu’à la fin de la haute saison pour faire le point et, éventuellement, ajuster le niveau d’activité qu’elle pourra maintenir.

 


Le site web d’Aircalin fait peau neuve

Aircalin a diffusé sa nouvelle plateforme internet, mardi. Plus complète, plus simple d’utilisation, elle possède aussi un nouvel espace client. Le site de la compagnie internationale propose des contenus inédits sur le territoire et se positionne comme une véritable vitrine touristique sur l’ensemble des marchés internationaux. Aircalin anticipe en attendant le retour à la normale du trafic aérien.

 


Trois questions à… Didier Tappero, directeur général d’Aircalin

« Nous sollicitons l’État pour obtenir des aides à la reprise économique »

 

DNC : Où en êtes-vous du remboursement des billets ?

Didier Tappero : La campagne de remboursement a débuté en mars cette année, soit un an après les premiers vols suspendus, comme la compagnie s’y était engagée. À ce jour, l’ensemble des passagers qui le souhaitaient, soit 44 % des voyageurs concernés, ont été remboursés. Cela représente 36 959 billets d’avion soit 2,6 milliards de francs exactement. L’autre partie des voyageurs a préféré l’avoir bonifié ou la prolongation de 12 mois de la validité de leur billet. Sur l’ensemble des demandes il n’y a eu qu’une seule action en justice. Je le prends comme une marque de confiance et remercie les Calédoniens de leur soutien.

Comment se porte actuellement la compagnie ?

Vous le savez, pour faire face à la situation, nous avons eu recours à un plan de départs volontaires et à un non-renouvellement de contrats. Au final, cela correspond à une diminution d’environ 20 % des effectifs de l’entreprise. Il y a aujourd’hui environ 400 employés et nous ne pouvons descendre en dessous, car nous anticipons la reprise. Nous embauchons actuellement pour reconstituer le noyau dur. L’enjeu est de garder nos compétences tout en maintenant des effectifs resserrés, nous ne pouvons pas encore parler de reprise économique.

Quelles sont les perspectives pour l’année prochaine ?

Selon nos hypothèses, nous pourrions retrouver 40 % d’activité par rapport à 2019. C’est une ouverture par rapport à 2020 et 2021 où nous étions à 20 %. Cependant, après 20 mois d’efforts pour maintenir la compagnie opérationnelle, nous savons que l’année prochaine sera compliquée. Nous sollicitons donc l’État pour obtenir des aides à la reprise économique. La compagnie était bénéficiaire avant la crise, elle est aujourd’hui opérationnelle, mais nous demandons un coup de pouce pour surmonter cette période. Est-ce que l’on veut conserver un transport aérien ou pas en Calédonie ? C’est la question que je pose aujourd’hui. Pour l’heure, je n’ai pas encore de réponse de l’État et donc pas de solution pour financer cette reprise économique, mais j’y travaille.

 


Air Calédonie accuse le coup

Pour attirer les clients, Air Calédonie compte relancer les promos « Happy jeudi ».

Si la levée des motifs impérieux a redonné une bouffée d’oxygène à Aircalin et aux agences de voyages, elle fait plutôt tousser Air Calédonie. « Les gens se sont un peu plus tournés vers l’international, ce qui était prévisible. Ils voyagent moins localement et, malgré les grandes vacances, la situation n’est clairement pas revenue à la normale. On a moins de vols et moins de monde dans les avions », regrette Marion Gentelet, directrice commerciale chez Air Calédonie.

La compagnie domestique, qui a clairement observé une baisse des réservations la semaine précédant le référendum, doit maintenant composer avec les restrictions de vols imposés par les coutumiers de Maré qui invoquent des raisons sanitaires. Résultat : environ la moitié des trajets vers Nengone sont annulés. « La demande vers Lifou est un peu plus importante, mais ça vivote un peu aussi. Nous avons une très petite demande vers Koné et les vols vers Touho n’ont pas repris », complète Marion Gentelet. Pour redynamiser le secteur, la compagnie devrait, dès le mois de janvier, relancer les offres promotionnelles « Happy jeudi ».

 

Virginie Grizon (© Anthony Roudeillac)

 

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