Les petits pas de la politique de l’eau

La Mission interservices de l’eau organisait, le 26 novembre, la deuxième édition du Forum de l’eau. L’idée de cet exercice participatif était de définir les priorités pour la mise en œuvre de la politique de l’eau partagée pour 2020. Si la politique est relativement ambitieuse dans le sens où elle aborde l’ensemble des volets touchants à l’eau, la concrétisation de cette politique essentielle à plus d’un titre prend du temps.

Une fois encore, la grande salle de conférence de la CPS était archicomble durant cette deuxième édition du Forum de l’eau. Le dernier rendez-vous, qui s’était tenu en avril 2018, avait consisté à réunir l’ensemble des acteurs afin de dresser un état des lieux des problématiques. Ce travail, qui avait largement mobilisé, a débouché sur la publication du schéma d’orientation pour une politique de l’eau partagée de la Nouvelle-Calédonie, un document de référence qui recueille l’ensemble des constats et des problématiques, mais également les orientations stratégiques, les actions concrètes ainsi que les objectifs transversaux. La réunion a permis à la Mission interservices de l’eau (Mise) de faire le point sur l’avancée des différents chantiers ainsi que de restituer le travail réalisé au sein des ateliers participatifs conduits sur les sites pilotes de Hienghène, Maré, Boulouparis et La Foa.

Pour rappel, la politique de l’eau a été déclinée autour de six grands objectifs stratégiques que sont la sanctuarisation de la ressource, la fourniture de 150 litres d’eau potable par jour à chaque Calédonien, la sensibilisation et l’information, le traitement des eaux usées, la prise en compte de l’eau dans les projets d’aménagement et la maîtrise de la consommation d’eau par l’agriculture. Chaque équipe a détaillé les réalisations de 2019 pour son objectif et donné quelques perspectives pour 2020. Si un travail important a déjà été effectué, force est de constater qu’il reste encore beaucoup de pain sur la planche.

Une approche participative

La Mise a proposé une approche participative au travers de groupe de travail dans trois régions pilotes. Cette méthode cherche à répondre au besoin d’impliquer l’ensemble des acteurs et pas seulement les institutions. La population, dont les comportements ont des conséquences majeures sur la ressource en eau, doit également s’approprier la politique de l’eau.

Le lancement du programme PROTEGE, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la Communauté du Pacifique, va grandement aider à l’avancement de la politique de l’eau partagée (PEP). Ce programme vise aider les territoires du Pacifique à trouver une trajectoire durable de développement tout en créant des réseaux entre les différents territoires. Le programme porte sur différentes thématiques et notamment l’eau. Une enveloppe de 877 millions de francs sur quatre ans est prévue uniquement pour ce volet. La plupart des objectifs stratégiques de la PEP ont d’ailleurs parfaitement intégré le programme, profitant de son lancement et du déblocage de fonds.

Au-delà du constat, la politique de l’eau est une politique coûteuse et si l’Union européenne dispose de financements, c’est nettement moins vrai pour la Nouvelle-Calédonie et, plus généralement, pour l’ensemble des collectivités dont les marges de manœuvre budgétaires sont plutôt limitées. Les estimations suggèrent que près de 7,5 milliards de francs sont consacrés chaque année à la gestion de l’eau. Pour mener à bien les projets de la PEP, un financement compris entre 10 et 13 milliards de francs sera nécessaire sur une vingtaine d’années. La question du financement sera donc cruciale et loin d’être acquise, d’autant que la gestion de l’eau n’apparaît pas nécessairement comme une priorité pour les communes. Le retard accumulé en matière de traitement des eaux usées est particulièrement frappant. Point positif, le changement d’exécutif ne semble pas avoir entamé la volonté des membres du gouvernement de faire avancer le dossier en assurant une certaine continuité.

Une ambition, des moyens… La réalité

Mais comme le précise la conclusion du schéma d’orientation, ce dernier ne « constitue pas un aboutissement, mais une première étape de la politique de l’eau partagée. Il devra s’adapter aux moyens qui lui seront attribués ». Autrement dit, l’ambition devra se confronter à la réalité. Et en la matière, on peut avoir quelques craintes. On peut prendre l’exemple de la réutilisation de l’eau rejetée par les stations d’épuration. C’est tout particulièrement le cas des deux dernières stations d’épuration de Nouméa dont la technologie avait été en partie justifiée par la possibilité de réutiliser l’eau, pour l’arrosage urbain, par exemple. Près de sept ans après les premiers raccordements, les eaux usées ont seulement servis à arroser les massifs de plantes ceignant l’installation.

Cette question, de la réutilisation de l’eau, tient toutefois à autre chose que la seule bonne volonté des équipes municipales. La réglementation est totalement obsolète ou alors inexistantes. Si plusieurs études ont été réalisées, aucune suite n’a jamais été donnée par les précédents exécutifs. C’est donc un gros travail sur le cadre réglementaire qui reste à accomplir.

M.D.

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