Les indépendantistes hors-champ ?

Les élus Kanaky NC tout comme ceux de l’UNI tiennent à bâtir des réformes pour le redressement de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi par respect de leur ADN politique respectif. (©Yann Mainguet)

Face à la nouvelle majorité Loyalistes-Le Rassemblement-LR-Éveil océanien, les indépendantistes revendiquent une position, non pas d’opposition, mais de co-construction de réformes. L’attitude des forces pro-Kanaky s’inscrit aussi dans un mandat particulier, qui pourrait être écourté.

Il n’y avait pas beaucoup de suspense. À la suite d’un consensus trouvé en amont, les élus du Congrès ont adopté, mardi 21 juillet, à l’unanimité, la délibération fixant le nombre de membres du 19 gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. À savoir onze, soit le maximum autorisé, retenu à chaque mandature depuis 1999, à une exception près. Les négociations vont bon train désormais. Le Congrès sera convoqué en séance publique, vendredi 31 juillet, pour procéder à l’élection de ces représentants de l’exécutif, la date limite de dépôt des listes de candidats étant fixée à ce samedi 25 juillet.

Une nomination est déjà sûre et certaine. Après des élections provinciales fin juin n’ayant pas débouché sur une assiste politique forte, un « accord de gouvernance » a été signé pour la mandature 2026-2031 par Les Loyalistes, le Rassemblement-LR et l’Éveil océanien, avec une répartition des postes clés : à Virginie Ruffenach la présidence du Congrès, à Veylma Falaeo celle de la commission permanente de l’institution, et à Milakulo Tukumuli la tête du gouvernement.

Cette majorité, formée par 28 voix sur 54 boulevard Vauban, ou six fauteuils sur 11 dans l’immeuble le Lys rouge, place donc ces cadres loyalistes et centristes dans une position confortable lors de la distribution des portefeuilles gouvernementaux. Les « gros » secteurs, tels que les finances, le budget ou encore l’enseignement et la stratégie minière, étant à coup sûr réclamés. Par effet ricochet, l’espace réservé aux indépendantistes, minoritaires, et surtout leur rôle posent question.

Le portage des dossiers de la santé, accordé à un membre de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) depuis au moins trois exercices, le sera-t-il toujours, par exemple ? La ventilation des domaines va nécessairement apporter un éclairage sur les rapports de force.

« LE PLUS GRAND GROUPE »

Sitôt l’élection de Virginie Ruffenach, du Rassemblement-LR, au perchoir du Congrès vendredi 10 juillet, le camp indépendantiste avait exposé sa ligne de conduite. « Il n’y a pas d’opposition. Nous nous inscrivons dans une démarche de co-construction », avait indiqué Pierre-Chanel Tutugoro, président de Kanaky NC, qui, « je le rappelle, est le plus grand groupe au Congrès avec 19 élus. Nous avons cette responsabilité de faire les réformes pour lesquelles nous nous sommes engagés pendant la campagne ».

Même son de cloche du côté de l’UNI. « Nous sommes là pour travailler. Nous ne sommes pas là pour faire de l’opposition systématique », a souligné sa consœur, Valentine Eurisouké. Le rapprochement de l’UNI et de Kanaky NC pour défendre ensemble la candidature – malheureuse – de l’UC Dominique Fochi à la présidence du Congrès pourrait trouver des lendemains. En l’occurrence, par un traitement en commun des réformes travaillées par ces mêmes groupes, de l’avis d’élus de cette sensibilité. L’idée ne serait donc pas de s’opposer de front à une majorité composite, mais d’afficher une solidarité sur des enjeux majeurs.

Sur quelles bases ? Le groupe Kanaky NC avait pris la plume au soir du vendredi 10 juillet, déterminé à ne plus voir se « reproduire les schémas qui ont favorisé la division et les inégalités qui clivent nos populations et nuit profondément au contrat social de notre communauté de destin ». Le principe d’« offrir plus de justice sociale et des perspectives à ceux qui ne peuvent plus faire preuve de résilience » est présenté comme le moteur de l’action politique. Au passage, Pierre-Chanel Tutugoro avait condamné « le choix du verrouillage politique » de la nouvelle majorité. Valentine Eurisouké, de l’UNI, reste en alerte. « S’il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord, nous le ferons savoir ».

PAS DE PANIQUE

Les indépendantistes veulent bâtir et voter des réformes pour satisfaire les promesses faites à leur électorat respectif et, plus largement, séduire les indécis. Ce vœu, qui s’appuie sur le travail et la patience, est formulé au lancement d’un mandat particulier. Pour deux raisons. La majorité Loyalistes-Rassemblement-LR-Éveil océanien tiendra-t-elle, tout d’abord ? Au regard des récentes expériences d’une durée relative, les forces pro-Kanaky ne paniquent pas et attendent peut-être le jour d’un nouveau renversement de l’échiquier politique.

Si, enfin, les élus s’accordent, après les élections présidentielle et législatives en 2027, sur l’avenir institutionnel, le retour à la case élections sera évident. Avec, de fait, des résultats possiblement différents.

Yann Mainguet