Les indépendantistes prennent la tête du 17e gouvernement

Pour la mouvance indépendantiste, le moment est historique. C’est la première fois, depuis 1984 et le conseil de gouvernement de Jean-Marie Tjibaou, que les indépendantistes prennent la tête de l’exécutif de la Nouvelle- Calédonie. Une reprise en main qui s’est toutefois faite au détriment de l’Éveil océanien. Le parti n’obtient pas de siège au gouvernement, malgré son alliance avec l’UC-FLNKS.

Il n’y avait pas vraiment de suspense pour cette élection du 17e gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Après la démission des indépendantistes entraînant la chute de l’exécutif précédent, le 2 février, les élus du Congrès étaient réunis, mercredi, pour élire un nouveau gouvernement qui sera définitivement installé une fois le président élu et les portefeuilles attribués. Pour cela, les onze membres disposent maintenant de dix jours. Et compte tenu du calendrier, chaque jour compte. Sans l’adoption du budget 2021 avant le 31 mars, le territoire sera placé sous la tutelle du haut-commissariat. Un spectre qui n’a rien de rassurant et pourrait se traduire par des coupes budgétaires à la hache.

Si les listes indépendantistes sont sorties en tête des urnes sans réelle surprise, la répartition des sièges l’est davantage. La liste de l’UNI, tirée par Louis Mapou, a obtenu deux votes de plus que le nombre d’élus du groupe. Il s’agit très probablement de la voix de la représentante du Parti travailliste, Kadrilé Kuiesine-Wright, et d’une voix du groupe Avenir en confiance, Nicolas Metzdorf ayant indiqué qu’il n’avait pas voté pour une liste indépendantiste. Un choix qui a permis à l’UNI d’obtenir un siège supplémentaire et pris de court l’assemblée. De fait, cette bonne surprise pour le parti indépendantiste l’est nettement moins pour l’Éveil océanien, qui siégeait en quatrième position de la liste UC-FLNKS-Éveil océanien. Cette dernière n’obtient que trois places au gouvernement au lieu des quatre qu’elle aurait dû obtenir sans le vote loyaliste en faveur de l’UNI.

Pour l’Avenir en confiance, les dix-huit voix du parti étaient suffisantes pour avoir les quatre sièges qu’il occupait dans le précédent gouvernement. La dix-neuvième voix a donc été employée de manière « utile » pour que l’Éveil océanien (EO) soit écarté. Une sorte de vengeance qui a surpris Milakulo Tukumuli, le président de l’EO, estimant que par cette attitude et ce choix, l’Avenir en confiance a favorisé la constitution d’un gouvernement à « majorité entièrement indépendantiste », l’EO ne se prononçant pas sur la question institutionnelle. La démission de l’un des trois élus UC pourrait toutefois lui permettre de revenir au gouvernement et respecter les alliances passées.

Vote surprise

Du côté de l’UNI, c’est la satisfaction, « d’avoir fait le plein des voix et la surprise d’avoir obtenu deux voix supplémentaires. Nous souhaitons assumer la présidence du gouvernement, a rappelé Louis Mapou. Nous allons en discuter ». Si le vote des Loyalistes ne change pas l’équilibre général de l’élection, elle modifie l’équilibre chez les indépendantistes qui se retrouvent avec une égalité de sièges, remettant en cause le fait que le fauteuil de président revienne automatiquement à l’Union calédonienne. À l’issue du scrutin, les discussions ont rapidement commencé, mais n’ont toutefois pas permis d’aboutir à un accord entre les groupes. La convocation des membres du gouvernement par le haut-commissaire, le jour même à 18 heures, afin d’élire le gouvernement a été reportée faute de majorité.

En dépit de ce vote surprise qui va imposer quelques ajustements, cela ne change pas fondamentalement les choses puisqu’il semble qu’aucun accord n’avait pu être trouvé sur la présidence avant la tenue du scrutin. Forte de sa supériorité numérique, l’UC-FLNKS voyait naturellement la présidence lui revenir. Reste que la candidature de Samuel Hnepeune, le président démissionnaire du Medef-NC, n’était pas du goût de tous les militants. La désignation des candidats a d’ailleurs ravivé les vieilles oppositions entre les différents courants du plus vieux parti calédonien.

Philippe Michel a jugé toutes ces stratégies et « tambouilles » politiciennes « pas à la hauteur des enjeux du moment. Le vrai sujet, c’est, est-ce que l’élection va être possible ? Nous avons besoin d’un gouvernement en place afin d’éviter la mise sous tutelle ». Un message partagé par Samuel Hnepeune, qui souhaite que le gouvernement se mette rapidement en place afin de mener les réformes nécessaires. C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit ce 17e gouvernement, comme en témoigne un courrier signé par l’ensemble des membres indépendantes démissionnaires et l’ancien membre représentant l’EO. Cette lettre, en date du 21 janvier et adressée au gouvernement, préfigure les axes de travail à venir.

Et les réformes sont clairement en rupture avec le gouvernement Santa. Sur le plan fiscal par exemple, la remise à plat des niches fiscales envisagée est nettement plus large que celle du 16e gouvernement. De la même façon, en matière de protection sociale, le déplafonnement des cotisations pour les plus hauts revenus est clairement posé sur la table, une réforme qui pourrait rapporter près de huit milliards de francs. Une politique de relance est envisagée au travers de grands travaux avec la création d’un fonds d’investissement et d’aménagement de la Nouvelle-Calédonie qui pour mission de servir les investissements publics grâce à des financement dédiés. Sur le pouvoir d’achat, le courrier indique encore que les bas salaires seront revus à la hausse. Si le programme comporte des idées de bon sens, certaines mesures auront bien du mal à être portées par la collégialité.

Comme en 1982

Une situation qui n’est pas sans rappeler la situation de 1982, où la FNSC avait porté Jean- Marie Tjibaou à la vice-présidence du conseil de gouvernement. Un conseil qui avait été marqué par une série de grandes réformes telles que l’instauration de l’impôt sur le revenu, les allocations familiales, la création d’Aircalin, le développement du tourisme ou encore l’intégration de la clinique de Magenta au CHT. Reste à savoir précisément quelles réformes seront portées par ce nouveau gouvernement et, avant cela, qui en sera le président. Le prochain exécutif ne sera opérationnel qu’avec un président et des portefeuilles attribués.

M.D.

En photo les onze membres du 17ème gouvernement élus le mercredi 17 février : (de gauche à droite) Gilbert Tyuienon (UC-FLNKS-EO), Mickael Forrest (UC-FLNKS-EO), Samuel Hnepeune (UC- FLNKS-EO), Yannick Slamet (UNI), Louis Mapou (UNI), Joseph Manaute (CE), Thierry Santa (AEC), Isabelle Champmoreau (AEC), Yoann Lecourieux (AEC), Adolphe Digoué (UNI), Christopher Gyges (AEC).

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