Les familles confrontées au coût des obsèques

Plongées dans la douleur à la suite de décès soudains liés au Covid-19, des familles doivent en plus gérer la charge financière que représente un enterrement. Une situation d’autant plus difficile pour celles qui font face à plusieurs deuils et, parfois, des dépenses insurmontables.

Avec le Covid, le deuil, souvent brutal, touche les familles dans leur chair, mais aussi leurs ressources. Un enterrement nécessite de débourser plusieurs centaines de milliers de francs, une somme importante pour nombre d’entre elles qui peuvent se retrouver face à des frais impossibles à assumer.

La problématique, identifiée, avait été prise en compte notamment au sein du Dase, dispositif d’accompagnement et de soutien aux endeuillés, qui a reçu plusieurs appels à ce sujet. Outre les psychologues, la cellule est composée d’une assistante sociale. Son rôle, aider les familles démunies qui n’ont pas le budget pour prendre en charge les funérailles. « Elle essaye de trouver des solutions, elle peut contacter les pompes funèbres pour tenter de négocier un paiement en plusieurs ou fois ou inviter les proches à se renseigner pour savoir si le défunt avait souscrit une assurance, par exemple », racontait Carole Keravec, psychologue référente du Dase, la semaine dernière.

Réduire les frais funéraires municipaux

À Nouméa, un groupe de l’opposition au conseil municipal s’est emparé du sujet. « On a eu des retours de familles endeuillées qui ont dû faire face à des dépenses, notamment celles qui connaissent plusieurs décès, un couple ou des frères et sœurs à quelques jours ou semaines d’intervalle », explique Veylma Falaeo, de l’Éveil océanien. Sollicités, les élus d’Unité pays, de Calédonie ensemble et de Générations Nouméa se sont joints à la démarche et ont cosigné le courrier envoyé à la maire, Sonia Lagarde.

Le vœu, qui devrait être examiné lors du prochain conseil municipal le 21 octobre, demande une réduction des frais funéraires pour tous. « Les plus touchées sont les familles océaniennes et kanak dont une majorité vit dans la précarité, dans les squats, explique Joseph Boanemoa, élu d’Unité pays. Les gens sont touchés par une crise exceptionnelle et cela pourrait représenter une bouffée d’oxygène pour eux. » Ce geste « constituerait un symbole de solidarité fort », est-il indiqué dans la lettre.

« On essaye de faire au mieux »

La prestation de la société de pompes funèbres représente une part importante du coût des obsèques. Hugues Lindor dirige les Pompes funèbres calédoniennes. Il regrette la mauvaise image dont pâtit son métier. « Je trouve qu’il y a des attaques non méritées, comme si on était des vautours, alors qu’on essaye de faire au mieux. Certes, il y a des gens indélicats dans la profession, mais ceux qui pensent qu’on profite de la détresse des familles, c’est faux. On a conscience des difficultés qu’elles peuvent rencontrer. » Pour la prise en charge d’un corps Covid, il faut compter environ 60 000 francs le jour et 70 000 francs la nuit. « C’est plus lourd, plus contraignant et plus délicat pour nous, donc c’est un peu plus que d’ordinaire, et il y a le coût du matériel supplémentaire », détaille Hugues Lindor.

Et puis, le prix varie en fonction de l’endroit où est inhumé le corps. Cela coûte deux à trois fois plus cher à Dumbéa qu’à Nouméa. En cause, la nature du terrain. « À Dumbéa, c’est de la roche, c’est plus dur à creuser et il faut remblayer avec du sable de rivière, alors qu’à Nouméa, c’est de la terre. Cela peut aller de 120 000 francs à 300 000 francs environ. » Hugues Lindor assure que, crise sanitaire ou pas, les employés de PFC font leur possible pour gérer les cas particuliers. « Le personnel met en avant le cercueil le moins cher, qui est à 59 000 francs, et propose le paiement en quatre fois. Cela est même déjà arrivé que nous fassions des remises. Pour l’instant, on n’a jamais eu quelqu’un qui ne puisse pas payer et de toute façon, ce n’est pas dans notre intérêt. »

Pour s’en sortir, beaucoup de familles font des cagnottes. « Heureusement que la solidarité océanienne fonctionne. Chacun participe et ainsi, petit à petit, on arrive à réunir la somme nécessaire », témoigne Veylma Falaeo. C’est le cas de Christina Suve, qui a perdu son grand- père récemment. « C’est cher, alors c’est tout l’entourage qui donne pour pouvoir s’acquitter des frais. C’est dur, d’autant qu’on ne pouvait pas assister à l’enterrement, alors la famille a filmé pour qu’on puisse suivre la cérémonie en direct. »

 


Les pompes funèbres s’adaptent

L’activité de la société Pompes funèbres calédoniennes, gérée par Hugues Lindor (à gauche), a augmenté d’environ 50 %. Des extras ont été pris afin de soulager les neuf salariés en fonction des besoins.

Les entreprises de pompes funèbres voient aussi leur activité chamboulée par le virus.

La prise en charge des défunts est plus compliquée. Désormais, les équipes doivent directement mettre le corps dans le cercueil. « Quand on va en chercher un à l’hôpital, il faut traverser tout le bâtiment avec le cercueil sur un chariot, alors qu’avant on le récupérait simplement dans une chambre frigorifique », raconte Hugues Lindor, gérant des Pompes funèbres calédoniennes. Et ce, en combinaison, charlotte, masque, gants. Un équipement que PCF avait commandé en prévision de la crise. « On avait anticipé, on savait que ça allait arriver, donc j’avais fait venir de grosses quantités de matériel de protection, parce que le personnel doit être équipé comme les soignants en unité Covid. »

Autre difficulté ? La rapidité avec laquelle doit être inhumé le corps, dans les 48 heures après le décès. « Il faut vite se mettre en lien avec les familles afin de savoir ce qu’elles veulent faire pour l’inhumation, mise en terre, en caveau ou crémation. » Et la partie soins, toilette, coiffage, habillement, voire maquillage, ne se fait plus. Si les employés sont habitués à affronter la mort au quotidien, ils vivent parfois des moments lourds. Hugues Lindor a la possibilité d’activer une cellule de soutien avec le psychologue de l’entreprise, mais il n’a pas encore eu de demande en ce sens de la part des salariés.

 


Un dispositif de gestion des « décès massifs »

Le gouvernement a pris un arrêté, la semaine dernière, concernant la mise en place d’un dispositif de gestion des « décès massifs ». Afin de faciliter la prise en charge des défunts, le gouvernement a loué cinq conteneurs réfrigérés et aménagés avec des rayonnages en bois afin de pouvoir disposer et conserver les cercueils dans les meilleures conditions possible. Deux conteneurs de 40 pieds (environ 12 mètres) seront disposés à Nouméa, dont un au CHT en complément d’un premier de 20 pieds (environ six mètres) déjà sur place, un autre sera positionné au CHN de Koné et deux sont prévus pour les communes de Poindimié et de Koumac. Les conteneurs de 40 pieds peuvent accueillir quinze cercueils et ceux de 20 pieds, six.

 

Anne-Claire Pophillat (© A.-C.P.)

 

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