La CAP-NC, Chambre d’agriculture et de la pêche, en collaboration avec l’Agence rurale et la Technopole, travaille au développement de nouvelles cultures. Alors que la demande en maïs diminue, la diversification des plantations céréalières et d’oléagineux est un enjeu majeur pour trouver des revenus supplémentaires. Elle permet, en outre, d’optimiser la souveraineté alimentaire et de contrer l’augmentation des prix des importations, qui a doublé ces dernières années. Le sorgho, le soja et le tournesol sont des marchés envisagés.
- LE SORGHO, PEU VORACE EN EAU
Similaire au maïs, le sorgho est une céréale qui nécessite peu d’eau pour pousser. Il est semé en saison chaude, contrairement au maïs, qui est planté en saison fraîche. Un avantage pour les agriculteurs, puisque cela leur « permet d’avoir deux cultures de rente sur une année », explique Mathilde Hanoun, responsable du centre de recherche et d’expérimentation agronomique et du centre de technique en expérimentation maraîchage de la Technopole.
En septembre 2025, du sorgho a été planté sur des exploitations de Bourail et Pouembout – sur une quarantaine d’hectares au total – puis à la station zootechnique de Port-Laguerre, en décembre 2025. Si certains agriculteurs avaient déjà l’habitude d’utiliser les tiges et les feuilles de sorgho fourrager comme couvert végétal pour protéger leurs parcelles après la récolte du maïs, c’est aujourd’hui la première fois que du sorgho en grains est semé.
L’ambition est qu’il soit utilisé à destination de l’alimentation animale, en remplacement de l’orge, importée. « C’est une ressource qui est très énergétique, alors que ce soit pour les porcins, bovins ou ovins, il y a un réel intérêt », souligne Fabien Camy, de la CAP-NC. Les récoltes réalisées à Bourail et Pouembout ont été séchées et stockées auprès de la coopérative agricole Les grains du Sud.

- LE SOJA, DEUX VARIÉTÉS À L’ÉTUDE
Six agriculteurs expérimentent actuellement la culture du soja, à Pouembout, Bouraké, Nessadiou et Tontouta. Planté en décembre dernier sur plus de 16 hectares au total, il devrait être récolté en avril ou mai. La Chambre d’agriculture et de la pêche espère que d’ici la fin de l’année, 100 hectares seront cultivés.
Tout comme le sorgho, sa culture a d’abord été pensée afin de compléter la rente du maïs. Mais le soja a aussi « un intérêt agronomique, car il permet d’enrichir le sol en azote pour la prochaine culture », explique Fabien Camy. Il est également une ressource pour l’alimentation animale, car il apporte beaucoup plus de protéines que le maïs.
Actuellement, près de 4 000 tonnes de tourteau de soja sont importées chaque année. L’idée, indique Mathilde Hanoun, « est d’essayer d’en produire localement, plutôt que d’en importer. En plus, c’est un produit tropical qui pousse très bien ici, et il y a de la demande ».

Les acteurs locaux envisagent également de créer un débouché pour la consommation humaine, en le transformant afin d’en faire du tofu ou du lait de soja, par exemple. Dans cette optique, la Technopole souhaite réaliser cette année un « screening variétal », c’est-à-dire rechercher des variétés de soja davantage destinées à la consommation humaine, probablement « plus sucrées, moins protéinées et plus facile à presser ».
Actuellement, deux variétés provenant d’Australie ont été plantées : la lucarde, davantage destinée à l’alimentation animale, et la « hayman », pour la consommation humaine. Prochainement, la CAP-NC envisage de s’équiper d’un toasteur à graines. Cet outil permettra de rendre digestive la graine de soja et de la commercialiser.
- LE TOURNESOL,PAS PRIORITAIRE
Expérimentée depuis plusieurs années sur le territoire, la culture du tournesol offre des résultats « plutôt bons ». À l’origine, il est destiné à la production d’huile. Mais pour le moment, la CAP-NC préfère donner la priorité au soja dans le développement de la filière oléo-protéagineuse. Actuellement, souligne Fabien Camy, « nous n’avons pas d’outil de transformation pour faire de l’huile de tournesol ». Potentiellement, ce matériel – qui coûte beaucoup plus cher qu’un toasteur à grains – pourrait être acquis « d’ici deux ans ».
En attendant, « nous continuons de réaliser des tests et de garder une partie expérimentale sur le tournesol. Ainsi, le jour où nous pourrons en planter sur plusieurs hectares, les agriculteurs seront prêts ». En mai prochain, du tournesol sera semé sur Pouembout, Bourail et Boulouparis.

- LE SARRASIN ET LE SÉSAME, DES DÉBOUCHÉS ENCORE FLOUS
Il s’agit d’expérimentations très récentes, réalisées sur de petits espaces. Pour le moment, le sarrasin et le sésame n’ont pas encore fait leurs preuves. Leur culture a été testée en 2025, à la station d’expérimentation de Nessadiou. Cependant, les récoltes sont difficilement « mécanisables », explique Mathilde Hanoun. « Dans le cas du sésame, il y a plusieurs étages de gousses, et les gousses du bas mûrissent avant celles du haut, ce qui implique un ramassage à la main. En termes de main d’œuvre, cela coûte extrêmement cher ».
Si les débouchés de ces deux cultures restent « flous », les graines de sarrasin sont utilisées pour les poulets plein air, qui les picorent.
Nikita Hoffmann
« Nous ne sommes pas là pour faire du tout chimique »
Soumis à la règlementation française et européenne, les acteurs locaux font attention à importer des variétés certifiées non OGM. Les nouvelles cultures expérimentées ne sont donc pas génétiquement modifiées. Au niveau de l’entretien des parcelles et de la lutte contre les ravageurs, bien que les produits phytosanitaires coûtent moins chers que les solutions mécaniques, ils ne sont pas une réponse automatique. « Sur ces nouvelles cultures, nous n’avons pas trop de ravageurs. Les herbicides vont davantage être utilisés pour les adventices, avec un ou deux produits maximums. Nous ne sommes pas là pour faire du tout chimique », précise Mathilde Hanoun.

