Alors que la Nouvelle-Calédonie réfléchit à son avenir institutionnel et à la manière de remonter la pente économiquement un an et demi après le début des émeutes, une partie de sa jeunesse, désireuse d’apporter ses solutions, se mobilise et prend place dans le débat public. DNC est allé à la rencontre de certains d’entre eux.
La politique calédonienne, Judickaël, Karim et Steeve admettent ne pas suffisamment s’y intéresser. Ceci étant, « on essaie quand même de suivre un peu l’actualité sur les réseaux sociaux », expliquent ces trois jeunes de 18 et 19 ans. Économie, reconstruction, avenir institutionnel… « Ce sont souvent ces sujets-là qui reviennent sur la table, depuis les émeutes. Nous, on aimerait que les politiques s’intéressent aussi à nous », partage Judickaël. Melesio, 19 ans, partage le même ressenti, avec l’impression que « les politiciens ne veulent pas s’humilier en allant au plus proche de la population. Pourtant, ça leur permettrait de comprendre ce que l’on vit réellement », estime-t-il.
Quand on lui demande s’il a confiance en l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, ce dernier avoue être « un peu mitigé ». Avant de pouvoir entrevoir un quelconque futur, explique-t-il, il faudrait que l’ « énorme division » entre les élus politiques calédoniens se referme. « Cela affecte les populations, car ça nous empêche d’avancer. Abraham Lincoln disait : « Une maison divisée contre elle-même ne peut pas tenir debout », et c’est complètement le cas ici. En termes de développement économique, social… Tant que les politiciens ne trouveront pas un accord, on va stagner. »
RÉFORMER
Pour Félix, 18 ans, la première mesure à prendre d’urgence, en ces temps de disette économique, serait de « réformer à fond ». À commencer par les institutions. « Le Congrès, le gouvernement, les provinces… On en a trop, estime-t-il. À un moment, il va falloir centraliser certains services pour faire des économies. »
Les « efforts » sont à réaliser par chacun, y compris par les politiques. « Le problème, c’est qu’on vit au-dessus de nos moyens », explique-t-il, en prenant pour exemple les frais de déplacement des élus : « La Chambre des comptes a mis en évidence qu’ils représentaient 500 millions par an [entre 2020 et 2024, NDLR]. C’est énorme ! Je pense qu’au lieu de partir en avion discuter avec l’État, ils pourraient très bien le faire par visio. Lorsque j’en ai discuté avec certains élus, ils m’ont répondu qu’il était important de faire preuve de présence, en France. Chacun voit midi à sa porte, en réalité ». L’étudiant met également en avant le « gaspillage d’argent » avec des investissements « inutiles ». « Le projet d’aéroport international à Lifou ou le Wadra Bay, par exemple… C’est un peu la grenouille qui se veut aussi grosse que le bœuf ».
Cet argent dépensé, Félix estime qu’il aurait pu être utilisé à meilleur escient, « au profit de la population pour financer les aides ou pour monter des projets ». Bénévole à l’épicerie solidaire au campus universitaire, il est témoin de la « détresse étudiante ». « Certains boivent uniquement un thé en guise de repas le soir. Ça me choque. Pendant ce temps, les politiques dépensent sans compter, n’y a-t-il pas un problème ? ».
DAVANTAGE D’ACCOMPAGNEMENT
Afin d’améliorer la situation de la jeunesse calédonienne, beaucoup considèrent que l’accès aux formations et à l’emploi doit être la priorité. Selon Marthe, 22 ans, si « beaucoup de choses » existent en ce sens pour aider les jeunes aujourd’hui, « comme la mise en place des services civiques ou la DEL, Direction de l’emploi et du logement, qui nous propose beaucoup de choses », il manque néanmoins une présence dans certains quartiers défavorisés. « Les structures d’aide et d’information sont plus centrées sur Nouméa, mais ne sont pas accessibles à ceux qui n’ont pas le permis ou pas les moyens de se payer le transport. Il faudrait en construire dans ces quartiers-là, afin qu’ils n’aient pas l’impression d’être mis à l’écart », propose-t-elle.
Bien « consciente » que pour certains jeunes, « il est difficile de se concentrer sur l’école » soit « parce qu’ils ne trouvent pas ça intéressant », soit « parce qu’ils pensent que ça ne sert à rien », la jeune femme est convaincue que la mise en place de davantage de structures d’accompagnement scolaire pourrait faire la différence. « Il faut leur montrer qu’aujourd’hui, il est important d’avoir des diplômes, et que c’est cela qui permet par la suite de trouver plus facilement du travail ».
Dans le même ordre d’idées, Angie, 19 ans, propose la mise en place de structures d’accompagnement, à destination des jeunes « livrés à eux-mêmes, qui n’ont pas des parents très présents ». « Peut-être que cela existe déjà, mais on n’en entend pas beaucoup parler. Donc faire de la communication là-dessus serait bien aussi. »
Nikita Hoffmann

