Successivement usine sucrière, internat, institut agricole et séminaire, le foyer Saint-Léon, couramment appelé « ancien pensionnat Saint-Léon », à Païta, a connu de nombreuses affectations. L’association Témoignage d’un passé retrace son histoire à l’occasion du mois du patrimoine.
Difficile d’imaginer, en passant devant l’ancien pensionnaire Saint-Léon, que le bâtiment abritait autrefois une usine sucrière. L’architecture actuelle, avec sa rangée de fenêtres sur deux étages, laisse penser que l’édifice a toujours accueilli des écoliers.
C’est oublier qu’entre 1872 et 1875, la commune de Païta a servi de terrain d’expérimentation pour la culture de la canne à sucre. Encouragés par l’essor de l’industrie sucrière à La Réunion, 19 colons libres, les « colons Paddon » demandent à la mission catholique, à qui appartient ce terrain, de construire une usine à sucre. « Leurs cultures ne suffisaient plus à répondre à leurs besoins, donc ils pensaient que ce pourrait être une solution à leurs problèmes », explique Marina Minocchi, responsable du musée rural de Païta pour l’association Témoignage d’un passé.
Mais l’expérience n’est pas concluante. La présence de sauterelles, le manque d’expérience et les frais importants de production conduisent à la fermeture de la structure.
FÂCHEUX DÉBUT
En 1883, Monseigneur Fraysse, arrivé en Nouvelle-Calédonie dix ans plus tôt, décide de créer un pensionnat et une école dans les locaux de cette ancienne usine. Les machines laissent alors place à des lits et des bureaux pour une trentaine de jeunes garçons, sous la direction des Frères maristes.
Malheureusement, au fil des années, le bâtiment devient insalubre et « les enfants attrapent des maladies ». Plus précisément, dans les archives des Frères maristes, on peut lire que « presque tous » les pensionnaires furent atteints de grandes plaies ulcéreuses aux jambes, qui « résistèrent longtemps aux traitements les plus assidus ». Les parents s’inquiètent, jusqu’à vouloir retirer leurs enfants de l’établissement. Si au bout de quelques mois, le mal fut résorbé, il fallut plusieurs années pour améliorer la réputation du pensionnat.
Dès 1903, l’administration, qui accordait des bourses à une trentaine de fils de fonctionnaires, retira progressivement ces aides pour les transférer au collège laïque. Le nombre d’internes diminue, jusqu’à la fermeture de l’établissement.
FORMER LE CLERGÉ
Un don offert à la mission catholique par la famille Ballande, quelques années plus tard, en 1911, permet de relancer la machine. Dans le même temps, une société catholique d’enseignement populaire est créée, afin de promouvoir la formation agricole et industrielle. Le pensionnat devient alors « Institution Saint-Léon ». Une écurie, une porcherie et un bassin réservoir viennent compléter les installations.
Délaissé progressivement en faveur de l’école Sacré-Cœur de Nouméa, l’établissement connaît une nouvelle vie lors de la Seconde Guerre mondiale. « Jusqu’en 1945, il va être réquisitionné par l’administration de la France libre, pour y accueillir la deuxième compagnie de fusiliers voltigeurs », explique Marina Minocchi.
Sitôt la guerre finie, l’institut est retiré aux Frères maristes et les Pères maristes prennent les commandes du bâtiment afin de créer un séminaire. Ils formeront le clergé local jusqu’en 1967. Plusieurs personnalités, comme Jean-Marie Tjibaou, Éloi Machoro, Gabriel Païta, Roch Wamytan et Raphaël Mapou, ont été formés dans cet établissement.
Jusqu’à sa fermeture, à la rentrée 2026, le bâtiment, devenu le foyer Saint-Léon, a continué d’accueillir des élèves en internat, près de 150 ans après sa construction.
Nikita Hoffmann
Découverte ludique
À l’occasion du Mois du patrimoine, l’association Témoignage d’un passé animera, samedi 22 août, un jeu de piste sur le site de l’ancien pensionnat Saint-Léon. Contrairement aux autres années, où une visite guidée était généralement organisée, cette édition sera réalisée sous forme ludique. Enfants et adultes devront retrouver « le carnet perdu du frère Auguste », à travers des épreuves au cours desquelles ils en sauront davantage sur les différentes activités du pensionnat.
Monument historique
En 2011, la province Sud a classé, au titre des monuments historiques, les façades et le plancher du pensionnat Saint-Léon. Ils font partie, avec la tombe de James Paddon, des deux monuments historiques classés de la commune de Païta.

